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Fer à béton : Une guerre intestine dans la quadrature du cercle

Sitôt calmée par une « visite-show » d’un chef de tout l’Etat tout en rugissante colère contre un industriel de la banlieue sud de la capitale, la polémique sur le fer à béton renaît de ses cendres à la faveur d’une augmentation des prix par une Administration revenue à la raison des prix internationaux (ar).

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Notons ensuite qu’au sein de l’UTICA, il y a la Chambre syndicale nationale des producteurs de fer à béton présidée par Hédi Ben Ayed, et qui fait partie de la Fédération du bâtiment. Dans la même Centrale patronale tunisienne qui centralise tous les « frères-ennemis » de tous les secteurs, il y a la Fédération des entrepreneurs en BTP que préside Jamel Ksibi.

Plus prolifique sur les réseaux sociaux et les médias, Ksibi crie au feu dès que l’approvisionnement du marché se dérègle un peu, dès que les prix augmentent, ou même dès que des négociations se préparent pour le faire. Nettement moins présent sur les médias, Ben Ayed ne fait que réagir, tout en négociant en silence avec le ministère du Commerce. Ce n’est certes pas une question d’hommes, mais les structures sont dirigées par des hommes, et derrière, des entreprises et des intérêts, non personnels, mais sectoriels et sociaux.

  • Pour l’un, c’est un coût à répercuter. Pour l’autre, c’est un prix à perdre

Les deux appartiennent donc à l’Utica, mais défendent des intérêts concurrents et parfois divergents. Les deux opèrent dans le fer à béton. Les premiers le produisent à partir des billettes de fer importées. Or, les cours de l’acier ont flambé au niveau international. Le coût du transport aussi, a été multiplié par 2 et même par 3. Le Dinar tunisien s’est encore déprécié par rapport au Dollar des suites de son appréciation. Le prix des billettes, importées par les usines tunisiennes productrices de fer à béton, flambent à leur tour. 

Les seconds (Entrepreneurs de BTP) l’utilisent pour les bâtiments, les ouvrages en béton et autres. Et toute augmentation des prix du fer à béton est donc une charge à impacter impérativement sur les prix des ouvrages à bâtir. Les seconds travaillent essentiellement avec l’Etat, mais aussi avec les privés pour les grands chantiers et autres blocs d’immeubles résidentiels. Des marchés, généralement remportés sur appels d’offres, et à des prix fixes. Toute augmentation de n’importe lequel des intrants, fer à béton, ciment ou briques, deviendra ainsi impossible à impacter sur le prix de livraison, et amènera l’entrepreneur à vendre à perte, ou à devoir renégocier avec le donneur d’ordre, ce qui est loin d’être donné. L’Etat n’a pas, depuis quelques années, les moyens de compenser les pertes des entrepreneurs, nées des augmentations de coûts, elles-mêmes nées de la hausse des prix internationaux. Et cela a obligé certains entrepreneurs à re-prioriser l’avancement de leurs chantiers, et parfois même à les arrêter dans l’attente d’un accord avec le ministère de l’Equipement ou avec les promoteurs immobiliers.

  • El Fouledh :  le problème insoluble et la solution impossible

C’est là l’essence même de la polémique sur le fer à béton, entre deux types d’entreprises et deux structures patronales, complémentaires, mais aux intérêts complètement divergents. On a connu les effets induits de cette guerre intestine, les deux appartenant à une Utica incapable de concilier des intérêts financiers en millions DT, sur la fluidité de l’approvisionnement du marché, sur le prix et les coûts, des gros comme des petits entrepreneurs, et sur la montée en puissance du trafic et la contrebande.

Tous s’accordent en Tunisie à dire que toute solution à cette problématique récurrente du fer à béton passe inéluctablement par El Fouledh. Cette entreprise publique, anciennement producteur unique de fer à béton, est cependant une carcasse financière qui vit juste de l’exportation de la ferraille. Le rapport sur bilan d’El Fouledh pour l’exercice 2019 indique qu’à la fin de la même année, l’entreprise était incapable de payer sa dette de 48,3 MDT et 25,2 autres MDT au titre des pénalités de retard auprès de la CNSS, 84,8 MDT pour la Steg, et 25,1 MDT pour la SNDP, dont 11,3 MDT en bons d’essence jusqu’à février 2021.

Restructurer El Fouledh, demanderait des centaines de MDT que l’Etat tunisien n’a pas. Restructurer socialement l’entreprise suppose l’accord d’une UGTT complètement réfractaire à cette solution, sans compter les moyens financiers pour le faire, et que l’entreprise étatique qui ne les a pas.

Un groupe d’industriel s’était présenté il y a quelques années au ministère de l’Industrie pour proposer la construction d’une autre usine de fabrication des billettes de fer, à partir notamment du recyclage de la ferraille. Et c’est un non catégorique que leur oppose le ministère. De plus, la ferraille est encore un monopole d’El Fouledh qui n’a que cette ressource pour continuer à payer les salaires de ses milliers d’employés.

C’est la quadrature du cercle, dans un pays en crise politique, financière et de management. Mais aussi, malade de l’instabilité gouvernementale !

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