La hausse des prix de l’immobilier en Tunisie se poursuit. Au cours de l’année 2025, les prix ont enregistré une augmentation d’environ 5 %, selon Anis Gharbi, directeur du site spécialisé dans l’immobilier Mubawab.
Dans un entretien accordé à African Manager, Anis Gharbi estime que la hausse des prix des appartements et des maisons s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’augmentation du coût des matériaux de construction, la hausse du coût de la main-d’œuvre et la rareté du foncier.
Il a également souligné la nécessité de réduire le coût des crédits bancaires destinés au logement, afin de faire pression à la baisse sur les prix.
La même source indique que les promoteurs immobiliers s’orientent progressivement vers la réduction de la superficie des appartements de type S+2.
Anis Gharbi a également insisté sur l’importance du mécanisme de la location-vente, qui devrait entrer en application prochainement. Dans ce contexte, il appelle à mettre en place de nouveaux mécanismes permettant d’étendre ce dispositif au secteur de la promotion immobilière privée.
Regardez ici la totalité de l’interview en VO
- Q : Comment ont évolué les prix de l’immobilier sur le marché tunisien en 2025 ?
Anis Gharbi : L’indice des prix de vente de l’immobilier en Tunisie a enregistré une hausse d’environ 5 % en 2025, par rapport aux niveaux observés en 2024.
La demande se concentre principalement sur les appartements S+2, dont la superficie varie entre 90 et 120 mètres carrés.
De leur côté, les loyers des appartements, des maisons et des biens immobiliers en général ont également augmenté d’environ 5,25 % durant l’année écoulée par rapport à 2024.
Quelles sont les raisons de cette tendance haussière des prix de l’immobilier ?
Il faut d’abord préciser que l’augmentation des prix n’a pas dépassé le niveau de l’inflation. Par conséquent, cette hausse peut être considérée comme relativement normale.
Elle s’explique principalement par l’augmentation du coût de la construction, due à la hausse des prix des matériaux de base, à l’augmentation du coût de la main-d’œuvre, ainsi qu’à la dépréciation du dinar tunisien face à l’euro, sans oublier la rareté des terrains constructibles.
Par ailleurs, les taux d’intérêt appliqués aux crédits immobiliers ne permettent pas aux promoteurs immobiliers privés de réduire leurs prix de vente.
Un promoteur immobilier ne vend pas à perte, car il s’agit avant tout d’une entreprise à but lucratif, et sa pérennité dépend de sa capacité à réaliser des bénéfices.
- Comment voyez-vous l’avenir du secteur de la promotion immobilière en Tunisie ?
Les indicateurs actuels sont plutôt positifs, et il existe des signes laissant entrevoir une reprise plus marquée en 2026.
Cela s’explique notamment par l’achèvement des préparatifs liés au mécanisme de la location-vente, qui permettra à une certaine catégorie de Tunisiens d’acquérir un logement en versant un loyer mensuel.
Dans une première phase, cette loi concernera uniquement les promoteurs publics, notamment : la Société de promotion des logements sociaux (SPROLS), et la Société nationale immobilière de Tunisie (SNIT).
Je pense que cette mesure permettra d’alléger la pression de la demande dans certaines régions, d’autant que l’État prévoit de mettre à disposition environ 1200 logements d’ici la fin de l’année en cours.
Si ce mécanisme de location-vente est étendu aux promoteurs privés et qu’un partenariat public-privé est instauré, cela pourrait contribuer à relancer le secteur et à offrir des logements à des prix raisonnables.
Il faut savoir que les promoteurs immobiliers disposent des capacités nécessaires pour construire des milliers de nouveaux logements chaque année.
Posséder un logement demeure le rêve de nombreuses familles, mais les contraintes financières et les conditions strictes de financement en empêchent beaucoup d’y accéder.
- Quelles sont vos propositions pour maîtriser les prix de l’immobilier ?
Parmi les solutions proposées figure la création de nouvelles villes et de nouveaux quartiers résidentiels disposant de toutes les infrastructures nécessaires : routes, écoles, moyens de transport, jardins d’enfants, etc.
Ces projets permettraient de répondre à la demande croissante de logements sociaux et d’atténuer la crise du logement.
Nous proposons également de réduire les taux d’intérêt des crédits bancaires, qu’ils soient destinés aux promoteurs immobiliers ou aux ménages.
Nous appelons aussi à trouver des solutions alternatives pour financer l’apport personnel, estimé actuellement à 20 % du prix du logement.
En effet, de nombreuses familles ne sont plus capables de réunir ce montant, en raison de la hausse excessive des prix et de la baisse du pouvoir d’achat, ce qui se traduit par un recul notable du taux d’épargne.
Dans plusieurs pays, la solution a été de permettre aux ménages d’obtenir un financement allant jusqu’à 120 % du prix du logement, avec des taux d’intérêt fixes, afin de couvrir également les frais de notaire, d’enregistrement et autres coûts administratifs.
- Alors que l’on parle de 800 000 logements vacants, pourquoi les prix ne baissent-ils pas en Tunisie malgré le ralentissement du marché ?
Dans certains pays, les crédits immobiliers sont accordés à des taux d’intérêt compris entre 0,5 % et 1 %, ce qui rend une baisse des prix envisageable et possible.
En Tunisie, en revanche, les promoteurs immobiliers obtiennent des crédits à des taux compris entre 10 % et 11 %, ce qui rend toute réduction des prix presque impossible.
Par ailleurs, le chiffre de 800 000 logements vacants reste contesté et nécessite davantage de clarifications.
Comment évaluez-vous la demande actuelle sur le marché immobilier ?
La demande immobilière existe toujours, mais la finalisation d’une opération d’achat est devenue plus complexe.
Autrefois, l’ensemble des procédures ne dépassait pas trois mois, alors qu’aujourd’hui elle peut dépasser six mois.
Cela reflète la complexité des procédures administratives et les difficultés des ménages à honorer leurs engagements financiers.
On observe également que les promoteurs immobiliers cherchent désormais à réduire la superficie des appartements afin de maîtriser les prix.
Actuellement, la superficie moyenne d’un appartement composé d’un salon et de deux chambres se situe entre 90 et 120 m².
Cependant, cette superficie pourrait être réduite à l’avenir entre 65 et 80 m², dans le but de diminuer les coûts et de limiter la hausse des prix.








