Hédi Djilani est l’ancien patron des patrons, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) qu’il avait présidée de 1988 à 2011. C’est à ce titre qu’il fait cette fois l’objet d’une nouvelle affaire en justice. Depuis cinq ans, cette justice de la Tunisie de la révolution qui n’en finit pas de faire parler d’elle et pas toujours en bien, lui court derrière et tente de jeter en prison l’ancien gendre des Trabelsi et des Ben Ali qu’il avait été, ce qui est désormais, semble-t-il, un délit.
Comme dans la justice de «l’ère nouvelle» qui utilisait le droit commun pour persécuter les opposants politiques de Ben Ali, c’est en effet la chambre criminelle qui accuse désormais Djilani, l’ancien président de l’Utica, de vol.
Rappelons d’abord que l’Utica est une organisation syndicale du secteur privé. Son financement est assuré presqu’exclusivement par une augmentation des seules cotisations patronales à la CNSS, décidée en 1975 par le gouvernement de Bourguiba et dont tout l’argent est déposé dans un compte géré par la CNSS. Un fonds privé, par ailleurs, où le gouvernement puise sans aucun contrôle. Mais là n’est pas la question. L’Utica est un organisme privé, géré par des privés comme l’est une entreprise privée où le patron n’a de comptes à rendre qu’au conseil d’administration, qui est le conseil nationale dans le cas de l’Utica, et à l’assemblée générale des actionnaires, qui est le congrès quinquennal dans le cas de l’espèce.
Les faits remonteraient, selon son accusateur, à l’époque où il était président du patronat. Ce qui lui serait reproché, c’est d’abord d’avoir laissé leurs salaires à 3 employés atteints de cancer, dont l’un a fini par succomber à sa maladie. Un autre patient touche jusqu’à ce jour son salaire, pour lui permettre de faire face à sa maladie. Il lui serait aussi reproché sa politique salariale et de rémunération des cadres de l’Utica, des cadres qui sont les véritables gestionnaires d’une centrale patronale qui a été l’initiatrice du dossier qui a nobélisé le Quartet.
Cette énième plainte dans ce qui ressemble désormais à une cabale judiciaire, a été d’abord déposée devant le tribunal de première instance. Ce dernier finit par s’en dessaisir pour incompétence. Mais voilà qu’elle est, le jour du prononcé du verdict, transmise à la chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis.
Or, s’il y a réellement délit, requalifié en crime pour en aggraver la sanction encourue, à être humain dans le traitement de ses employés et à bien rémunérer ses cadres, le crime ne devrait pas être imputé «intuitu personae», c’est-à-dire non reproché à la personne pour concerner l’organisme qu’il dirigeait. Ce qui est certain, c’est qu’au moins deux audits ont été menés sur la gestion financière de l’Utica du temps de Hédi Djilani, par les commissaires aux comptes du syndicat patronal, sans oublier les deux autres enquêtes judiciaires diligentées sur le même sujet. Toutes ont conclu, depuis 2013, à l’absence de toute irrégularité de gestion ou malversation financière. Le Congrès national du 17 janvier 2013, qui regroupe entre autres les membres du bureau exécutif, les présidents des unions régionales et les présidents des chambres syndicales (2500 personnes), a en effet statué sur la régularité des comptes et donné quitus de bonne gestion à l’ancien président de l’Utica et aux différents bureaux exécutifs.
Charger de cette manière le président de l’Utica, par la requalification de l’infraction à lui reprochée, de délit à crime, ne devrait-elle pas viser aussi toute les instances dirigeantes de l’organisation patronale et pourquoi pas y associer aussi les commissaires aux comptes en août 2011 et ceux qui ont diligenté les enquêtes judiciaires, depuis mars 2011 et sur les dix dernières années d’exercice de Djilani de 2010 à 2011, qui ont tous blanchi Hédi Djilani depuis ?
Mais peut-être la chambre criminelle de Tunis devrait-elle aussi enquêter sur son autre vie patronale. Djilani avait en effet été, pendant 4 années, président de l’organisation patronale africaine, pendant 2 années à la tête du patronat maghrébin, sa vice-présidence du «BusinessMed» (Organisation méditerranéenne d’hommes d’affaires) et ses deux autres années où il avait pris la présidence de l’organisation patronale mondiale. Peut-être la justice tunisienne lui y trouvera-t-elle d’autres casseroles ?
Il reste enfin de parler de cet aspect, humain et social dans la gestion des ressources humaines de l’Utica. Qu’aurait donc pensé un juge de Prud’hommes, si l’un des 3 employés avait été licencié pour cause de grave maladie et son salaire arrêté, l’assurance maladie gelée et les cotisations à la sécurité sociale suspendues ?
Quant à la politique de rémunération, n’est-ce pas au premier dirigeant de toute entreprise privée qu’il appartient de décider, selon les compétences, la productivité et d’autres critères d’excellence, qui récompenser et qui payer plus que l’autre ? Où est donc le mal, et désormais le crime, dans tout cela ?









Bravo Khaled
Hedi jilani a joué le protégé de ben Ali durant 23 ans intronisé a l’utica.