AccueilLa UNECrise du pain : Le consommateur roulé dans la farine !

Crise du pain : Le consommateur roulé dans la farine !

Devant les boulangeries, c’est toujours les longues files d’attente, il faut s’y prendre très tôt pour arracher le « précieux sésame » qu’est devenue la baguette de pain. Pourtant des assurances ont été données par les autorités que des mesures sont en préparation pour mettre fin à ce purgatoire, mais en lieu et place, l’on assiste à une vague de saisies de farine, de descentes dans les minoteries et même d’interpellations et d’arrestations.

Sans qu’il faille se  borner à démonter la mécanique de cette crise du pain, dont les lointaines origines remontent aux années  soixante-dix sans que s’en manifestent les symptômes, il est utile de savoir  que  l’État détient le monopole de la farine, qu’il achète principalement sur le marché international et distribue ensuite aux boulangeries et aux fours.  Plus de 1 500 boulangeries « modernes » risquent de fermer, tandis que les « traditionnelles » ne semblent pas avoir eu d’avantages, mais se sont retrouvées à gérer des files d’attente de clients plus longues, incapables de tous les satisfaire.

La vente de pain en Tunisie est strictement réglementée par un système de subventions mis en place en 1974 pour éviter une inflation excessive sur les produits de première nécessité. Dans les boulangeries « traditionnelles », la baguette coûte 190 millimes. L’État approvisionne ces boulangeries en farine à des prix subventionnés et garantit, au moins sur le papier, une compensation économique pour maintenir les prix si bas : en réalité ces compensations ne sont pas arrivées depuis un an.

Une dichotomie controversée

A côté de ces boulangeries subventionnées par l’Etat, des boulangeries « modernes » sont nées en 2011, qui achètent une farine définie comme « spéciale », partiellement subventionnée et trois fois plus chère : leurs produits n’ont pas de prix fixés rigidement par l’Etat, ils sont plus variés (pain sans sel, pain complet) et comprennent également desserts, gâteaux, gastronomie. Les deux différents types de boulangerie font référence à différents syndicats et associations.

Après la pandémie et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’État a de plus en plus de mal à s’approvisionner en produits de première nécessité, dont le blé dur. A l’origine de ce problème se trouvent des enjeux internationaux, comme le problème du blé ukrainien, mais surtout des enjeux internes, avec des réserves et des possibilités économiques de l’État de plus en plus limitées et dépendantes d’une intervention du Fonds monétaire international, explique le site Ruetir.

La farine disponible pour la distribution dans les boulangeries est donc devenue très limitée : les baguettes sont devenues plus petites, les boulangers se sont retrouvés à finir la quantité limitée de pain qu’ils sont capables de produire dès les premières heures du matin. La situation a réuni les deux types de boulangeries et tous les produits de première nécessité subventionnés et fournis par l’État manquent : farines de toutes sortes, semoule, riz, huile végétale, sucre, café, pâtes.

Face à des protestations croissantes et à une manifestation de rue organisée par les associations de boulangeries « modernes » pour protester contre la pénurie de farine disponible, la réaction du président Saied a été d’accuser les gérants de ces boulangeries de spéculation et de vouloir s’emparer de la farine qui serait destinée pour une vente largement subventionnée, ajoute la même source , les  boulangeries modernes étant, par ailleurs, accusées d’être un « cartel » et ne seraient pas réapprovisionnées en farine jusqu’à nouvel ordre, tout en  continuant à vendre « des gâteaux et des glaces ».

Le problème demeure entier…pour l’heure

La mesure n’a évidemment pas résolu le problème (la farine et le pain sont demeurés rares), mais elle a partiellement détourné l’attention de l’opinion publique, créant une opposition entre les deux catégories de boulangeries.

Le système de subventions et de distribution de l’État était déjà problématique avant cette dernière crise économique majeure et fait partie des points sur lesquels le Fonds monétaire international demande une intervention structurelle avant d’octroyer les 1,9 milliard de dollars d’aide bloqués depuis octobre 2022 : les interventions demandées ne sont pas seulement économiques, mais aussi pour restaurer les garanties démocratiques.

Cependant, une mesure modifiant le prix contrôlé du pain serait très impopulaire et n’est donc pas envisagée par le gouvernement populiste de Saied. La simple annonce d’une augmentation des prix des céréales et donc du pain en décembre 1983 avait provoqué la soi-disant «révolte du pain» de janvier 1984, lorsque de fortes manifestations de rue avaient contraint le président de l’époque Habib Bourguiba à retirer la mesure, rappelle Ruetir.

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