Il y a 23 ans, l’Occident manigançait sur la meilleure manière de présenter un autre modèle au problème du djihadisme islamiste et des groupuscules religieux qui s’approchaient dangereusement du pouvoir dans les pays qui sont sous sa coupe économique. Il avait alors inventé le concept de l’islam politique. Ce dernier envahit alors, avec la bénédiction occidentale, la Libye, la Syrie, et l’Egypte.
Le 25 janvier 2011, les membres du Congrès américain se levaient pour une standing ovation pour le peuple tunisien, en écho au président Barack Obama affirmant dans son « State of the Union Address » le « désir de liberté » des Tunisiens.
– « Uncle Sam », le « Warrior » qui fonctionne au donnant-donnant

« La volonté du peuple s’est avérée plus puissante que les ordres d’un dictateur, et ce soir, disons clairement que les États-Unis d’Amérique sont au côté du peuple de Tunisie et appuient les aspirations démocratiques de tous les peuples. Notre réussite dans ce monde nouveau et changeant nous obligera à adopter vis-à-vis de ce monde une nouvelle approche dans nos affaires étrangères », disait alors Obama, alors que les hordes d’Ennahdha rentraient triomphalistes en Tunisie et mettaient en place leur pouvoir qui durera dix ans pour la spolier.
Les Américains reçurent ensuite Ennahdha à Washington, en guise de bénédiction de la nouvelle « démocratie » qu’elle installera ensuite comme un désordre généralisé qui leur permit de faire toutes leurs petites affaires, et la soutiendront lorsque Kais Saïed les déposa, un certain juillet 2021, au nom d’une autre démocratie, celle du « Le peuple veut ».
Ce 25 janvier 2011-là, la Tunisie s’était laissée berner par l’Oncle Sam, et ce dernier a lui aussi raté le coche de faire de l’islam politique un modèle viable et compatible avec la démocratie lorsqu’elle n’est pas à l’américaine, où tout est à la donnant-donnant. Les USA se sont autant trompés que leurs anciens protégés qui ont commis des erreurs dès qu’ils ont pris le pouvoir dans la Tunisie de l’après dite-révolution.

– « تَاكِلْ القَسْطَلْ بيِدْ القَطُّوسَة »

Et si Biden n’a pas réussi à faire plier l’antisystème Saïed, droit dans ses convictions de Robocop de la Tunisie qu’il voudrait forger à coups de déclarations populistes, malgré la campagne menée par le secrétaire d’Etat Blinken, les Européens en ont pu trouver la faille. Les USA et les « Ommik Sannafa » des agences de Rating ayant réussi à fermer devant la Tunisie les portes du FMI ; c’est une malaimée de l’Europe qui trouve la fenêtre de tir nécessaire pour dégainer et s’imposer comme le médiateur.
Mettant sa tête dans la même Chechia (proverbe tunisien راسين في شاشية) avec la présidente de la Commission européenne, qui envoyait ainsi paître Josep Borrell qui voulait voir Saïed signer lui-même l’accord avec le FMI avant que l’Europe ne lève le petit doigt pour l’aider, Giorgia Meloni débarque en Tunisie le 6 juin 2023. Accompagnée de Von der Leyen et de Rutte, elle repartait, dix jours plus tard, avec un MoU sur la question migratoire, en promettant moins d’un Milliards d’Euro et des pressions sur le FMI pour qu’il signe avec la Tunisie sans diktat. Giorgia Meloni qui avait bâti son mandat de chef de gouvernement italien sur la résolution de la crise migratoire, ne cherchait en fait que de se faire tirer les marrons du feu (تَاكِلْ القَسْطَلْ بيِدْ القَطُّوسَة), cela d’autant plus que le financement de sa proposition pour Kais Saïed sera assuré par l’Union Européenne à travers des fonds « non déboursables » qu’à la condition de signature avec le FMI.
Le chef de tout l’Etat tunisien n’a certes jusque-là signé (et pas de sa main) qu’un simple MoU qui n’engagerait la Tunisie à rien, et répète toujours n’accepter pour le pays, ni qu’il soit une terre de sédentarisation des migrants en situation irrégulière, ni gardien des frontières européennes. Mais ce n’est qu’une sorte de draft du contrat à signer et dont personne ne connaît le contenu en gros et surtout en petits caractères. Seuls les négociateurs à Carthage le savent. « Nous voulons que notre accord avec la Tunisie soit un modèle. Un modèle pour l’avenir. Pour des partenariats avec d’autres pays de la région », a déclaré von der Leyen lors de la conférence sur les migrations à Rome. Et il fait peu de doute que l’Europe arrivera à ses fins et de la manière qui lui conviendra.
Le 16 juin 2023, cette date aura ainsi été celle où la Tunisie se sera fait berner une seconde fois par un Occident qui a déjà toujours placé ses intérêts en premier lieu, fussent-ils sur le dos du reste du monde et lui servir même d’exemple pour d’autres pays, victimes comme la Tunisie, d’une vague inédite de migrants économiques vers une Europe qui n’est toujours pas prête à partager, et encore moins adopter une autre politique de traitement de la question migratoire !








