Copie d’une «lettre ouverte au ministre du transport», nous est parvenue ce mercredi 21 octobre 2015 par mail. Elle est signée par Nidhal Batini, un ancien «conseiller» de l’ancien ministre Nahdhaoui du transport, Karim Harouni. Dès les premières lignes de ce courrier, au langage dur et qui se définit comme étant une «réaction» à la dernière visite de l’actuel ministre du Transport au port de Radès, on comprend que l’objectif essentiel est de prendre la défense de l’ancien ministre du gouvernement de la Troïka. Le conseiller de Harouni estime tout d’abord que la campagne de communication qui a suivi cette visite «cible le travail réalisé par les deux gouvernements d’après les élections d’octobre 2011», où A. Harouni était ministre.
Il se présente ensuite comme voulant «rectifier les tromperies, répondre à des accusations et vous [ndlr : le ministre Ben Romdhane] informer de ce que vous semblez vouloir oublier». Le conseiller de Harouni s’adresse ensuite à l’actuel ministre du Transport pour l’accuser de ne «faire que des déclarations, sans prendre aucune mesure concrète, comme cela s’est produit lors de vos deux dernières visites et lors d’évènements dont vous avez été personnellement témoin».
Evoquant la dernière visite du ministre Ben Romdhane au port de Radès, Batini fait remarquer au ministre l’absence, «voulue» par le ministre, du PDG de la Stam, l’accusant à ce propos de se faire manipuler. «Peut-être que c’est l’historique du nouveau DG de l’office des ports en tant qu’ancien directeur de la Stam et dirigeant de l’agence du port de Rades, ainsi que les conseils d’un de vos conseillers qui vous ont poussé à ne pas mettre au courant le PDG de la Stam » de cette visite, dite surprise, tance le conseiller d’Abdelkrim Harouni, lui-même issu de la jeunesse d’Ennahdha.
Et ce dernier d’accuser ensuite, vertement, le ministre d’être «directement responsable de l’état de relâchement [ndlr : au port de Rades] … et il est étrange que vous fassiez porter à un gouvernement qui a quitté depuis 2 ans, la responsabilité de l’absentéisme dont vous avez pris connaissance».
Et le «Conseiller» du ministre Nahdhaoui de défier l’actuel ministre du Transport «de porter devant l’opinion publique les conclusions des rapports de l’inspection générale à propos des recrutements faits depuis 2008 et jusqu’à 2013», indiquant que son ministre avait «tenu à enquêter sur les recrutements de la Stam et d’autres entreprises … comme la Transtu, Tunisair et la SNCFT et de tout dire à l’opinion publique» à propos de ces rapports. L’allusion est presque claire à la question des recrutements de Tunisair, le rapport de l’inspection qu’un autre ancien ministre avait révélé et que l’actuel ministre avait nié en bloc.
- Des dossiers de corruption, dans les recrutements, les marchés publics et l’immobilier
L’ancien conseiller en communication d’Abdelkerim Harouni pousse même le bouchon jusqu’à évoquer «des rapports de l’inspection générale relatifs à des dossiers de corruption dans le secteur du transport, que ce soit au niveau des recrutements, aux marchés publics ou aux achats immobiliers et tous les dossiers transmis à la justice», appelant le ministre à en informer l’opinion publique. Le «Conseiller» évoque enfin la question des «heures supplémentaires qui sont données chaque année», affirmant que si le ministre en avait pris connaissance, il aurait découvert «d’étranges dépassements», se demandant «s’il est normal que le montant des heures supplémentaires [ndlr : à la Stam], dépasse le volume des salaires et dépasse 10 MDT qui sont distribués sans aucun contrôle sur la vérité des travaux réalisés » et «si vous pouvez expliquer comment les recrutements ont entraîné le doublement des heures supplémentaire dans la Stam qui souffre de manque de main d’œuvre ? ». Et de révèler, après avoir mis le ministre au défi de «revisiter les bulletins de paiement de ceux dont vous avez constaté l’absence, vous vous rendrez alors compte que ces employés n’ont pas travaillé et qu’ils perçoivent leurs salaires et des enveloppes d’heures supplémentaires, entre 1.000 et 3.000 DT par employé, et c’est une habitude qui a repris après le gouvernement de la Troïka».
Nous ne savons pas si l’actuel ministre du Transport, en voyage de travail au Maroc, a pris connaissance de cette lettre, s’il va tout dire de ces rapports de l’inspection générale dont il avait auparavant nié l’existence et s’il va se taire ou réagir à de telles graves accusations ?
(Lire texte intégral de la lettre)








