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Tunis: Transformer les terres collectives en terres privées, ce serait mettre le feu aux poudres tribales !

Pour désamorcer  la grogne sociale qui s’est répandue  dans la plupart des régions du pays, le gouvernement a décidé lors d’un conseil ministériel tenu récemment de transformer les terres collectives en terres privées.  Une décision qui va toucher environ 14 régions dont principalement Kasserine.

Si l’information n’a pas fait les choux gras de l’opinion publique, elle a, en revanche, interpellé la communauté des experts, des économistes ainsi que les politiques.

Mesure « irraisonnable »…

Le député du mouvement du peuple à l’Assemblée des représentants du peuple, Zouhair Maghzaoui, a dénoncé le recours du gouvernement à ce genre de mesures dans pareille situation.

Il a dans ce cadre qualifié cette décision de « catastrophique et irraisonnable », car, elle pourrait engendrer des batailles sanglantes entre les différentes tribus d’une même région et pourquoi pas des conflits très violents.

Joint au téléphone, Zouhair Maghzaoui a affirmé que la transformation des terres collectives nécessite une étude approfondie et la cession devrait se faire à travers des commissions spécialisées, sinon le gouvernement n’aura plus le droit d’intervenir.

Pour ce faire, le député a appelé les différents acteurs à se mettre autour d’une même table de manière à résoudre cette question assez complexe, avant de la  soumettre à l’ARP pour examen.

Un avis  partagé par le président de l’Observatoire tunisien de l’Indépendance de la magistrature Ahmed Rahmouni. Il a vivement critiqué cette mesure en la qualifiant de « calmant » ^l’instar d’autres  prises par les cellules de crise, à la suite de l’exécution des opérations terroristes.

«  Ce type de mesure pourrait aboutir à une catastrophe surtout que les grands propriétaires dominent ces terres collectives  qui attendent encore la résolution », a-t-il expliqué dans un statut publié sur sa page facebook.

Il est à noter que la superficie de terres collectives s’élève à environ trois millions d’hectares dont 591 mille hectares à Kasserine, l’équivalent de 20% de la superficie globale, d’après les dernières statistiques.

Encore des répercussions…

Pour Kais Saied, professeur de droit constitutionnel, la privatisation des terres collectives  à vocation agricole aura certainement des répercussions socio-économiques. Raison pour laquelle, il a par ailleurs jugé utile « d’attendre la publication de cette décision dans le JORT pour qu’on puisse commenter son contenu ».

Toutefois, le ministère des Domaines de l’État et des Affaires foncières a annoncé que la décision de transformer les terres collectives en terres privées a été publiée vendredi 22 janvier 2016 dans le JORT.

D’après ce département, cette décision ne date pas d’aujourd’hui, puisque le  gouvernement s’y attelle depuis  quelque temps.  De même, d’autres terrains seront mis à la disposition des citoyens afin de faciliter l’octroi des crédits.

Le gouvernement sera-t-il capable de tenir ses promesses ?L’expert en économie, Mourad Hattab pense que la question est plus profonde. Car, l’aliénation de la propriété foncière est une question d’une extrême complexité.

Il a dans ce cadre soulevé moult interrogations : Est-il facile de confisquer ces terres collectives ? Le gouvernement a-t-il défini les critères  auxquels doivent répondre les bénéficiaires de ces terres ? Quels sont les bénéficiaires ? S’agit-il des agriculteurs ou de simples jeunes chômeurs ?

Dans un entretien téléphonique avec Africanmanager, l’expert a déclaré qu’il s’agit d’un problème de développement et non plus de financement bancaire étant donné que l’économie de certaines régions ne dépend pas des terres collectives.

Il a par ailleurs proposé d’élaborer  un plan  relatif aux ressources de développement spécifique pour chaque région de la Tunisie.

Outre ce plan, il a suggéré la mise en place de banques régionales et de fonds régionaux de solidarité comme c’est le cas dans d’autres pays.

« La mise en place de ces deux organismes pourrait jouer un rôle déterminant en créant une nouvelle dynamique économique au niveau de chaque région , ce qui est important pour absorber l’épineux problème du chômage », a-t-il estimé.

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