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Biodiversité : à Ghar El Melh, un mode de culture unique au monde menacé par l’homme et les changements climatiques

Des cultures dites « Gattaya » ou « ramli » qui sont pratiquées dans La lagune de Ghar El Melh et son annexe la lagune de Sidi Ali Mekki (Bizerte) sont, menacées par l’élévation du niveau de la mer due aux changements climatiques ainsi qu’aux atteintes multiples au domaine public maritime dont la construction anarchique qui rétrécit de plus en plus leur superficie. Celle-ci est passée de 300 hectares auparavant à moins 100 hectares aujourd’hui, selon les agriculteurs de cette zone.

  Les « Gattaya » se sont, en effet, de petites parcelles de cultures maraichères et potagères, et parfois d’arboriculture fruitière, situées sur les marais en bordure des lagunes de Ghar El Melh et Sidi Ali Mekki. Très singulières, elles ont été créées au 17ème siècle, par la diaspora andalouse qui a trouvé réfuge en Tunisie, à partir du 16ème siècle.

L’originalité de ces pratiques ingénieuses provient du fait que leur système d’irrigation est passif, ainsi les racines des plantes sont alimentées en toute saison par l’eau de pluie emmagasinée et surnageant la surface de l’eau de mer au rythme des marées.*

En effet, les cultures Ramli, étymologiquement sur sable, bénéficient d’un intérêt mondial. Elles  ont même obtenu la certification SIPAM (Systèmes Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondial), grâce à l’appui du PNUD (projet Résilience côtière) et plusieurs partenaires locaux et internationaux

Cependant des agriculteurs des « Gattaya »ont saisi l’opportunité offerte par un atelier de formation sur «le rôle des médias dans la conservation de la biodiversité», organisé par le bureau du Fonds mondial pour la nature (WWF) Tunisie- Afrique du Nord, à Ghar El Meleh, pour faire entendre leur voix et tirer la sonnette d’alarme quant aux dangers qui menacent ce mode de culutre rare et spécifique à la région.

Ils ont exprimé leurs craintes de voir cet agrosystème préservé jalousement, depuis des siècles, disparaitre, à cause des effets latents des changements climatiques, l’absence de relève et des mesures fermes et contraignantes à l’égard de ceux qui violent le domaine maritime.

Laxisme de l’Etat et de ses structures

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avait déjà averti, le 17 mai 2016, qu’il existe un véritable défi à relever en raison de l’élévation rapide du niveau de l’eau de mer au détriment des terres sur les rives de Ghar El Melh, à l’horizon des années 2020, 2030, 2050 et 2100.

Or pour  Ali Garsi, un des agriculteurs et engagés dans la région des « Gattaya », l’Etat est défaillant et n’assume pas son rôle dans la préservation de ce patrimoine et la lutte contre la destruction de ce système et les atteintes au domaine public maritime.

«Le site est devenu de plus en plus fragile à cause de l’affluence des estivants pendant l’été, la construction de maisons et de fondations solides sur des terrains sableux, dans une infraction claire des lois», a-t-il dit.

Cependant, la loi relative à la protection du domaine public maritime, qui régit les lacs, les étangs et sebkhas en communication naturelle et en surface avec la mer et le sol ainsi que le sous sol des eaux maritimes intérieures et de la mer territoriale, interdit « de construire à moins de 100 mètres des limites du domaine public maritime».

Garsi, fervent défenseur des cultures lagunaires a affirmé à l’agence TAP, que le niveau de la mer a augmenté ces dernières années d’une manière inhabituelle. Ceci est perceptible à travers les eaux qui submergent,  de temps à autre les cultures, a-t-il dit.

A cet égard, Il a recommandé l’autorisation aux agriculteurs de repeupler leurs terres avec du sable de la plage en adoptant une loi qui organise cette exploitation. La réhabilitation des parcelles qui se trouvent entre la Sebkha et la mer passe par cette méthode, selon ses dires .

L’experte en Ressources hydrauliques et adaptation aux changements climatiques, Raoudha Gafrej, a qualifié de « merveilleux », le système agricole sur sable de Ghar El Melh, estimant qu’il est regrettable de négliger et de laisser perdre «une technique naturelle qui a été exploitée par l’homme pendant plusieurs siècles ».

Les autorités devraient agir au plus vite pour conserver le site et contrôler tout nouvel investissement, a-t-elle dit.

Tout projet prévu dans la région devrait prendre en compte la fragilité du site ainsi que l’effet des changements climatiques, le cycle de l’eau, a-t-elle ajouté évoquant les recommandations du dernier rapport publié par le Groupe d’experts intergouvernemental des Nations Unies sur l’évolution du climat « GIEC », lequel prévient que des phénomènes graves vont se produire au futur, allant de la sécheresse aux inondations.

 Selon un rapport interne de la direction régionale de l’APAL, cité dans une enquête journalistique parue en mars 2018, à Al Arabi Al-Jadid, 60 maisons ont été bâties dans la zone relevant du domaine public maritime de la « Sebkha », jusqu’au 15 janvier 2015.

L’enquête a révélé, aussi, que le ministère de l’Environnement et les autorités locales et régionales ne font pas preuve de fermeté dans l’application de la loi sur la protection du domaine public maritime. Ils n’ont pris aucune mesure contre les 110 contrevenants qui ont construit des logements sur les côtes de Sidi Ali Mekki et Ghar El Melh.

Un système agricole d’intérêt mondial

La lagune de Ghar El Melh a été classée, en 2007, comme zone humide d’importance internationale dotée d’une riche biodiversité, sous la Convention de Ramsar.

Selon la FAO, Ghar El Melh est une zone très importante pour les oiseaux migrateurs.

Le Fonds mondial pour la nature, Bureau de Tunis-Afrique du Nord, est en train de mettre en œuvre, actuellement, avec les partenaires locaux,  le projet « GEMWET-Conservation et Développement Durable des Zones Humides Côtières à Haute Valeur Ecologique ». Ce projet vise à protéger les zones humides côtières à haute valeur environnementale et la mise en place d’un système intégré pour la gestion efficace des ressources naturelles et culturelles disponibles dans la lagune de Ghar El Melh.

Le projet, financé par la Fondation suisse « MAVA », tend à prévenir la détérioration de ce grand lac et de ses bassins versants et à préserver la culture de Gattaya, héritée de l’époque andalouse. Il œuvre également, à sensibiliser la population locale quant à l’importance de protéger ce patrimoine. Un objectif réalisable, si l’Etat et les autorités régionales assument leur responsabilité en la matière.

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