AccueilLa UNEIl parle un peu trop et en fait beaucoup moins

Il parle un peu trop et en fait beaucoup moins

L’article 89 de la Constitution de 2014 stipule que «dans un délai d’une semaine suivant la proclamation des résultats définitifs des élections, le Président de la République charge le candidat du parti politique ou de la coalition électorale ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l’Assemblée des représentants du peuple de former le Gouvernement dans un délai d’un mois renouvelable une seule fois. En cas d’égalité du nombre de sièges, il est tenu compte pour la désignation, du nombre de voix obtenues».

Le 15 novembre, Saïed donnait lettre de mission à Jemli, pour la 1ère tentative de formation du gouvernement. Jemli rencontrait, le 26 novembre, le chef de l’Etat, pour lui rendre compte de l’avancement de ses efforts pour constituer le gouvernement. Il reste donc à Jemli une semaine pour le 1er délai d’un mois, qui expirera le dimanche prochain 15 décembre 2019. Jemli est donc, encore dans les temps. Il joue encore le temps, et promet de terminer d’ici la semaine prochaine.

  • Ce n’est pas encore donné et Jemli pas pressé !

Les positions des députés et leurs différents blocs parlementaires peuvent d’ici là changer, et tous n’ont pas définitivement pris la décision de voter ou non pour le gouvernement Jemli, s’il venait à être constitué. Pour l’instant, les seules positions tranchées sont celles du parti Ettayar de Mohamed Abbou qui s’éclipse et ne votera pas la confiance pour le gouvernement qui serait présenté. Comme lui, le parti Echaâb n’y participera pas.

Mustapha Ben Ahmed le confirmait depuis le 7 décembre, Tahya Tounes de Youssef Chahed ne votera pas, affirmant qu’il n’est pas concerné par le prochain gouvernement. En sit-in dans l’ARP à cause d’une « chamaillerie entre femmes », le bloc parlementaire du parti d’Abid Moussi, ne votera certainement pas.

Qalb Tounes ne sera pas au gouvernement. C’est Jemli lui-même qui le dit. Mais Qalb pourrait tout de même voter, les larmes aux yeux, comme pour Kheriji-Ghannouchi au perchoir, mais peut-être voter. Le seul à s’être déjà prononcé en faveur du gouvernement Jemli, en plus d’Ennahdha et son pendant Al Karama, est le petit groupe de 9 députés composant Al Mostakbel. Ce dernier a décidé qu’il votera le prochain gouvernement.

Le bloc de la Réforme Nationale, présidé par Hassouna Nasfi, n’a pas encore décidé de voter. Contacté par Africanmanager, Nasfi confirme que «nous n’avons encore rien décidé, car rien n’est encore clair». Il n’a pas voulu en dire plus, mais nous croyons savoir, de source proche du bloc qu’il y aurait au moins un de ses députés, qui serait intéressé par un poste ministériel, et qui pourrait donc voter. Pour l’instant, rien n’est moins sûr que le fait que Jemli réussira à former son gouvernement dans la semaine qui suit, c’est-à-dire avant le 15 décembre. Auquel cas, comme le stipule l’article 89 de la Constitution, il faudra attendre encore un mois, c’est-à-dire le 15 janvier 2020 !

  • Il palabre un peu trop, et se fait chambrer sur les réseaux sociaux

En attendant, le chef de gouvernement missionné, parle. Un peu trop, estiment ses critiques. L’homme semble un fervent adepte de Twitter, où il ne se passe presque pas un jour sans qu’il ne donne de ses nouvelles, et rien de celles de son gouvernement, sauf les images en vidéos de tous ceux qu’il reçoit, et ils ne sont pas du petit nombre. Il dit sur Twitter qu’il étudie les CV, mais les bons profils ne semblent pas se bousculer au portillon. Il y en a même qui aurait refusé d’en envoyer un lorsqu’il a été sollicité par téléphone. Côté CV des proposés par les partis politiques qui participeront au prochain gouvernement, Jemli dit dans une vidéo rementant à samedi dernier, qu’il n’en a pas encore reçu.

Sur les réseaux sociaux, c’est au moins à trois reprises qu’il se fait faire vidéos pour parler encore. Samedi dernier, les mains à plat sur la table, «signe d’écoute et de compréhension» comme disent les décrypteurs du langage corporel, il se retrouve obligé de répondre aux fuites sur la composition de son gouvernement. Les deux premières ont beaucoup fait polémique quant au concept Com choisi par Jemli, une fois manifestement chez lui, et la seconde un cache-radiateur sur un mur jauni derrière lui.

Pour certains spécialistes de la communication, ce serait cette profusion de sorties sur les médias alternatifs, qui a créé et encourage ces fuites, et que moins de Com, dans cette phase sensible de son parcours, aurait pu lui éviter cela. Mais peut-être aussi que la profusion de palabres, comme sur certaines stations radio, ne serait qu’une stratégie pour se positionner sur la scène politique et se confirmer en tant que faiseur de politique. Entretemps, le chef de gouvernement missionné se fait beaucoup chambrer sur les réseaux sociaux, avec le risque que l’effet de saturation lui fasse plus de mal que de bien.

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