Habib Jemli joue la montre. Ennahdha veille au grain !

Habib Jemli joue la montre. Ennahdha veille au grain !

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A la cadence où s’ordonnent les consultations en vue de la formation du prochain gouvernement, il ne serait pas impertinent de soupçonner le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli, de jouer la montre. Certes, il est encore dans les clous que lui assigne la Constitution, n’étant pas comminatoirement tenu de livrer la composition de son cabinet avant le 15 décembre, mais en se gardant de fendre la bise, il s’attire à coup sûr les foudres de bien des pans de l’échiquier politique et des organisations sociales.

S’improvisant maître de cérémonie d’un ballet où avaient défilé à Dar Edhiafa quelque 200 personnalités venues de tous les horizons, autrement dit tout le ban et l’arrière-ban, il a dilapidé un temps inestimable et beaucoup d’énergies qui auraient pu être dépensées à d’autres fins, au lieu de converser avec des interlocuteurs dont on se demande dans quelle mesure et en quoi ils peuvent faire progresser sa compréhension des choses. Sans doute aussi, le chef du gouvernement désigné ne tenait-il pas à excepter de ses entretiens exploratoires des parties qui ont rarement voix au chapitre et dont les opinions peuvent importer, en cette singulière conjoncture, dans l’élaboration d’une vision fédératrice dont le bénéfice rejaillirait sur le grand nombre.

Un composé de mauvaises occurrences

C’est imprudemment compter sans la succession de mauvaises occurrences et de défis encore plus graves auxquels le pays est instamment sommé de faire face, et dont la gestion est confiée à un gouvernement d’expédition des affaires courantes, qui n’a pas vocation à avoir prise sur l’avenir. La première de ces urgences, c’est de toute évidence le budget de l’Etat et la loi des finances pour 2020, un exercice dont on attend qu’il soit semé d’embûches, eu égard à l’état d’impréparation dans lequel se trouvent les fraîches émoulues institutions de l’Etat, tous pouvoirs confondus. Plus est, au sortir d’événements et échéances politiques qui en ont bouleversé l’ordonnance, avec de nouveaux venus, forcément néophytes, dont les rangs compteraient des exaltés qui veulent tout et tout de suite, et plus grave encore, autrement.

On en a repéré les prémices au parlement, où les interventions prennent vite les allures de joutes oratoires dont les auteurs entendent, ce faisant, marquer leur territoire dans la Représentation nationale et donner à leurs électeurs des gages de loyauté aux engagements pris. Un exercice qui se déploie sous le regard tarabusté d’un président auquel il arrive d’être le témoin de tombereaux de perfidies, le visant, et plus souvent, les siens. En tout cas, il devrait être dans l’ordre des choses parlementaires que cette législature ne sera pas un long fleuve tranquille à la faveur duquel les Tunisiens seront en état de prendre leur envol, certes tardif, vers ce à quoi ils aspiraient depuis plus d’un lustre.

Une ARP très diverse, traversée par des courants et tendances hétéroclites, par bien côtés antinomiques, où les majorités requises pour faire passer les lois seront rarement garanties. Un parlement si fragmenté que les coalitions des partis et des groupes parlementaires courent le vraisemblable risque de se faire et défaire au gré d’arrangements dictés par des intérêts eux-mêmes versatiles. Une survivance, voire un arrière-goût de cette funeste pratique du consensus qui a paralysé le pays un quinquennat durant, et qui semble avoir encore de « beaux jours » devant elle tant que demeureront en l’état ce régime politique, indéfinissable et d’un autre temps, et cette loi électorale encore plus abominable.

Numerus clausus

Le pouvoir exécutif, dans sa branche gouvernementale, n’est pas exempt des déboires et écueils qui laminent le travail législatif. Le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli, est en train de l’apprendre à ses dépens, soumis qu’il est aux très fortes pressions qu’exercent les partis politiques, surtout le premier d’entre eux, le mouvement Ennahdha qui s’échine, pourtant, à s’en défendre.

Pour s’en convaincre, il suffirait de se référer à ce que disait son dirigeant Abdellatif Mekki qui a affirmé «  que le chef du gouvernement désigné doit interagir avec le mouvement Ennahdha quand il s’engage à faire quelque chose, ainsi qu’avec les partis lui fournissant un soutien populaire ». Un rappel à l’ordre qui toucherait, entre autres le parti Qalb Tounès, lequel, dit-il, « doit écarter toute suspicion le visant et se soumettre à la justice », si bien que « les partis mis en examen pour corruption doivent se retirer de la scène publique jusqu’à ce que leur situation soit réglée », a-t-il soutenu. Lui faisant écho, le président du conseil de la Choura, tout en convenant que “Qalb Tounes fait partie du paysage politique et possède un bloc parlementaire influent qui ne peut être exclu et avec lequel on peut interagir », a affirmé que son parti « reste toutefois attaché à sa position concernant la non participation de Qalb Tounes au prochain gouvernement ».

Sitôt dit, sitôt fait, le chef du gouvernement désigné, s’est fendu, ce mardi, d’un tweet où il annonce que Qalb Tounès ne fera pas partie du prochain gouvernement » et que « sa place est dans l’opposition ». Une annonce suivie d’un numerus clausus faisant le tri des partis qui composeront l’attelage gouvernemental, à savoir Ennahdha, Attayar, Achaab et Al-Karama, Tahya Tounès, et peut-être d’autres formations d’appoint.

1 COMMENTAIRE

  1. Si le chef du gvt joue la montre le pays lui se la joue contre la montre. Il a, constitutionnellement, jusqu’au 15 décembre, certes, mais si le gouvernement n’obtient pas la bénédiction de l’ARP nous voilà reparti pour un autre tour.
    Un gouvernement qui gère les affaires courantes, celui désigné qui se tâte, une loi des finances sujette à caution, une LFC qui ne passe pas, un budget a revisiter..
    Tout cela ne flaire pas bon avec la fin de l’exercice qui se rapproche inexorablement!

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