AccueilLa UNEKais Saied, le « marmoréen » ou « poker face »!

Kais Saied, le « marmoréen » ou « poker face »!

Très peu expansif, un brin ténébreux, le nouveau président de la République tunisienne, Kais Saied, peine à sortir de son quant-à-soi légendaire pour fournir une grille de lecture sur ce qu’il se propose de faire et sur le pédigrée qui fonde sa personnalité, et partant sa physionomie politique. Et c’est un casse-tête pour maintes « plumes » de la presse internationale qui n’arrivent pas à cerner le personnage. Amberin Zaman, correspondante principale d’Al Monitor, pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, l’a qualifié de « poker face » (en français l’impassible, le marmoréen), mais relaye l’espoir exprimé par beaucoup que son quinquennat sera celui de « la gouvernance propre et responsable ». Elle cite surtout ses propos lors de son investiture affirmant qu’ « il n’y aura aucune tolérance à gaspiller un millime de l’argent du peuple », et que « la lutte contre la pauvreté est une obligation et une responsabilité sur nos épaules ». Mais aussi ceux où il avertit les groupes extrémistes islamistes que « nous combattrons la menace du terrorisme, et une balle tirée par un terroriste déclenchera de notre côté des salves de balles « .

L’art de se répandre en assurances

Cela résonne comme une musique aux oreilles occidentales, estime Al-Monitor qui rappelle que « les États-Unis et l’Union européenne considèrent la Tunisie comme un partenaire essentiel dans la lutte contre le terrorisme » tout en notant que « le conservatisme de Saied avait soulevé des questions dans les capitales occidentales sur sa position à ce sujet ». Et c’est pourquoi Saied veut apaiser ces inquiétudes, croit-on comprendre.

On retiendra également de ce discours d’investiture l’affirmation de Saied que « en tant que président, il prend le même engagement à l’égard de nos obligations internationales », ce qui a été perçu par certains comme une allusion à la facilité de prêt de 2,8 milliards de dollars consentie à la Tunisie par le Fonds monétaire international. A été relevé également l’accent mis sur «  la  coopération entre les peuples est la plus importante », ce qui suggère qu’il est en faveur de la révision de certaines des conditions les plus draconiennes du programme du FMI qui ont rencontré une résistance populaire farouche, comme le gel des salaires dans le secteur public.

Quid des indépendants !

La prochaine question à l’ordre du jour à laquelle devra s’atteler le nouveau président de la République tunisienne sera de charger le vainqueur des élections législatives du 6 octobre, le mouvement islamiste Ennahdha, de former le prochain gouvernement. Ennahdha a remporté le scrutin avec le modeste score de 18% des voix. Le parti Qalb Tounes de Nabil Karoui suivait de près, laissant les deux partis bien en dessous des 109 sièges nécessaires pour gouverner seuls. Un grand nombre d’indépendants ont franchi le seuil des 3 % pour remporter des sièges, entraînant une configuration fracturée du Parlement, note Al-Monitor qui rappelle que Saied a obtenu 74% des suffrages avec le soutien de jeunes Tunisiens mécontents – plus de 90% des Tunisiens âgés de 18 à 25 ans ont voté pour lui-. Pourtant, il n’a pas de parti qui lui soit propre et, par conséquent, il ne dispose pas du moindre réseau qui puisse pousser certains indépendants à se regrouper et à se joindre à lui. Sa réputation de probité et d’intégrité inébranlable, dirigeant sa campagne depuis un modeste appartement à Tunis, fait qu’il est peu probable qu’il puisse répondre à leurs ouvertures, estime-t-on.

Et le cas Ennahdha !

Reste aussi à voir comment Saied gérera les relations avec Ennahdha, qui l’a soutenu au second tour après que son propre candidat s’est classé troisième au premier tour de l’élection présidentielle du 15 septembre. Il peut chercher à tirer profit de son soutien, bien qu’on ne sache pas exactement à quelle fin. Ennahda et Saied sont, par ailleurs, tous deux des champions de la décentralisation du pouvoir.

Kais Saied a affirmé qu’il restera farouchement indépendant. Amy Hawthorne, directrice adjointe de recherche au Project on Middle East Democracy, un groupe de réflexion basé à Washington, a déclaré à Al-Monitor :  » La mobilisation des électeurs pour Kais Saied a été forte – grâce à de nombreux réseaux – et les Tunisiens le considèrent probablement comme un leader qui peut influencer un large éventail de questions dans le pays. A cet égard, il sera intéressant de voir comment Saied traduira son mandat en changements tangibles pour les Tunisiens « , a poursuivi Hawthorne. La Tunisie entre dans une nouvelle phase politique dont les contours et la teneur ne sont pas encore clairs. »

Traduction et synthèse LM

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