AccueilLa UNEKais Saied resserre son emprise et traite l'économie par-dessus la jambe

Kais Saied resserre son emprise et traite l’économie par-dessus la jambe

Le président de la République,  Kais Saied semble en passe de resserrer son emprise sur la Tunisie par le biais d’un référendum constitutionnel en juillet, mais cela pourrait s’avérer être un cadeau empoisonné alors que l’économie s’enfonce dans la crise et que l’opposition à son régime s’élargit. C’est ce qu’estime l’agence Reuters dans une analyse livrée à la veille de la publication du texte de la Constitution de la nouvelle République.

Près d’un an après que le chef de l’Etat a commencé à accumuler du pouvoir, le référendum du 25 juillet devrait renforcer son autorité, dans ce que les critiques considèrent comme une marche vers le pouvoir d’un seul homme qui a détricoté les acquis démocratiques du soulèvement du « printemps arabe » de 2011 en Tunisie.

Pour Saied, ajoute Reuters, la révision de la constitution de 2014 est un correctif au dysfonctionnement politique qui a affligé la Tunisie depuis le renversement de l’autocrate Zine al-Abidine Ben Ali. Saied, élu en 2019, promet de protéger les libertés et affirme qu’il n’est pas un dictateur malgré la dissolution du parlement et le fait qu’il gouverne par décret. Mais craignant le pire, ses opposants vont boycotter le vote, une protestation qui rend plus probable l’adoption du référendum. Ils s’attendent à des mesures visant à renforcer la présidence et à affaiblir davantage le parlement et le système judiciaire.

 Alors que Saied a concentré ses efforts sur la refonte de la politique tunisienne, ses détracteurs affirment que l’ancien professeur de droit n’a pas réussi à s’attaquer à un problème plus urgent : l’économie.

La colère face au malaise économique et aux querelles politiques a conduit de nombreux Tunisiens à accueillir favorablement sa prise de pouvoir l’année dernière. Mais les difficultés se sont aggravées depuis, avec un cinquième de la population active au chômage et une pauvreté plus élevée qu’avant le printemps arabe. Les retards dans le versement des salaires du secteur public et les difficultés à payer les cargaisons de blé ont mis en évidence le resserrement des finances publiques.

L’inflation grimpe à un  taux record

« La crise s’aggrave et si elle se poursuit, l’explosion est imminente », a déclaré à Reuters Nejib Chebbi, qui dirige la principale coalition anti-Saied, appelant au dialogue national pour éviter un « effondrement imminent ».

Le bureau de Saied n’a pas répondu à un message demandant un commentaire pour cette histoire, souligne Reuters. Il a déjà déclaré qu’il essayait de sauver l’économie, a accusé la corruption d’être responsable du déclin et a promis de récupérer les fonds qui, selon lui, ont été volés par les élites – des déclarations rejetées par ses adversaires comme une rhétorique populiste.

Malgré les pressions exercées sur Saied, Tarek Megerisi, du groupe de réflexion du Conseil européen des relations étrangères, a déclaré qu’il s’attendait à ce que le référendum ait lieu et que la constitution soit adoptée, notant qu’il n’y avait pas de taux de participation minimum requis.

« Désastre économique imminent » !

Saied « sera alors confronté à une catastrophe économique imminente. Il n’a pas le soutien ou le sens de la gouvernance nécessaires pour construire un nouveau système politique, et lorsque l’économie s’effondrera, il n’y aura pas de système politique capable de la sauver ».

À quelques semaines de l’échéance, peu de choses indiquent le moment politique majeur qui s’annonce. Il n’y a pas de panneaux publicitaires annonçant le référendum. La proposition de constitution devrait être publiée jeudi, selon le calendrier fixé par Saied.

L’économie a subi plusieurs coups. La pandémie a mis à mal le tourisme vital, avant que la guerre en Ukraine ne fasse grimper les prix du carburant et des denrées alimentaires, aggravant les pressions financières.

Le gouvernement espère obtenir un prêt de 4 milliards de dollars lors des  négociations avec le FMI qui doivent débuter dans quelques semaines, en échange de réformes, dont le gel des salaires. Sans réformes, la ministre des Finances affirme que la Tunisie pourrait être incapable de rembourser ses dettes.

Mais le plan de sauvetage se heurte à l’opposition du puissant syndicat UGTT, qui rejette les réformes, a paralysé la Tunisie par une grève le 16 juin et promet de nouvelles actions. L’UGTT n’a pas encore pris position sur le référendum.

Enfin, les démarches de Saied ont suscité l’inquiétude de l’Occident, qui voyait dans la Tunisie le seul succès du printemps arabe qui, ailleurs, s’est soldé par des conflits et un regain de répression, note Reuters.

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