Plusieurs téléspectateurs qui avaient suivi l’interview de Rached Ghannouchi, le 25 août, sur Nessma , avaient acquis la conviction que la réussite de cette initiative dépendait plus des rapports de force au sein d’Ennahdha que de l’adhésion de l’opposition à son égard .
Il est vrai que le chef du parti islamiste était laconique et pas très clair sur plusieurs aspects de son initiative, et s’est même rétracté , le lendemain sur d’autres, risquant de frapper de nullité ses propositions avant leur discussion à grande échelle , mais le destin réservé à sa nouvelle vision était réellement tributaire de la position des militants islamistes .
La réponse a été donnée , samedi 31 août , par deux des plus importants dirigeants d’Ennahdha, à savoir Ali Laârayedh et Abdellatif Mekki .Le chef du gouvernement a déclaré , en marge du 21ème congrès des scouts tunisiens ,que les intermédiaires du dialogue national se sont alignés sur les positions et revendications de l’opposition , ce qui vaut un rejet de leur démarche en vue de trouver une solution à la crise . Pour sa part, Abdellatif Mekki a affirmé, lors d’une réunion à Gafsa avec les militants d’Ennahdha , que la troïka a fait suffisamment de concessions , et ne peut , de ce fait , aller au-delà , soulignant que son parti a été mandaté par le peuple pour faire aboutir la période transitoire , et n’a pas le droit de se dérober à sa mission et céder le pouvoir à d’autres forces politiques qui n’ont pas cette légitimité .
Ces deux positions indiquent que le débat a été tranché en faveur de la ligne dure au sein d’Ennahdha , et que le parti, par la sortie des deux importants dirigeants et leurs déclarations , a voulu faire savoir ce nouvel état de fait à l’opinion nationale et internationale .
L’initiative d’annoncer cette position coïncide avec des informations internes indiquant que Rached Ghannouchi est mis en minorité au sein de son parti , à la suite de son intervention à Nessma TV , ce qui laisse entendre que la solution concertée sur la base du consensus, ne verra pas le jour tant que l’équation politique du moment amène le parti islamiste à se détourner de toute solution négociée .
Ennahdha a été, depuis mars 2011, guidée par une ligne dure. Elle était au début illustrée par les dirigeants venus de l’extérieur qui , après les premiers sondages donnant leur parti gagnant dans les élections de la constituante , ont choisi des alliés marginaux et de petite taille pour accaparer le pouvoir , une fois détenu .
Après le constat d’échec de l’expérience du processus de transition dont Ennahdha assume la totale responsabilité du fait du bilan négatif de l’ANC et du gouvernement et suite à l’élargissement du front de la contestation, Rached Ghannouchi et les siens en sont venus à reconnaître la nécessité de changer de cap , et de faire les concessions qui s’imposaient . Alors, ce sont les dirigeants issus des prisons tunisiennes qui ont pris la relève, en affichant une position sans faille pour rejeter tout compromis et faire valoir l’état de fait et la légitimité électorale .
Les arguments avancés dans le discours des deux importants responsables politiques sont plus anciens que la période qui a précédé le lancement du dialogue il y a quelques semaines .Ce qui veut dire que le parti islamiste ne peut maintenir son unité que sous la houlette d’une ligne dure , quitte à ce qu’elle change de tenant d’un thème à un autre.
Aboussaoud .H








