AccueilLa UNELa « cashification » de l'économie. Le crédit confisqué par l'État ?

La « cashification » de l’économie. Le crédit confisqué par l’État ?

L’économie tunisienne s’enfonce dans une « cashification » qui ne dit pas son nom. Ce phénomène n’est pas le signe d’une vitalité retrouvée, mais le symptôme d’une pathologie lourde.

Dans une économie saine, la hausse de la monnaie fiduciaire est anecdotique. En Tunisie, elle devient le stéthoscope d’un organisme à bout de souffle.

Les chiffres publiés par la Banque centrale de Tunisie (BCT) au 24 avril 2026 sont vertigineux. Les billets et monnaies en circulation (BMC) atteignent 27 961 millions de dinars. En une seule année, la masse de cash a gonflé de plus de 4,4 MDT. Ce rythme effréné traduit l’effondrement silencieux de l’économie scripturale. Les ménages et les entreprises délaissent les banques. Ils se replient sur l’espèce pour sécuriser, tant bien que mal, leurs transactions quotidiennes.

–          L’État prédateur des ressources bancaires

Ce basculement vers le fiduciaire cache un mécanisme d’éviction brutal.

L’État tunisien, lourdement endetté, confisque le crédit disponible. Faute d’accès aux marchés internationaux, le Trésor public s’est transformé en prédateur de la liquidité locale. Les notations souveraines dégradées par Moody’s et Fitch ferment les portes de l’accès aux financement extérieur en le rendant très coûteux.  La dernière expérience avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) est symptomatique de cette réalité !

Le souverain n’a d’autre choix que de siphonner l’épargne nationale. Il absorbe les ressources que les banques auraient dû injecter dans l’investissement privé.

La dette publique culmine désormais à 84 % du produit intérieur brut. L’exposition des banques au secteur public avoisine les 20 % de leurs actifs totaux. Ce siphonage des ressources tarit le financement des PME et des ménages. Le crédit immobilier et la consommation souffrent et risquent de s’effondrer.

En parallèle, la nouvelle législation sur les chèques a agi comme un accélérateur. En complexifiant cet outil de paiement – sans prendre en compte la réalité des moyens alternatifs – le législateur a poussé les agents économiques vers le seul refuge restant : le billet de banque.

–          Une inflation nourrie par l’informel

Les conséquences sur l’économie réelle sont sévères. L’investissement stagne sous la barre des 11 %. Cette masse de cash sans contrepartie productive nourrit une inflation rampante dans les circuits informels. L’économie se scinde en deux.

D’un côté, un secteur formel asphyxié par des taux d’intérêt élevés, mais aussi une bureaucratie étouffante et une fiscalité versatile.

De l’autre, une sphère grise où le billet est roi, échappant à tout contrôle, notamment fiscal.

La Banque centrale tente de freiner la dérive par une politique monétaire restrictive, mais sa marge de manœuvre reste réduite.

Les liquidités injectées pour soutenir l’État alimentent une création monétaire impossible à stériliser. Le cercle vicieux est quasiment verrouillé. Moins les banques prêtent au privé, plus les agents préfèrent la liquidité immédiate. Moins les dépôts alimentent le système, plus la capacité de prêt se réduit. Le moteur de la croissance est privé de carburant au profit de la survie budgétaire de l’État.

Dans ce contexte de tension extrême, le bateau tangue. La trajectoire est connue, mais la volonté de rupture manque encore à l’appel.

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