De toute évidence, la pandémie de covid-19, pour avoir déferlé sur toute la planète, laissera peu de rescapés parmi les pays touchés, y bouleversant tous les ordres à toutes les échelles. Et c’est reprendre un truisme que de dire qu’il y a un avant-coronavirus et un après-coronavirus, en ce sens qu’une nouvelle architecture universelle est en train de s’esquisser sans que l’on sache encore ses contours précis, ni les paradigmes qui vont la régir. Pour l’heure, la pandémie a été l’occasion de créer une doctrine de choc « inversée ». On a déjà eu la preuve, jour après jour, que sans les mesures mises en place par les gouvernements-pour autant qu’ils aient pu le faire- pour aider les plus vulnérables, l’économie, les entreprises, la recherche, les secteurs de la santé, la situation serait pire.
Les choses étant ce qu’elles sont, on est en peine de se projeter dans l’avenir, sillonné par une infinité d’incertitudes, dont la plus lancinante tient à ne pas en douter au coût final de la pandémie. Mais ce qui est d’ores et déjà établi, c’est la hiérarchie des priorités sera fondamentalement bousculée. Cela devrait être le cas pour la Tunisie où, par exemple, le secteur de la santé a été relégué ces deux dernières décennies à un rang si délétère qu’il sera de la toute première importance voire vital de réhabiliter pour le mettre en accord avec les nouveaux enjeux.
Il a fallu, bien entendu, le dévouement, le savoir et l’art des personnels médicaux et des soignants de l’hôpital pour que le désastre n’ait pas été entier, mais aussi l’approche adoptée qui a eu pour conséquence de limiter un tant soit peu les dégâts. Il n’en faudra pas davantage pour que les pouvoirs publics se mettent en état d’accorder à la santé publique toute l’attention et tout l’argent nécessaires pour l’élever au rang de priorité absolue, quitte à rogner sur d’autres domaines.
Dans cette logique, il est indispensable que cette priorité se décline dans le prochain budget de l’Etat et surtout que les fonds appropriés soient mobilisés séance tenante et que l’on s’échine à les trouver auprès de sources domestiques autant qu’ailleurs. Il ne s’agit plus d’une option, mais bien d’une exigence, d’une obligation forcément ardente et plus encore d’une question de sécurité nationale hautement mobilisatrice.
Revenir à l’essentiel
En Tunisie comme partout ailleurs, cette conflagration sanitaire doit être l’occasion de tirer certaines leçons essentielles, avec la nécessité de réinvestir dans les services publics, de repenser certaines chaînes de production, de revenir à l’essentiel et en particulier de retrouver le sens du commun. Un point de vue que fait sien en partie l’anthropologue et philosophe Bruno Latour, qui prône un après coronavirus stratégique pour une reprise du système de production plus responsable. Cette pause soudaine doit servir de base de « ne pas reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant ». La vraie crise à redouter est celle à venir… et elle sera écologique si nous ne profitons pas du signal envoyé par le coronavirus.
Une perspective à laquelle s’attache une longue suite de chantiers majeurs en face desquels les autorités tunisiennes semblent de plus en plus désarmés. Il n’y a qu’à voir les atteintes quotidiennes perpétrées contre l’environnement dans l’impunité totale et au su et au vu de tout le monde jusques et y compris l’Etat dans toutes ses expressions. Tout y passe, le littoral, les forêts et leur couvert végétal, la faune et la flore, l’air que l’on respire, les décharges à ciel ouvert et même les richesses marines. Pas plus tard que cette semaine, l’Instance nationale de lutte contre la corruption a été alertée concernant des pratiques de commerce de tortue de mer à Sfax. Il s’agit d’un habitant d’une localité qui proposait à la vente, devant son domicile, des tortues de mer, de grande taille. C’est une flagrante transgression de la loi sur la protection de cette espèce menacée partout dans le monde et bien sûr, en Tunisie. Cette espèce, vitale pour la biodiversité marine et la santé des océans, est protégée, en Tunisie, par la loi sur la protection des cétacés (loi n° 94-13 du 31 juillet 1994) ainsi que par le décret du Ministère de l’Agriculture, du 28 septembre 1995, régularisant la pratique des activités de pêche. Ces réglementations interdisent la capture dans les eaux territoriales des phoques moines, des cétacés et des tortues marines, ainsi que leur commerce et leur tenue en captivité.
Des pratiques assimilées à des crimes écologiques dans un pays qui émettait, en 2016 pour ne citer que cette année-là, 2,6 tonnes de CO2 par habitant. Même si statistiquement parlant la Tunisie est moins polluante que d’autres pays, la concentration de la pollution dans les villes tunisiennes combinée à la pauvreté, à un système de santé publique faible, à des infrastructures en ruine et à des zones urbaines denses rendent la population plus vulnérable aux maladies pulmonaires.
Plus il fait chaud en été, plus les bâtiments sont équipés de climatiseurs et, bien sûr, plus il y a de CO2 dans l’air. Combiné au nombre croissant de voitures circulant dans la ville, cela crée un cercle vicieux.
M.L








