AccueilLa UNETourisme, la lente résurrection du parc hôtelier tunisien

Tourisme, la lente résurrection du parc hôtelier tunisien

Quatre hôtels rouvrent à Tozeur, signe d’un frémissement régional. Après des années de fermeture imposées par les crises économiques et financières successives, aggravées par la pandémie de Covid-19 et le recul de l’activité touristique, plusieurs établissements hôteliers tunisiens reprennent progressivement leur activité. Dans la région de Tozeur, quatre unités ont rouvert ce mois-ci, selon Adel Sbita, commissaire régional du tourisme.

Interrogé par African Manager,  Sbita estime que ces réouvertures constituent un indicateur d’amélioration du secteur. Elles incarnent, selon lui, l’espoir d’un redressement des investissements touristiques et d’un retour des établissements à leur rôle de soutien à l’économie nationale et de création d’emplois. Ces unités généreront 170 emplois permanents. Le coût de remise en service de l’un de ces hôtels atteint 15 millions de dinars, les autres se situant entre 7 et 8 millions de dinars. Comme le souligne le responsable, le simple fait de rouvrir constitue en soi un investissement.

Les établissements concernés sont le Ksar El Jerid et l’hôtel Sarab à Nefta, l’hôtel Tameghza, anciennement El As, à Tamerza, ainsi que l’ancien El Palms, rebaptisé Plaza.

–          Des fermetures aux racines profondes

Le commissaire régional rappelle que les causes de fermeture dépassent la seule pandémie. Les crises économiques de 2014 et 2015, marquées par la dégradation de la situation sécuritaire, ont durablement fragilisé le secteur. À Tozeur , s’ajoute un handicap logistique majeur, la raréfaction des liaisons aériennes. Les vols reliant l’aéroport international de Djerba-Zarzis aux marchés d’Europe occidentale sont passés de quatorze à quinze rotations hebdomadaires à une seule ligne, transitant par Tunis-Carthage avant d’atteindre Djerba. L’île de Djerba elle-même a connu, entre 2019 et 2022, un net recul de ses arrivées pour des raisons économiques et sociales diverses.

–          Un mal national, 164 hôtels à l’arrêt

Le cas de Tozeur s’inscrit dans une crise structurelle de dimension nationale. En avril 2026, le président de la Commission du tourisme à l’Assemblée des représentants du peuple, Mohamed Yahyaoui, chiffrait à 164 le nombre d’hôtels fermés à travers le pays, illustrant l’ampleur des fragilités du secteur. Un an plus tôt, en mai 2025, le directeur général de l’Office national du tourisme tunisien évoquait jusqu’à 177 établissements à l’arrêt, soit environ 60 000 lits sur les 230 000 que compte la Tunisie, près de 21 pour cent de la capacité nationale.

La ventilation de ce parc immobilisé éclaire la nature du problème. Sur l’ensemble des lits indisponibles, une partie seulement relève de la fermeture saisonnière volontaire, environ 20 000 lits mis en veille entre novembre et avril par des hôtels au produit balnéaire mono-saison. Le reste, près de 40 000 lits, correspond à des fermetures structurelles, liées au vieillissement des infrastructures, à des problèmes de gestion, à l’endettement bancaire et à des litiges d’héritage qui bloquent la transmission des établissements.

–          Les pôles historiques en première ligne

Les fermetures se concentrent dans les destinations phares du pays. Selon l’ONTT, Hammamet, Djerba, Monastir et Tozeur figurent parmi les zones les plus touchées. Plusieurs pôles touristiques historiques, Hammamet, Sousse et Monastir, souffrent d’un vieillissement avancé de leur appareil hôtelier, conçu pour un tourisme de masse balnéaire désormais en perte de compétitivité.

La région de Djerba-Zarzis illustre cette concentration. Lors d’épisodes de crise antérieurs, le commissariat régional y avait recensé jusqu’à 23 hôtels fermés, correspondant à environ 11 000 lits. La zone de Nabeul-Hammamet a, elle aussi, été frappée par vagues successives, notamment après l’attentat de Sousse de 2015, avec une dizaine d’unités contraintes à l’arrêt, dont plusieurs en fermeture saisonnière prolongée faute de clientèle.

–          Une reprise réelle mais inégale

Le frémissement est néanmoins perceptible. La Tunisie a accueilli plus de onze millions de visiteurs en 2025, et les grands groupes amorcent leur redémarrage. El Mouradi Hotels, leader national avec seize établissements et environ 16 000 lits, a rouvert la majorité de ses unités pour la saison 2026, les dernières réouvertures, à Port El Kantaoui et Cap Mahdia, étant programmées entre avril et mai 2026. À Tamaghza, Nefta et Tozeur, l’ONTT a soutenu la relance par des événements promotionnels, comme le Forum international des montgolfières et le Salon international du tourisme oasien et saharien, ainsi que par la ligne aérienne Tozeur-Paris.

Reste que la reprise demeure fragile et inégale. La réouverture durable des établissements, en particulier dans les zones stratégiques de Djerba, Hammamet et Tunis, suppose la résolution des dossiers d’endettement, un effort de modernisation des infrastructures et un appui ciblé aux hôteliers en difficulté. Une commission interministérielle entre les Finances et le Tourisme, créée en 2023, travaille avec les banques sur ces dossiers. À l’horizon de Tunis, capitale du tourisme arabe 2027, l’enjeu n’est plus seulement le nombre de lits disponibles, mais l’image même de la destination Tunisie.

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