AccueilLa UNELa Cash explose. A qui la faute, et à qui profite-t-elle ?

La Cash explose. A qui la faute, et à qui profite-t-elle ?

En Tunisia, la circulation des espèces atteint un niveau préoccupant. Selon des chiffres publiés par la BCT, les liquidités circulant dans l’économie tunisienne, ont progressé d’environ 20 % sur l’année écoulée pour culminer à 27,5 milliards de dinars (9,6 milliards de dollars). Un record qui n’est pas anodin. Il traduit en effet, s’il est vrai que ces sommes sont stockées hors du système bancaire, une dépendance structurelle croissante de l’économie aux paiements en liquide, au détriment de la bancarisation et de la digitalisation financière.

  • L’Impact sur les banques et les crédits aux Tunisiens

Cette hausse n’est pas seulement un indicateur statistique. Elle a un impact direct sur la capacité des banques à jouer leur rôle d’intermédiation. Plus les espèces sont retirées du circuit bancaire, moins les dépôts sont abondants, et moins les établissements financiers disposent de ressources pour octroyer des crédits aux ménages et aux entreprises. Autrement dit, l’expansion du cash réduit mécaniquement le potentiel de financement de l’économie réelle.

L’une des causes identifiées par les analystes est l’entrée en vigueur d’une nouvelle législation renforçant les règles d’utilisation des chèques et durcissant les sanctions en cas de chèque sans provision ou invalide. Cette réforme, pensée pour assainir les pratiques de paiement, a paradoxalement produit un effet de retrait de liquidité : entreprises et particuliers ont préféré sécuriser leurs transactions en augmentant leurs réserves d’espèces plutôt qu’en s’exposant au risque juridique lié aux chèques.

  • L’Etat se met le doigt dans l’œil !

Résultat : une circulation monétaire plus intense hors système bancaire et une gestion des liquidités de plus en plus complexe pour les banques commerciales. À cela s’ajoute un facteur structurel : la lente adoption des paiements électroniques, et l’existence croissante d’un marché parallèle et même d’une économie que l’Etat n’arrive pas à inclure dans le circuit légal. De plus, en dehors des grandes agglomérations, les services bancaires numériques restent peu utilisés, parfois peu accessibles, et souvent perçus avec méfiance. Le réflexe cash demeure dominant dans les transactions quotidiennes, ce qui freine la transition vers une économie plus transparente et traçable, et l’Etat encourage tout cela en rétropédalant sur la question des 5.000 DT de limite en cash.

Ce phénomène révèle un paradoxe. Alors que la modernisation du système financier est présentée comme un objectif stratégique, la réalité des comportements économiques maintient l’économie dans une logique de liquidité physique. Sans accélération de la digitalisation des paiements, sans amélioration de l’inclusion financière et sans incitations claires à l’usage des circuits bancaires, la tendance actuelle pourrait se renforcer.

Le niveau record des encaisses n’est donc pas une simple donnée comptable : c’est un baromètre de la confiance – ou du manque de confiance – dans les mécanismes financiers formels.

  • Chkoundali met les points sur les i

Selon l’économiste Ridha Chkoundali, « deux lois mal conçues sont la principale cause de l’inflation galopante et de l’explosion des transactions en espèces non réglementées, atteignant le montant astronomique de 27,5 milliards de dinars : la nouvelle loi sur les chèques et la facturation électronique, ainsi que l’abrogation de la loi interdisant les transactions en espèces supérieures à 5 000 dinars. Le principal perdant est le Trésor public ».

Toujours selon Chkoundali qui s’exprimait dans un post sur un réseau social populaire, « la baisse de liquidités dans les banques compromet leur rôle naturel de prêt au secteur privé. En conclusion : des lois mal conçues freinent considérablement l’économie tunisienne. Le Parlement doit revoir certaines de ses lois avant qu’il ne soit trop tard ».

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1 COMMENTAIRE

  1. Mon entreprise, solvable, compte jamais a découvert depuis sa création en 2011 n’a pas reçu de chéquier.
    D’après ma banque, la banque centrale n’approuve pas car « pas assez de mouvements ».
    Depuis, je dois payer le transitaire et mon comptable en cash car pas de TPE. Pareil pour certaines opérations dans les administrations

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