AccueilLa UNEDite partenaire privilégiée, l'Europe fait-elle tout ce qu'il faut pour la Tunisie?

Dite partenaire privilégiée, l’Europe fait-elle tout ce qu’il faut pour la Tunisie?

Avec son patronyme à consonance méditerranéenne, le nouvel ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie, Marcus Cornaro, ne donnait guère l’impression d’un Autrichien qui a fait des études à l’Université américaine, et qui va ensuite sillonner  le monde, de l’Asie à l’Afrique, pour le compte de l’Europe. Un parcours qui a dernièrement mené cet homme multilingue et sensible à plus d’une culture,  en Tunisie, dans une conjoncture spéciale de crise sanitaire et financière.

Une conjoncture aussi où la Tunisie perdait presqu’un Milliard DT par an sur une Libye détruite par une intervention étrangère conduite par la France, et d’importants points de croissance sur une Europe, son premier partenaire commercial. Et une partie de cette Europe, pourtant soutenue à coups de centaines de Milliards d’euros, qui s’enfermait dans sa propre crise, et dans le déni de celle de ses partenaires, en oubliant qu’à ses frontières, d’autres entreprises collapsaient, et des embarcations de migrants économiques s’entassaient. Une Europe aussi, qui en délaisserait ainsi un partenaire, et s’en va conquérir de nouveaux marchés, juste à côté où elle lui fait même concurrence pour tout rafler et le figer dans le statut d’éternel sous-traitant.

Au siège de la délégation européenne en Tunisie, c’est un Marcus Cornaro, certes un peu moins donneur de leçons et moins évergète asservissant que son prédécesseur, comme feraient des patriciens avec les plébéiens dans la Rome antique.

Il n’en commence pas moins l’interview accordée à Africanmanager en estimant que l’Europe a fait un effort.  « Je pense qu’on a fait un effort exceptionnel pour une situation exceptionnelle. Durant l’année 2020, une fois de plus, on a décaissé 300 M€ de dons, dont 100 M€ pour le Covid-19. En avril 2021, on avait offert un prêt macro-financier de 600 M. Un prêt à taux 0 %, et une longue maturation », disait fièrement l’ambassadeur en réponse à notre question sur la réponse financière exceptionnelle que devrait apporter  l’Europe à la crise financière exceptionnelle que traverse son partenaire. Et Marcus Cornaro d’insister chaque fois sur le mot exceptionnel que nous lui évoquions dans notre question sur des aides exceptionnelles à la mesure de la conjoncture exceptionnelle que traverse la Tunisie.

  • L’Europe, l’ami qui ne vous veut pas toujours tout le bien que vous pensez de lui !

Et le diplomate européen de nous barber encore, en ajoutant que « toujours à titre exceptionnel, et bien que le gouvernement tunisien ait pris une année pour réagir à cette offre, on essaie de lui  décaisser le plus vite 300 M€ dans les semaines prochaines et le reste au cours de la même année ».

Dit ainsi, certes en plus diplomatiquement correct, Marcus n’était pas trop loin de Patrice. Cela démontre, si besoin est, que si Bergamini y mettait la forme d’un patricien, l’idée persiste du partenaire qui estime qu’il en fait déjà assez, et ça fait le même effet du coup à l’estomac, qu’on encaisse dans le silence du coupable et celui du mendiant entêté.

Plus loin dans cette interview, le diplomate assène un autre uppercut. « Toutes les comparaisons démontrent que la Tunisie reçoit le plus en dons et accords macro-financiers ». L’assertion (Voire la totalité de l’interview exclusive), vaut son pesant d’euros. Elle est aussi le fait du représentant d’une entité économique qui défend surtout, toutes griffes dehors s’il le faut comme lorsqu’il n’avait pas hésité à inclure la Tunisie sur la liste noire du Gafi et rechigné avant de nous en sortir. Ou encore, lorsque le même ambassadeur disait, le 17 février sur une radio privée tunisienne, sur la question de la restitution des fonds dits détournés, chère à certains dirigeants tunisiens, que « l’UE est consciente du besoin d’un due-process, un processus tout aussi clair pour les personnes sur cette liste, pour le droit de défense et un procès juste pour les personnes incluses dans ces listes (…). Cela nécessite, de la part de la Tunisie, une mise à jour régulière sur l’état de ces dossiers ». Et si cela avait de quoi rassurer les personnes concernées, cela n’aidait pas non plus les responsables tunisiens.

L’Europe restait ainsi une entité économique qui oublie le rôle de son partenaire, qu’il dit pompeusement privilégié, dans la lutte contre l’immigration clandestine en Europe, et en réalité l’immigration économique d’anciennes colonies européennes et de nouvelles colonies commerciales, toujours européennes ! Une lutte qui ne peut se faire que par le développement.

Peut-être serait-il en définitive temps pour la Tunisie de changer son fusil d’épaule, de prêter aussi l’oreille à d’autres partenariats, et d’ouvrir son marché à d’autres marchandises et son espace d’investissement à d’autres nationalités !

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1 COMMENTAIRE

  1. Bel article !!!!!!
    MAIS OU PASSENT LES « DONS » ET CREDITS OFFERTS A LA TUNISIE ?????
    LA EST LA VRAIE QUESTION !!!

    l’UE aide la Tunisie !! MAIS la Tunisie s’aide t’elle ; elle même ?????

    l’UE et autres bailleurs ou/et donnateurs ne doivent pas donner de l’argent mais financer directement des projets – De ce fait l’argent sera vérifiable sur son usage

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