AccueilLa UNEDeux «anecdotes», uniques au monde, d’une fin d’année tunisienne!

Deux «anecdotes», uniques au monde, d’une fin d’année tunisienne!

On aurait pu consacrer à l’habitude chez nombre de journaux de terminer l’année avec un Récap de ce qui s’est passé pendant l’exercice. On a préféré vous rapporter ces deux malheureuses, réelles anecdotes, qui en disent long, parfois très long, sur le véritable état des choses dans un pays qui se gargarise de vouloir numériser l’administration et de faire enfin fonctionner la guillotine administrative, pour faciliter la vie de l’administré. Mais aussi, en disent long sur le poids de l’Etat, et partant des ministres et ministères, et leurs pouvoirs, dans un pays où le fauteuil de ministre est le 3ème endroit, après Dieu et le Chef de tout l’Etat, où on penserait à s’adresser pour demander un service, ou même tout simplement accéder à un droit.

–        Gouvernement du numérique, organise formation sur les signatures et copies conformes

D’abord, cette « info » partagée par le président de l’ordre des experts comptables Walid Ben Salah, sous le titre de « enfin … démarrage des grandes réformes, et l’appui à l’investissement !!! ». C’est une annonce de la municipalité de Radès (Sud de Tunis), médiatisant et magnifiant l’intention du pas moins que le centre de formation et de l’appui à la décentralisation du ministère de l’Intérieur, d’organiser les 14 et 15 décembre 2021, une session de formation sur « la légalisation de signature et les copies conformes » pour les employés des municipalités de Radès et de Ben Arous !

Pour rappel, ces deux exigences sont dictées par l’Administration tunisienne pour  n’accepter que les copies de documents, certifiés par les services de la municipalité, y compris les siens. Des documents, si photocopiés, doivent l’être en noir et blanc sous peine d’être refusés, comme de n’accepter que les signatures déposées chez les services municipaux, signés en présence de ses agents et certifiés de manière mécanique, des procédures uniques dans le monde. Des procédures qui nécessitent le déplacement sur place et de faire la queue parfois pendant des heures. Des procédures d’un autre âge, à l’heure où la Tunisie s’évertue à magnifier la signature électronique et la rendre acceptable.

–        Le ministre de l’Emploi, incapable de trouver un emploi

C’est ensuite, pas moins que le ministre tunisien de la Formation professionnelle et de l’emploi- excusez du peu-, qui joue les chasseurs de têtes, et s’adresse pour cela aux réseaux sociaux pour trouver un emploi à un Tunisien, espérons lambda.

Sur le réseau LinkedIn, en effet, c’est un Post du ministre Nasreddine Nsibi, en charge du dossier de l’emploi, qui  demande de l’aide pour trouver un emploi à un cadre dont il loue les qualités dans un texte non révisé.  

Par ce Post, c’est la plus haute personnalité de l’Etat en charge directe de l’emploi, qui signe l’incapacité d’un ministère en lien direct et privilégié avec toutes les administrations du pays et toutes les entreprises, grandes et petites, du pays à trouver un emploi  pour un citoyen. Un ministre, tellement dépourvu de moyens et, comme tout l’Etat, de pouvoir, qu’il s’en retrouve obligé de s’adresser, avec sa photo et son CV de ministre, aux réseaux sociaux, ce qui pourrait se révéler être incompatible et au moins politiquement inconfortable !

Nasreddine Nsibi recadre certes sa démarche, en indiquant que « cette initiative n’a aucun rapport avec ma fonction de ministre, j’essaye simplement d’apporter un plus en utilisant les différentes autres possibilités pour soutenir le maximum de personnes possibles ». Elle n’en jette pas moins un fort discrédit sur le poids de son ministère, et ses capacités à y remplir correctement ses fonctions. Le tout, dans un pays où le nombre de chômeurs est estimé à 762,6 mille du total de la population active pour le troisième trimestre 2021, contre 746,4 mille chômeurs pour le premier trimestre 2021, soit 16 mille chômeurs de plus sur le marché du travail. Ainsi, le taux de chômage atteint 18,4% contre 17,9% au deuxième trimestre.

Et puis, à quoi serviraient donc les bureaux de l’emploi sous sa tutelle ? Autrement, pourquoi ne pas créer un compte spécial du ministère sur ce réseau social, ou choisir un chasseur de têtes officiel qui ferait le travail de son ministère ?

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