AccueilLa UNEDe vieux rapports et des chiffres « Outdated », presque vintage

De vieux rapports et des chiffres « Outdated », presque vintage

En  relevant  certains manquements de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), nous faisons notre travail de journaliste. Nous critiquons seulement une institution nationale que nous aimons, rien que parce qu’elle combat l’inflation plus que tout autre rouage.

C’est aussi la contribution de tout média, notamment économique, de relever les faiblesses et qui émane de notre souhait et souci de faire bouger les choses. Si critique y en a, elle n’est que constructive  ! La BCT ? on aimerait qu’elle change, pour le mieux, et qu’elle serve mieux l’économie où elle est le maillon fort. Fethi Nouri en est logiquement capable. Faut-il qu’il soit épaulé par ses équipes.

Nous n’avons rien contre la BCT. Nous avons personnellement connu tous ses Gouverneurs, de Béji Hamda à Fethi Nouri, en passant par deux autres, avec lesquels nous avions des différends et nous avaient même black-listés. Rien n’a changé dans notre démarche : relever les manquements ; ces fameux trains qui n’arrivent pas à l’heure. Mais, soutenir la BCT contre les vents et marées politiques. Relisez nos papiers sur l’indépendance de la BCT, vous comprendrez mieux notre logique !

–    Des rapports, parfois vieux de 13 ans

Le dernier rapport annuel de la BCT remonte à juin 2023, et le « mot du gouverneur » qu’était Marouane El Abassi, rabâchait les maux d’une économie qui a déjà dépassé la phase Covid 19, et met désormais le cap vers la résilience. Une attitude économique, désormais sous la loupe de l’étude onusienne à New York. Le rapport de l’exercice 2023, on l’attend toujours. Il aurait dû être présenté au chef de l’Etat dès les premiers jours de ce mois de juillet !

On attendait, aussi, le périodique de conjoncture (publication trimestrielle) dont le dernier numéro remonte à avril 2024, pour comprendre ce qui se passe dans l’économie, et voir si ce qu’on dit officiellement sur sa résilience ou les possibilités de redémarrage dans le bon sens et en comptant sur nos moyens, comme le pays souverain que le chef de tout l’Etat ne cesse de mettre en valeur.
Sur le site de la BCT, il y a des documents « Outdated », comme celui sur la dette extérieure de la Tunisie, relatif à … 2011, et publié en … 2012 !

Des documents donc vieux de …13 ans, dans un établissement qui dispose pourtant de tous les chiffres du pays, de toutes les ressources statistiques et toujours plus des ressources humaines, puisqu’il recrute chaque année, dans un imposant bâtiment de 8 étages où il y a même à boire et à manger pour tous. Une institution, où les charges de personnel se sont établies à 137,7 MDT à fin décembre 2023 contre 129,2 MDT à fin décembre 2022, soit une hausse de 8,5 MDT, expliquée principalement par l’augmentation des primes et des salaires de 9 MDT.

Un certain confort social donc , même s’il est à relativiser par rapport à celui des banques privées , qui devait aussi permettre une meilleure communication, surtout dans le contenu, les analyses et le respect de la régularité, pour ne pas dire une meilleure utilisation et analyse, conjoncturelle et perspective, des chiffres à jour car ils disposent de toutes les bases de données nécessaires.

Le document sur la balance des paiements ( périodicité annuelle) remonte, quant a lui, à 2022, et consacrait plus d’une dizaine de pages à la conjoncture internationale, comme pour ancrer chez le lecteur l’idée que tous les maux de l’économie tunisienne proviennent de l’extérieur auxquels ne peuvent rien faire tous les économistes d’un pays déserté par ses ingénieurs et ses hautes compétences technologiques.

Le rapport annuel sur la supervision bancaire aussi, remonte à 2022, alors que la DGSB dispose théoriquement de toutes les données sur ce qui se passe dans des banques dont les dirigeants sont de plus en plus attaqués en justice, que l’OCDE pointait clairement ses défaillances. Dans le même sillage, le rapport annuel de l’observatoire de l’inclusion financière remonte à 2021.

–    Des chiffres, et de vieilles lettres

Et comme pour prouver à tout critique de l’action et de la production de ce qu’on appelait avant « le gardien du temple » financier, la BCT gratifie le pays d’une « Note (26 pages) sur les évolutions économiques et monétaires et perspectives de l’inflation » qui intervient quelques semaines après son CA. Un document qui se voulait explicatif et complémentaire du Communiqué du CA mais qui se distingue surtout par son  irrégularité et son manque de pédagogie. Sur les 26 pages de cette note, 5 étaient consacrées à une conjoncture internationale, qu’on pourrait trouver, graphiques compris, sur le dernier des moteurs de recherche ou la première des revues économiques internationales.

