Au cours de l’été 2023, l’Union européenne a conclu un accord avec la Tunisie afin de réduire le flux de migrants vers l’Union. Ce pays d’Afrique du Nord est le dernier point de convergence des efforts déployés par l’UE pour endiguer les migrations en provenance de la Méditerranée. Bruxelles fournira quelque 1,1 milliard de dollars au gouvernement tunisien, sous forme de plusieurs petits versements, afin d’aider le pays à faire face au nombre élevé de migrants, à améliorer les moyens de défense tels que les garde-côtes et, en fin de compte, à empêcher les Africains d’atteindre les côtes européennes de manière illicite. En 2022, la Tunisie a dépassé la Libye en tant que premier pays de départ pour les migrants qui arrivent en Italie par bateau.
L’accord, dont la pérennité est déjà remise en question par de nouveaux désaccords entre Bruxelles et Tunis, est extrêmement controversé. Le responsable de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, a écrit dans un courriel interne obtenu par le Guardian que « plusieurs États membres ont exprimé leur incompréhension » à propos de l’accord entre l’UE et la Tunisie.
En 2022, le président de la République tunisienne Kais Saied a officialisé son rôle lors d’un référendum constitutionnel qui a transformé la Tunisie d’un système hybride présidentiel-parlementaire en un système suprarésidentiel avec une autorité exécutive presque incontrôlée, souligne le magazine Foreign Policy (FP).
L’élection présidentielle tunisienne de cette année, qui devrait se tenir à l’automne, sera la première à être organisée après les changements constitutionnels décidés par Saied. Depuis le dernier scrutin présidentiel de 2019 qui l’a porté au pouvoir en tant qu’indépendant politique promettant le changement, la Tunisie est passée d’une démocratie imparfaite à un régime hybride, selon l’indice de démocratie de l’Economist Intelligence Unit.
Bien que les mesures anti-démocratiques de Saied aient provoqué des réactions négatives, il a également sa part de partisans. Il est difficile d’évaluer l’approbation de Saied. Le référendum constitutionnel de 2022 a été soutenu à près de 95 % par les électeurs, avec un taux de participation de 30 %.
Une bouée de sauvetage
La xénophobie du gouvernement tunisien explique en partie pourquoi l’accord UE-Tunisie sur les migrants est si controversé. Outre le renforcement de la sécurité des frontières tunisiennes, cet accord visait à offrir une bouée de sauvetage à un pays en pleine tourmente économique.
La Tunisie est criblée de dettes et souffre d’une inflation galopante. Mais le gouvernement n’a pas été en mesure de conclure un accord avec le Fonds monétaire international, son principal créancier, ce qui est censé être une condition pour recevoir des fonds de l’UE. Saied, qui a rejeté un accord avec le FMI en octobre dernier, s’en est pris à ce dernier avec une rhétorique antioccidentale, ce qui a permis de couvrir une crise intérieure qui ne cesse de s’aggraver.
Conformément à ses propres réformes constitutionnelles, Saied peut se présenter pour un nouveau mandat de cinq ans. Il aura besoin d’une majorité absolue pour l’emporter, faute de quoi un second tour sera organisé.
Jusqu’à présent, un seul candidat, outre M. Saied, a déclaré son intention de se présenter. En novembre 2023, Olfa Hamdi, l’ancien PDG de la compagnie aérienne nationale tunisienne Tunisair, a annoncé qu’elle se présenterait en tant que candidate du parti qu’elle a fondé, la Troisième République. Elle a déclaré qu’elle visait à « construire une large coalition garantissant une transformation politique pacifique réussie ».
Saied s’achemine vers la Présidentielle fort de ses partisans , selon FP
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