La question que tout le monde évite

La question que tout le monde évite

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Mercredi 6 novembre 2019, Kais Saïed terminait son 15ème jour à la tête de l’Etat tunisien. Une quinzaine, marquée par une activité de pure politique, locale et étrangère. Aucune, cependant, que l’on pourrait qualifier, de loin ou de près, économique.

Une quinzaine, où il avait fini, sous la pression des médias, par former son cabinet. Un cabinet où manquent toujours le porte-parole, et pas de conseiller économique. Il a reçu deux fois le chef du gouvernement, mais il semble que ce n’était que pour révoquer deux ministres. A en croire le communiqué de presse, les deux têtes de l’Exécutif n’auraient parlé d’économie, qu’à demi-mots.

Président d’un Etat au bord du Shutdown, Il aurait pu recevoir le gouverneur de la BCT pour s’enquérir de l’évolution des principaux indicateurs financiers du pays. Il ne l’a pas encore fait. Président d’un Etat où les entreprises sont au bord du burnout financier et dans le flou d’un manque de perspectives, il aurait pu recevoir le patron des patrons. Il ne l’a pas encore fait. Président d’un Etat au bord de l’explosion sociale, avec des syndicats qui menacent de grève et qui chauffent les tambours de nouvelles revendications salariales, il aurait pu recevoir le SG de l’UGTT. Il ne l’a toujours pas encore fait. Chef d’Etat d’un pays, dont les finances dépendent étroitement de ses relations avec le FMI, il aurait même pu rencontrer le représentant de cette institution à Tunis, pour discuter de la situation du pays, des attentes de l’institution de la Tunisie, et des attentes de la Tunisie dans cette nouvelle conjoncture, du FMI. Il ne l’a pas fait. Il aurait pu mettre, dès ses premiers jours, un agenda pour d’éventuels prochains déplacements en Afrique, lui qui faisait, pendant sa campagne, de la diplomatie économique son cheval de bataille pour l’économie de son pays. Il ne l’a pas, non plus, fait jusqu’ici.

Un fait est à remarquer, depuis les dernières élections. D’abord le fait que les législatives, comme les présidentielles, ne s’étaient pas faites sur la base de programmes, mais s’étaient révélées des élections sur faciès. Et s’il y avait programme, il était hautement politique.

  • Saïed fait, lui aussi, de la politique et dort sur ses lauriers, économiquement menacées

Et s’il était au moins un peu économique, comme celui d’Ennahdha, il était plein de bonnes intentions, sans un schéma de développement clair qui puisse donner une visibilité aux opérateurs économiques, et quelques mesurettes, loin des grands chantiers de la masse salariale, de la compensation, des caisses sociales et de la dette.

Durant les deux campagnes électorales, par ailleurs, faites sur les réseaux sociaux et avec des moyens de bas niveau, peu ou prou de politiciens ont osé parler de la crise économique, sauf pour en accuser le chef du gouvernement et son parti politique, en tant que concurrents. Tous, comme le fait par ailleurs depuis 15 jours le nouveau président, ont éludé la question économique. Le but était de ne pas en parler, pour ne pas avoir à parler des solutions. Des solutions, que tous savent devoir immanquablement passer par les réformes, pour lesquelles les électeurs avaient fait tomber le chef du gouvernement et durement sanctionné ses principaux partenaires d’Ennahdha.

Et pourtant, les déclarations d’investissements ont baissé de 21,8 % en septembre dernier en projets à réaliser et de 26,3 % dans l’industrie en nombre et baissé de 30 % en montant. Une baisse qui ne peut s’expliquer que par l’absence de visibilité. Une visibilité, que même le nouveau chef de l’Etat ne s’emploie pas à améliorer.

Moins d’entreprises, voudra dire moins d’emplois à créer et un taux de chômage qui ne va pas baisser. Moins d’investissements à créer, c’est moins de produits à exporter et donc, une balance commerciale qui ne va pas améliorer son grave déficit de plus de 6,2 Milliards DT en août dernier.

Moins de production, c’est moins de croissance de valeur ajoutée, moins de PIB, moins de ressources pour l’Etat et une dette qui ne va pas baisser. Moins de recettes pour l’Etat, car le fisc a ses limites, c’est moins de ressources pour donner des salaires, améliorer le pouvoir d’achat et payer les retraites, redresser les caisses sociales et moins de liquidités pour tout compenser, à partir du pain jusqu’au carburant, en passant par le thé, le sucre et le café. Et de tout cela, personne ne semble vouloir se soucier, et encore moins parler.

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