Pour le reste, c’est une relation de chiffres, avec une pléthore de graphiques, parfois dépassés. Pour le PIB par exemple, la note cite des chiffres du 1er trimestre, alors qu’on a déjà dépassé le 1er semestre, et des explications sectorielles qu’on pourrait trouver sur les publications, plus régulières de l’INS. Quant à la contreperformance du secteur minier, elle est presque vécue au quotidien, tout comme pour le secteur pétrolier où ladite note n’apporte rien de plus à ce que publie, plus régulièrement aussi, le ministère en charge du même secteur. Idem pour la balance commerciale et les échanges avec l’extérieur, où l’INS a des longueurs d’avance.

Les administrateurs de la BCT auraient été mieux inspirés de nous expliquer les retombées de la politique de restreinte des importations sur certaines pénuries. Pour le taux de change, les Tunisiens qui ont des étudiants ou des parents à l’étranger, en vivent au jour le jour l’impact sur leurs envois ou leurs encaissements. Même chose pour les taux d’intérêt, où il n’y a d’important que la décision concernant le taux directeur, et les administrateurs auraient mieux fait d’expliquer à la population le comment du pourquoi d’un TMM au faciès de richesse, de mettre à jour des chiffres qui datent du mois de mai, et d’expliquer comment les banques peuvent se targuer de financer l’économie avec de telles progressions des crédits aux professionnels et malgré leurs bénéfices en BTA.
Bref, un document pondu par des scribouillards bureaucrates plus rompus à la rédaction de PV qu’à la mise à la disposition du public et de ses relais que sont les médias  de documents explicatifs, pédagogiques et de sensibilisation.

–    Il fallait peut-être attendre l’INS et parler franchement des BMC

En page 20, le même document relevait que « en dépit de sa relative atténuation, l’inflation continue à évoluer à des niveaux historiquement élevés », pour assurer trois pages plus loin que « selon le nouveau scénario central, l’inflation devrait s’atténuer graduellement, pour passer en-dessous de la barre de 7% ».

Manque de pot, sinon de vision stratégique. Car le dernier des observateurs savait impérativement que l’INS allait rendre publics ses chiffres et prévisions dès la première semaine du mois. C’est réglé comme du papier à musique et c’est ce qui s’est, d’ailleurs, passé : quelques jours plus tard, l’INS affirme que l’inflation était passée de 7,2 à 7,3 % en juin. Il fallait, peut-être, retarder encore plus la Note. Après tout, ce ne serait pas la 1ère fois !

Et dans tout cela, manque flagrant de lucidité ou de vision, ladite note faite par de hauts cadres, passait sous silence l’épineuse question des billets et monnaies en circulation dans le pays (BMC), qui risque pourtant de s’aggraver après la prochaine loi sur les chèques sans provisions !
Fethi Nouri a hérité d’une structure fatiguée et peut-être usée, mais le professeur d’économie qu’il était ne pourrait pas accepter pareille qualité de production.

Le monde scrute la Tunisie, notamment dans une année électorale. La BCT préserve une crédibilité auprès des observateurs nationaux et internationaux. Elle ne peut pas se permettre de dilapider ce capital confiance. Voilà pourquoi on critique cette vénérable institution qu’est la BCT !   

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1 COMMENTAIRE

  1. Cette situation est ubuesque ou presque !
    Comme l’article le stipule, et ce n’est pas uniquement la BCT qui se permet ce luxe, la règle est qu’on ne trouve pas de chiffres officiels des indicateurs économiques les plus basiques, mis à jour et fiables. Est-ce par peur de la réaction des autorités (hiérarchiquement supérieures)? On se rappelle tous le monologue sur l’indépendance et l’autonomie.. Mais, comment voulez-vous encourager l’investissement et promouvoir le site Tunisie, quand le stricte minimum de transparence n’est pas là ? Car, le grand perdant finalement, c’est le citoyen tunisien, malmené au quotidien par une conjoncture économique de plus en plus morose, une vie de plus en plus chère et insupportable accentuée par la défaillance des services publics et l’état de plus en plus déplorable des libertés..

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