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Ingmar Bergman, le fameux metteur en scène suédois, devrait se retourner dans sa tombe s’il pouvait assister au remake actuel de son célèbre film « Cris et Chuchotements » qui se déroule actuellement en boucle en Tunisie. Mais avec de très mauvais acteurs et un scénario, dont la trame plane au ras des pâquerettes.
Quelle meilleure formule pourrait-on trouver pour décrire les élucubrations des premiers responsables de ce pauvre pays qui pataugent dans les méandres de la politique de caniveau ou l’amateurisme le dispute à l’incompétence, avec une impertinence qui va mener le pays à un désastre annoncé.
Entre cris robotisés et diatribes lassantes et sans fins depuis plus de 2 ans d’un président autiste, et les chuchotements d’une cheffe de gouvernement, qui sous un éternel sourire bon enfant se demande sûrement dans quel guêpier elle s’est embourbée, les tunisiens désespèrent de voir le bout du tunnel dans lequel a sombré le pays.
La Tunisie est un pays exceptionnel, de par son passé historique à nul autre pareil.Mais aussi de par son présent, à nul autre pareil, où les principaux responsables du pays sont en train de jouer une partition obsolète unique au monde, que le plus des ultra pessimistes n’aurait imaginé il y a une dizaine d’année avant cette satanée révolution qu’il serait plus pertinent de qualifier de révulsion.
Voilà un homme au destin hors du commun, miraculeusement propulsé aux plus hautes commandes du pays par la grâce d’un consensus électoral sans précédent qui l’a élu pour son honnêteté obsessionnelle. Qui n’a aucun passé politique, qui n’a aucun programme économique ou social, sinon des slogans creux, et qui s’est révélé un président exceptionnel dans sa façon d’exercer le pouvoir aussi bien dans la forme que dans le fond.
Aucun des présidents des pays de la planète n’a le profil présidentiel de Kais Saied. Aucun président, ne prend la parole que pour réprimander, invectiver et menacer ses concitoyens. Aucun président, aussi populiste soit-il, ne raconte d’énormes balivernes pour amadouer les plus démunis. Aucun président, n’a une ligne de conduite aussi intransigeante, aussi linéaire et aussi clivante. Aucun président n’ose se mettre sur le dos, pêle-mêle, tous les partis politiques, de gauche comme de droite, les organisations nationales et les associations civiles, tout en ayant le courage de continuer contre vents et marées sur cette voie sans issue pour relever les innombrables défis auxquels fait face le pays.
Et cerise sur le gâteau il a le toupet de nommer à la tête du gouvernement une « bonne dame » bien rangée, bien cultivée, bien honnête, bien obséquieuse, à la silhouette bon chic bon genre, sans aucune envergure ou expérience politique, en la jetant dans la gueule du loup, une véritable mare infecte où les crotales se disputent avec les hyènes sous la bienveillance de vieux lascars experts en manigances,toujours à l’affût de coups tordus.
Il s’agit sans aucun doute d’une première mondiale, qu’une cheffe de gouvernement soudainement sortie du chapeau d’un mauvais prestidigitateur, n’ait aucune stature politique, est complètement effacée, n’a chuchoté depuis plusieurs mois que quelques bribes, et ne daigne piper le moindre mot en s’adressant à ses concitoyens pour les éclairer.
Voilà un simulacre de cheffe, qui ne commande rien, qui n’a pas le droit à la parole, qui n’a pas le droit de nommer ses collaborateurs, qui n’a pas de porte-parole ou de service de presse digne de ce nom, qui ne préside aucun conseil ministériel, qui doit gober stoïquement toutes les insanités distillées par son mentor sous une sourire de chérubin dont la candeur cache vraisemblablement un profond désarroi.
Entre cris présidentiels et chuchotement gouvernemental, entre intrigues du sérail orchestrées par un régent et une guerre de tranchées dans le palais. Entre une bataille de positionnement des copains et copines sous un blackout présidentiel total, le Tunisien est ballotté au gré de l’incompétence et de l’amateurisme de ses gouvernants, de leurs balbutiements, de leur absence de vision, emporté par un folklore politique qui finira peut-être,que dieu nous en préserve, par un remake du romain de Dostoïevski « Crime et châtiment ».
*Auteur : Tarak Arfaoui









