« Le tourisme international a poursuivi son redressement en janvier 2022. D’après les dernières données disponibles, les arrivées de touristes internationaux dans le monde ont plus que doublé (+130 %) en janvier 2022 par rapport à 2021. Il y a eu 18 millions de visiteurs supplémentaires à l’échelle mondiale en ce premier mois de l’année, soit l’équivalent de l’augmentation totale enregistrée sur l’ensemble de l’année 2021 ». C’est ce qu’affirme l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) dans un récent communiqué.
Pour réussir cette reprise, la Tunisie et le ministère du Tourisme (M.T) s’y affairent, et ne semblent ménager aucun effort pour y arriver. Le M.T a même mis en place un mécanisme de soutien à l’aérien pour booster les arrivées touristiques, dans l’esprit d’un partenariat Win-Win, où le ministère soutiendra financièrement les TO qui programment la Tunisie. D’abord par la publicité conjointe de son catalogue où il y a la destination tunisienne. Ensuite par un soutien financier pour les vols de ces TO sur la Tunisie à travers le Fodec (Fonds de Développement de la Compétitivité, dont le budget était de 12 MDT en 2021), pour la remettre sur les radars des destinations touristiques.
– Prochaine lutte contre le bradage des prix, et tous les moyens sont bons
Le ministre Moez Belhassine donne certes pour le moment l’impression d’avoir pour unique préoccupation de réussir cette reprise. Or, en véritable professionnel du secteur, il n’oublie pas que le secteur dont il a la charge souffre de beaucoup plus de choses, parfois plus structurelles que les effets des crises Covid et guerre en Ukraine. « Nous parlons des crises et de la reprise, c’est bien. Je crois que tôt ou tard, la Tunisie retrouvera sa place sur l’échiquiers des grandes destinations touristiques. Mais à quel prix, car il y a aussi une question de bradage des prix en Tunisie », nous disait le ministre dans une récente déclaration. Il est vrai que les prix sont libres en Tunisie, « mais on ne peut plus se taire sur cette désormais image d’une « Cheap destination », alors que nous prêchons un tourisme durable », disait-il aussi à juste titre, sans entrer dans le détail.
Africanmanager a cependant pu avoir des informations, d’autres sources, selon lesquelles le ministère du Tourisme compterait agir, d’abord sur les normes de classement des hôtels, qu’il compterait très prochainement mettre à jour. Ces normes détermineraient des coûts de revient minimas à appliquer, et qui impliqueront donc des prix minimas à pratiquer, sous le contrôle de la direction du tourisme. Le ministère compterait aussi lier l’aide aux professionnels du tourisme au respect de tous les engagements, économiques, financiers et sociaux, notamment en matière de paiement des prêts bancaires, des fournisseurs et même des employés. Il paraîtrait même que le ministère des Finances envisage la fixation d’une TVA minimale pour chaque catégorie d’hôtels. Une façon de lutter indirectement contre le bradage des prix, et qui se fera en synergie avec les professionnels.
– Prochainement, une Djerba sans sachets plastiques
Le ministre du Tourisme semble aussi très préoccupé par la question de l’environnement, et compterait demander l’application de la loi interdisant l’utilisation du plastique à usage unique, notamment les sachets, dans le cadre d’une stratégie de transition écologique à mettre en place. Moez Belhassine est plus perspicace, lorsque nous lui avions demandé ce qu’il comptait faire de manière urgente. Il annonce que « nous avons convenu, en coopération avec la ministre de l’Environnement, d’un projet pilote à Djerba, pour l’interdiction du plastique à usage unique sur l’île ». Ce projet pilote devrait ensuite s’appliquer au moins aux autres zones touristiques, et au reste du pays.
– Prochaine publication des cahiers des charges des gîtes ruraux et maisons d’hôtes
Le ministre du Tourisme pense aussi tourisme alternatif et durable, et nous annonce la prochaine publication du cahier des charges des gîtes ruraux, tout comme le cahier des charges des maisons d’hôtes. On y retiendra que le ministère du Tourisme abolira les autorisations, et inscrira le développement du tourisme alternatif dans une perspective déclarative sous application des conditions et exigences inscrites dans les prochains cahiers des charges qu’il a annoncés.
Moez Belhassine bouillonne par ailleurs d’autres idées. « Pour la Médina, nous avons le programme d’un spectacle sons & lumières, tunisien, pendant la période du Ramadan ». Il pense aussi à un projet de révision des normes de classement des restaurants. Il s’ajoutera à celui des nouvelles normes de classement des hôtels, qui serait prêt et n’attendrait que la publication sous forme d’arrêté.
– Pourquoi pas un grand groupe hôtelier en bourse ?
De bonnes nouvelles, en ces temps politiques moroses et de crise économique, même si Moez Belhassine n’arrête pas d’être optimiste, et de dire que tout est prêt pour la nouvelle saison, et que les indicateurs se conjuguent pour indiquer un bon millésime 2022.
Il restera, lorsqu’on parle de tourisme, la question de l’endettement du secteur. Une question, qui deviendra plus lancinante avec une BCT qui serre la vis sur les créances accrochées. Mais aussi une problématique où les banquiers restent intransigeants, sans pour autant aider les bons hôteliers à aller vers d’autres sources de financement, comme d’aller chercher l’argent sur la bourse de Tunis, et de pousser ainsi un des 5 % de très bons groupes hôteliers vers la cote de la bourse.








