AccueilLa UNELes effets « indésirables » des pressions commencent à déborder

Les effets « indésirables » des pressions commencent à déborder

Les pressions aboutissent souvent à l’effet contraire comme en Tunisie où le harcèlement des derniers mois, à coup de critiques et de retournements savamment orchestrés, a conduit à « une certaine radicalisation » du discours et des appréciations de la situation économique et des solutions préconisées pour l’améliorer.

L’économiste et ancien ministre du Commerce, Mohsen Hassen, a critiqué franchement, jeudi 4 mai, dans des déclarations à une radio locale, le mauvais rendement des ministres tunisiens en charge de l’économie, disant soutenir les changements opérés à ce  niveau et fustigeant , dans le sillage, « le discours démoralisant que certains experts tunisiens cherchent à commercialiser concernant la faillite de l’Etat tunisien ». Il a ajouté que la Tunisie reste un pays résilient et en mesure d’honorer ses engagements extérieurs.

De son côté, dans une interview au journal La Presse.tn, mercredi 3 mai,  l’économiste et universitaire Ridha Gouia, président de l’AFBS  Business School, s’est étendu sur les nombreuses lacunes entachant la politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie, notamment au niveau de son action tendant à la lutte contre la montée de l’inflation à travers le relèvement aveugle du taux directeur.

« Le recours à l’instrument du taux directeur n’a eu que peu d’effet, comme c’est le cas dans plusieurs pays, bien que pénalisant aussi bien les consommateurs que les investisseurs, a-t-il dit, signalant que depuis la promulgation de la loi relative à l’indépendance de la BCT en 2016, celle-ci a procédé, à plus de 8 occasions, (entre avril 2018 et février 2019, à trois reprises) à une augmentation de son taux directeur afin de stopper, en vain, l’inflation galopante dans le pays.

Pourtant, a-t-il ajouté, sa mission, telle que  définie dans ses propres statuts, est de veiller à la stabilité des prix.

L’inflation en Tunisie a atteint  10, 3% pour redescendre à 11,1% en avril  . L’échec provient de l’imitation aveugle de « recettes dites universelles », sans tenir compte des spécificités du contexte tunisien ni des changements qu’il subit de l’intérieur et de l’extérieur.

Selon le même spécialiste, une même démarche coupée des réalités tunisiennes est derrière la dépréciation continue du dinar tunisien par rapport au dollar américain et à l’euro européen.

En effet, a-t-il noté, pour notre cas tunisien, les réserves de change dépendent principalement des recettes touristiques, des IDE, de l’épargne des Tunisiens à l’étranger transférée vers le pays, du solde de la balance commerciale ( exportations) et d’autres facteurs , tous intimement liés à l’extérieur, ce qui rend la préservation des réserves de change ( 21,69 milliards de dinars au 13 avril courant) très aléatoire et problématique et peu dépendante de la politique monétaire locale.

Or, le taux de change a des incidences certaines sur la stabilité des prix, sur les échanges internationaux et sur la croissance économique. Cette dépréciation du dinar tunisien n’a pas connu un répit depuis le début des années 2010.

Actuellement, le dinar atteint environ 3,37 pour un euro le 30 avril et 3,03 pour un dollar américain.

Echecs cumulés

Pour Ridha Gouia et autres analystes, compte tenu de la conjoncture difficile en Tunisie et de la situation générale dans le monde dont dépend l’économie tunisienne, tous ces défis ont tendance à s’aggraver de jour en jour, car, le contexte international est caractérisé justement par une inflation générale, une détérioration du pouvoir d’achat des citoyens et la stagnation des économies, avec perspective négative.

Même son de cloche dans les rapports internationaux, à l’instar d’un rapport très récent publié, mercredi 3 mai, par le Fonds monétaire international sur les perspectives économiques dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Au-delà des réserves et des distances d’usage qu’il faut prendre envers de pareils documents, ce rapport du FMI a estimé que les pays de la région indiquée devraient connaître des tensions inflationnistes jusqu’à 2024, plus longtemps qu’anticipé. Il prévoit pour la Tunisie une croissance très modérée en raison du tassement de la croissance chez ses principaux partenaires commerciaux, et va même jusqu’à proposer le resserrement monétaire, ou relèvement du taux directeur, pour juguler l’inflation.

« Dans les pays où les tensions inflationnistes persistent, un nouveau resserrement de la politique monétaire devrait être envisagé pour stabiliser l’inflation et les anticipations inflationnistes, notamment en Tunisie, en Egypte et au Pakistan, dit le rapport.

Dans cette ambiance d’amères déceptions face aux échecs cumulés, durant ces dernières longues années, et l’attachement aveugle des uns et des autres à des visions préconçues , il n’est pas étonnant de voir émerger en Tunisie chez la nouvelle élite politique influente du moment, un nouveau discours franchement radical, comme chez les activistes au sein du mouvement du 25 juillet. Lors d’une conférence de presse, mercredi 3 mai à Tunis, dont un compte rendu a été publié par le journal Assabah du jeudi 4 mai, ils ont préconisé autant la mise de la BCT sous la tutelle de la présidence de la République que l’adhésion de la Tunisie au groupe des Brics, usant  d’un ton outrément nationaliste.

S.B.H

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