“Chaque génération recueille un patrimoine d’efforts à poursuivre jusqu’à la fin des temps. Nous voulons installer le peuple dans cette perspective afin qu’il s’engage dans la voie ascendante. La bataille se poursuivra indéfiniment avec le peuple et pour lui. Si nous persévérons dans cette voie, si de père en fils, nous gardons tous précieusement, peuple et gouvernement, ces principes toujours vivaces, nous serons assurés de voler de victoire en victoire à l’infini jusqu’à la consommation des siècles”. Voici brossé à grands traits, le destin que le Leader Habib Bourguiba, artisan de l’Indépendance, appelait de ses vœux pour la Tunisie. C’était en 1958 alors qu’il prenait son bâton de pèlerin pour sillonner le pays qu’il venait d’arracher à la domination française et dire au peuple combien il est essentiel voire vital pour une Nation de persévérer dans l’effort de cimenter son unité, de construire sans relâche son avenir et de faire le meilleur usage possible de son Indépendance.
En ce 20 mars 2014, jour anniversaire des 58 ans de l’Indépendance de la Tunisie, ces propos sonnent comme une sérieuse mise en garde à l’endroit des gouvernants du moment et surtout ceux qui tiennent les rênes du pouvoir dans le pays, nommément le mouvement Ennahdha qui semble tourner le dos à cette date, et s’il lui advient de la célébrer, il le fait comme à son corps défendant, accordant une importance tout à fait dérisoire à un événement que les nations qui sont fières de l’être élèvent au rang de fête nationale populaire , mobilisatrice fournissant au peuple l’occasion de se reconnaître dans son passé , ses combats et ses épopées. Une attitude qui a tout d’être blâmable, pour ne pas dire indécente au vu de l’insipide et glaciale atmosphère dans laquelle l’Indépendance de la Tunisie est « fêtée ». C’est tout juste si des rassemblements que l’on veut épars sont organisés, certes pour se rappeler qu’on est le 20 mars, mais surtout pour passer des messages dont des dirigeants d’un pays qui se respecte ne sont nullement dignes. Pour eux, l’Indépendance est inachevée, malgré les énormes sacrifices d’une multitude de Tunisiens, tombés en martyrs, exilés, emprisonnés, outragés, mais devenus libres. Forçant encore le trait, le chef du parti salafiste Ettahrir, va, pour sa part, jusqu’à mettre en doute l’authenticité du Protocole de l’Indépendance de la Tunisie, signé solennellement, le 20 mars 1956. Des outrances d’autant plus insignifiantes mais si offensantes, venant d’un Tunisien, plus est chef de formation politique, qu’elles ne peuvent pas rester sans suites.
Le célèbre penseur encyclopédiste français, Denis Diderot disait : « Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l’injustice, l’ingratitude et l’inhumanité. » Des propos qui retrouvent une affligeante actualité et qui renseignent sur ce dont des politiciens sont capables pour faire passer leurs messages quitte à blesser tout un peuple dans ce qu’il a de plus cher : la liberté et l’Indépendance. Tout ce qui s’est dit, en ce jour censément mémorable, sur le 20 mars 1956, est une insulte pour tous les Tunisiens autant que pour leur mémoire collective. Ceux qui la profèrent oublient sans doute que s’ils jouissent de cette liberté et de l’instruction qui leur a été dispensée, c’est grâce à l’Indépendance arrachée au prix d’odieuses souffrances infligées par le colonisateur , mais encore grâce à une politique résolument sociale, tournée vers l’éducation, la santé, l’égalité, l’émancipation de la femme, et j’en passe.
La Tunisie n’aurait pas été celle qu’elle est maintenant si ces politiques n’avaient pas été conçues et mises en œuvre dans des conditions extrêmement difficiles marquées par une pauvreté presque généralisée, un illettrisme record, et une arriération multiforme sous laquelle croupissait le grand nombre.
Mohamed








