L’Union Internationale de Banques a publié ses indicateurs du deuxième trimestre 2026. Les chiffres sont bons, le coefficient d’exploitation passe sous les 55%, le résultat brut d’exploitation gagne 11%. Derrière cette performance, la structure du bilan bouge en profondeur, et pas toujours dans le sens que suggère le communiqué.
– Le crédit repart, et c’est la bonne nouvelle
Commençons par ce qui mérite d’être salué. L’encours net des crédits à la clientèle atteint 6 479,9 millions de dinars à fin juin 2026, contre 6 341,9 millions un an plus tôt, soit 138 millions de dinars de plus et une progression de 2,2%. Dans un secteur bancaire tunisien où le financement de l’économie recule souvent devant les titres publics, une banque qui prête davantage à ses clients envoie un signal utile. La hausse est modeste, elle est réelle, et elle va dans le bon sens.
– Une collecte qui stagne, une ressource qui se transforme
Les dépôts ne progressent que de 1,5%, à 7 183,6 millions de dinars, soit 104,9 millions de plus. Ce petit chiffre net masque un mouvement considérable. Les dépôts à terme, certificats de dépôt et autres produits financiers s’effondrent de 475 millions de dinars. En face, les dépôts à vue gagnent 325,2 millions, l’épargne 217,6 millions et les autres avoirs 37 millions. L’addition tombe juste. Autrement dit, l’UIB perd sa ressource chère et la remplace par de la ressource peu ou pas rémunérée. Le document n’explique pas ce déplacement, qui pourrait tenir à la détente des taux amorcée par la Banque centrale de Tunisie, hypothèse que la banque n’avance pas et qui reste une interprétation.
– Le vrai moteur du PNB, la baisse du coût de la ressource
Voici le point décisif, et il n’est pas mis en avant. Les produits d’exploitation bancaire reculent de 0,9%, à 450,7 millions de dinars. La banque encaisse donc moins qu’un an plus tôt. Et pourtant le produit net bancaire progresse de 5,7%, à 273,2 millions de dinars. L’explication tient dans l’écart entre les deux, calcul de l’auteur, les charges d’exploitation bancaire tombent de 196,6 à 177,5 millions de dinars, soit une baisse de 9,7%. Ce sont les intérêts versés aux déposants qui s’allègent. La disparition des 475 millions de dinars de dépôts à terme et la hausse du produit net bancaire sont donc le même phénomène vu de deux côtés. La banque ne gagne pas plus, elle paie moins.
– Une composition qui se déforme
Dans le détail du produit net bancaire, les deux métiers historiques marquent le pas. La marge d’intérêt gagne 2,8%, à 146,1 millions de dinars, et son poids recule de 55,0% à 53,5%. Les commissions stagnent à 76,9 millions de dinars, plus 0,3%, et leur part tombe de 29,6% à 28,1%. Ce qui tire l’ensemble vers le haut, ce sont les revenus du portefeuille-titres, en hausse de 26,8%, à 50,2 millions de dinars, dont la contribution bondit de 15,3% à 18,4%. La croissance vient donc davantage des titres que du métier de banquier.
– La loi 2024-41, un coût qui s’alourdit
La banque insiste sur l’impact de la loi 2024-41 amendant le code de commerce, chiffré à 15,8 millions de dinars ce semestre contre 12,1 millions un an plus tôt. Le surcoût atteint 3,7 millions de dinars, une progression de 30,6%. Retraités de cet effet, les indicateurs s’améliorent, le produit net bancaire à 6,8%, la marge d’intérêt à 5%, le résultat brut d’exploitation à 13%. Ces retraitements sont arithmétiquement exacts, vérification faite. Ils éclairent la performance sous-jacente. Ils rappellent aussi que le chiffre qui engage la banque reste le chiffre publié, non le chiffre corrigé.
– La maîtrise des charges fait le reste
Les charges opératoires n’augmentent que de 1,6%, à 148,2 millions de dinars, quand le produit net bancaire gagne 5,7%. Les frais de personnel suivent, plus 1,6%, à 109 millions de dinars, une modération notable en période d’inflation. L’effet ciseau produit un résultat brut d’exploitation de 125,2 millions de dinars, en hausse de 11,1%. Le coefficient d’exploitation s’améliore de 2,1 points, de 56,4% à 54,3%, et descendrait à 51,3% retraité. Passer sous les 55% place l’UIB dans le haut du panier tunisien.
– Ce que le document ne dit pas
Reste un angle mort. Ces indicateurs s’arrêtent au résultat brut d’exploitation. Rien sur le coût du risque, rien sur les créances classées, rien sur le taux de provisionnement, rien sur le résultat net. C’est conforme au format trimestriel réglementaire, mais cela laisse la qualité du portefeuille hors du champ, au moment précis où l’encours de crédit progresse. Une banque peut afficher un excellent résultat brut et voir son résultat net absorbé par les provisions. Le ratio crédits sur dépôts monte de 89,6% à 90,2%, ce qui laisse peu de marge de transformation supplémentaire. Les emprunts et ressources spéciales reculent de 134,3 à 98 millions de dinars, soit 27% de moins, un désendettement qui traduit aussi une moindre mobilisation de lignes extérieures. La performance semestrielle est solide. Sa nature mérite d’être suivie.








