Malgré l’importance des risques climatiques pesant sur la Tunisie, avec des projections de hausse des températures et de baisse des précipitations à l’horizon 2050, le développement de sa finance verte reste encore un chantier à l’état embryonnaire.
Un récent rapport publié par l’IACE souligne l’écart persistant entre les ambitions climatiques affichées par l’État et les moyens financiers effectivement mobilisés.
Le rapport intitulé « Verdissement du système financier tunisien : un projet encore en chantier » met en évidence plusieurs constats majeurs sur l’état actuel du secteur, évoquant, notamment une forte dépendance aux bailleurs internationaux. En effet, la finance verte en Tunisie repose aujourd’hui largement sur la contribution de partenaires tels que la Banque Mondiale, la BERD, l’AFD ou la BAD qui fournissent des lignes de crédit et soutiennent des projets d’infrastructure dans l’eau et l’énergie.
Le rapport épingle aussi un cadre institutionnel peu opérationnel, soulignant que même si la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a intégré la question climatique dans son plan stratégique 2023-2025, la mise en œuvre reste « timide ». Aucun dispositif prudentiel contraignant ou « stress test » climatique n’a encore été imposé aux banques.
L’IACE évoque aussi l’absence d’un marché des obligations vertes précisant qu’aucune émission d’obligation verte n’a été réalisée à ce jour malgré la publication d’un guide par le Conseil du Marché Financier (CMF) en 2021. Les investisseurs sont freinés par l’absence de projets bancables, l’illiquidité du marché secondaire et le manque d’outils de tarification des risques.
Parmi les obstacles au verdissement du système financier tunisien, le rapport cite aussi une gouvernance fragmentée, expliquant que les politiques budgétaires intègrent progressivement des mesures environnementales dans les lois de finances (taxes carbone, incitations pour les véhicules électriques), mais l’approche reste sectorielle et manque de coordination globale.
Il met aussi en évidence un retard régional par rapport à des pays comme l’Égypte qui a émis des obligations vertes souveraines ou le Maroc où le risque climatique est régulé comme un risque financier à part entière.
Recommandations pour accélérer la transition
Pour transformer le système financier en levier de la transition écologique, le document préconise plusieurs axes de réforme. Il s’agit tout d’abord de renforcer la coordination institutionnelle en mettant en place une stratégie nationale de finance verte pour limiter la fragmentation des initiatives entre les ministères et créer un dispositif de suivi annuel.
Le rapport recommande également de dynamiser le marché financier en émettant des obligations vertes souveraines pour créer un effet d’entraînement sur le secteur privé et attirer les investisseurs internationaux. Il s’agit, par ailleurs, d’impliquer le secteur privé en développant des partenariats public-privé (PPP) et des mécanismes de partage des risques pour pallier l’insuffisance des ressources publiques.
Verdir la supervision bancaire en intégrant systématiquement les risques climatiques dans la gestion des risques des banques, en généralisant le reporting ESG et en conditionnant certains financements à des critères environnementaux, figure aussi parmi les recommandations de l’IACE pour favoriser l’émergence d’une finance verte.
L’institut préconise, en outre, de réformer la politique budgétaire en instaurant un mécanisme de budgétisation verte (Climate Budget Tagging) pour identifier les dépenses publiques réellement favorables au climat, tout en supprimant progressivement les subventions aux hydrocarbures au profit de taxes environnementales.
En conclusion, le rapport souligne que le succès de ce verdissement dépendra de la capacité de la Tunisie à passer d’une logique de projets pilotes à un écosystème financier robuste et coordonné, capable de soutenir durablement les engagements climatiques nationaux.








