15.000 candidats, inscrits sur 1503 listes réparties sur 33 circonscriptions, se sont disputés, dimanche 6 octobre 2019, les 217 sièges au 3ème parlement tunisien post-révolution de 2011. 592 listes étaient partisanes, 47 % dites indépendantes, et 190 en coalitions. 47 % des listes comprenaient des femmes, mais seulement 14 % étaient présidées par des femmes. L’équation était, en tout cas, de 69 candidats pour un seul siège.
Des sièges courus, notamment par les hommes d’affaires, par les groupes professionnels de pression, par les chercheurs d’immunité, et très peu par de véritables porteurs de projets. Cela, d’autant que les vrais arbitrages entre projets, lorsqu’ils existent, se font au sein des groupes parlementaires, et les décisions chez les états-majors des partis politiques pour le vote.
Des élections, qui ont constitué la seconde échéance électorale en moins d’un mois, et qui n’ont pas été les dernières, puisque les électeurs tunisiens seront aussi appelés à voter pour le second tour de la Présidentielle. Le tout a en quelque sorte produit une sorte de lassitude.
Des législatives qui se tiennent donc entre les deux tours d’une présidentielle, qui a pesé de tout son poids sur les législatives. Des législatives, presqu’oubliées par des médias et un public, jusqu’à quelques jours avant le vote, tenus en haleine par les péripéties de l’affaire Nabil Karoui, candidat au scrutin présidentiel toujours en prison.
Une nouvelle échéance, d’abord bâtie, non sur les personnes, mais sur l’indéfini et l’impersonnel des listes. Un système qui n’encourage pas à l’élection, contrairement aux présidentielles, pour une population habituée à voter au faciès, plus que pour des projets portés par des candidats. Des projets ou des programmes qui ont très peu intéressé les électeurs, et transformés par les candidats en promesses, tout aussi invraisemblables que très peu réalisables.
Une échéance enfin, qui intervient sur fond de mécontentement général sur le rendement de l’ancienne ARP (Assemblée des Représentants du Peuple), et très négativement impactée par l’image donnée par cette ARP, et ses députés, sur les plateaux TV et les retransmissions de ses débats. Une image de disputes sibyllines, parfois avec des jargons loin d’être politiquement corrects, et des batailles donquichottesques. Une ARP, peu productive en initiatives législatives. Une ARP, uniquement d’opposition au gouvernement quel qu’il soit, et très peu soucieuse de la situation économique et financière du pays.
C’est tout cela qui a fait ce petit pourcentage de participation aux élections. Le pourcentage de participation aux élections avait atteint son pic en 2014, comme si le Tunisien devait prendre sa revanche sur un régime déchu. Depuis, les taux se sont inscrits dans une tendance baissière, comme si le Tunisien était fatigué des élections, comme moyen de changer les choses comme il le voudrait. Mais, peut-être aussi, des électeurs qui ne croient plus au pouvoir de leurs voix.
Un exercice, celui des élections, où le Tunisien ne retrouvait pas la démocratie comme il la comprenait lui-même. Celle de la revanche des pauvres sur les riches que les révolutionnaires lui ont dépeints comme des voleurs des richesses du pays. Celle aussi d’un Etat qui se doit de redevenir providence pour lui régler tous ses problèmes d’un coup de baguette magique. Mais aussi, une démocratie de libertés, sans brides ni même balises, avec peu de reconnaissance pour les devoirs, sauf ceux de l’Etat envers la population que le peuple veut diriger au gré de ses demandes. Ce qui est sûr, c’est que ce faible taux de participation, de 41, 32% à l’échelle nationale et de 16,4% chez les expatriés, traduit un désenchantement national du Tunisien vis-à-vis de la démocratie électorale.








