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lundi 26 octobre 2020
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La gouvernance de l’eau, une question de sécurité nationale

En Tunisie, l’approvisionnement en eau potable se conjugue à bien des égards avec l’assainissement, ce qui soulève la question de savoir si le pays fait assez pour relever les défis posés par le changement climatique. Le portail allemand Qantara souligne que la Tunisie a déployé de grands efforts pour mobiliser ses ressources en eau. Son taux d’approvisionnement en eau potable et le nombre de foyers connectés à l’assainissement sont les plus élevés d’Afrique du Nord.

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Malgré tout cela, la réalité est que la Tunisie est un pays qui dispose de peu de ressources conventionnelles, comme l’eau. Étant donné que la plus grande partie du pays est située dans une zone aride, la disponibilité de l’eau par an et par habitant est maintenant inférieure au seuil absolu de rareté de l’eau de 500 m3 par an et par habitant depuis plus de 30 ans.

À l’heure actuelle, 92 % du potentiel en eau de surface de la Tunisie a été exploité. Ce faisant, les écosystèmes, qui sont les principaux utilisateurs d’eau, ont été affaiblis. De plus, depuis plus de 25 ans, un milliard de dinars ont été alloués à des travaux de conservation des eaux et des sols, tels que le détournement des eaux et la création d’une zone où l’épandage est autorisé. L’objectif de ces travaux était d’augmenter la production agricole en maintenant la fertilité des sols, en réduisant les pertes de sol, et donc aussi en réduisant l’érosion et le risque d’accumulation de sédiments dans les barrages.

D’ailleurs, 3,5 millions d’hectares sont menacés par l’érosion. En outre, chaque année, la Tunisie perd environ 25 millions de m3 d’eau à cause de la sédimentation des barrages. Ssur les 36 milliards de m3 d’eau dont dispose en moyenne la Tunisie chaque année, seuls 4,2 km3 sont potentiellement renouvelables, tandis que 11,5 km3 d’eau de pluie sont retenus par le sol, les forêts et les pâturages.

Plus des quatre cinquièmes de l’eau mobilisée (82 %) sont affectés à l’irrigation agricole, qui ne représente que 4 % des terres agricoles. De plus, 80 % de l’eau nécessaire à l’agriculture irriguée provient des eaux souterraines, qui souffrent actuellement d’un niveau alarmant de surexploitation résultant de la prolifération des forages illicites pour l’eau. Cette situation entraîne une détérioration de la qualité des ressources en eau souterraine (par exemple en raison de l’intrusion d’eau salée) et, par conséquent, la salinisation des sols.

Il est important de noter que lorsque l’on évoque la pénurie d’eau en Tunisie, deux facteurs majeurs sont négligés : le premier est que les Tunisiens utilisent non seulement l’eau des barrages ou des eaux souterraines, mais aussi l’eau de pluie retenue par le sol pour la production de cultures pluviales et de pâturages. Le second facteur concerne la demande totale en eau en Tunisie, qui est assurée par l’importation de différents produits agroalimentaires (tels que le blé, le sucre, etc.) et d’autres qui ne sont pas produits dans le pays. Cette importation (virtuelle) d’eau sous forme de biens échangés, couvre un tiers des besoins globaux en eau du pays.

La demande en eau très supérieure à la moyenne mondiale

La demande totale en eau de la Tunisie est supérieure de 65 % à la moyenne mondiale, constate l’étude de Qantara, ce qui indique un gaspillage considérable à différents niveaux du processus de production. L’Institut national de la consommation indique que le gaspillage alimentaire coûte à chaque Tunisien 68 dinars par mois, soit environ 18 % de l’ensemble des dépenses alimentaires.

En fait, la fragilité de la situation de l’eau en Tunisie et la dépendance de son économie vis-à-vis de l’eau de pluie sont aggravées par les effets directs et indirects du changement climatique sur les secteurs d’activité fortement dépendants de l’eau, ainsi que sur les écosystèmes déjà fragilisés par la pollution anthropique.

La baisse des précipitations et l’augmentation de la sécheresse ont un impact considérable sur la reconstitution des réserves d’eau souterraines, la disponibilité de l’eau potable, ainsi que sur l’agriculture irriguée et pluviale. Cela a conduit à des forages illicites et illégaux dans le secteur public de l’eau et même à l’utilisation d’eaux usées non traitées pour les besoins de l’irrigation, à l’émergence d’un marché de l’eau potable et à une augmentation des conflits liés à l’utilisation de l’eau. Une diminution considérable de la qualité de l’eau a été observée en période de sécheresse, ce qui a eu des conséquences dangereuses en termes d’assainissement.

Le recours au dessalement de l’eau de mer pour assurer l’approvisionnement en eau potable (quatre usines de dessalement sont actuellement en construction) est, en soi, insuffisant. Il est également considéré comme une source de pollution marine, dont les conséquences sont très difficiles à contrôler.

Voilà pourquoi il est nécessaire d’engager une réforme du modèle de gestion et un renouvellement des infrastructures actuelles en amont de la production de toute nouvelle eau. L’accès à l’eau potable étant un droit constitutionnel, la priorité est de sauvegarder ce droit pour tous les Tunisiens.

La vente de l’eau à un prix qui ne peut pas couvrir le coût de sa production est un problème majeur pour les responsables de l’approvisionnement en eau. Tout en restant fidèle au principe selon lequel l’eau est vitale pour l’homme, il faut mettre en place des mécanismes techniques et financiers innovants pour protéger l’eau, réduire le gaspillage alimentaire et installer des compteurs d’eau inviolables afin de surveiller et de vérifier tous les relevés.

La sécurité de l’approvisionnement en eau est une question de sécurité nationale. C’est pourquoi il est important de placer la gouvernance de toutes les ressources en eau à un niveau plus élevé (avec le chef du gouvernement ou même le chef de l’État) que celui du ministère de l’Agriculture, qui, étant responsable du secteur le plus consommateur d’eau, ne peut garantir lui-même une gestion optimale, conclut Qantara.

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