La « République des avocats » contre celle des magistrats !

La « République des avocats » contre celle des magistrats !

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Tantôt frères siamois, tantôt ennemis jurés, les annales des relations entre avocats et magistrats ont de tout temps été une alternance de péripéties tumultueuses et d’épisodes de bonne intelligence. Mais ce qui se passe à l’heure actuelle a tout pour tenir d’une logique de confrontation ouverte. Il n’est plus question d’escarmouches généralement vite oubliées ni de quelques accès mineurs de corporatisme mal défendu, mais bien d’une opposition frontale entre deux corps dont la vocation est, pourtant, d’œuvrer ensemble au cours normal et à l’administration diligente de la justice. Si l’un en est le dépositaire et l’autre, l’auxiliaire, ils s’imposent et s’opposent sur la scène judiciaire comme deux maillons incontournables.

Faillir à cette ardente obligation, ce serait comme ouvrir les portes de l’enfer non seulement pour les uns et les autres, mais surtout pour les justiciables, à leur corps défendant, interdits de prétoire depuis bientôt une dizaine de jours pour cause d’une grève des juges suite à l’irruption d’un groupe d’avocats dans le bureau du procureur de la République près le tribunal de première instance, des « faits s’apparentant à un crime », selon les syndicats des magistrats. Y répondant, le Conseil de l’ordre des avocats a décrété une “journée de la colère” nationale ce vendredi 27 septembre, marquée par des actions de protestation avec port de l’uniforme au palais de justice de Tunis et dans tous les tribunaux tunisiens, sous le slogan “Non à l’agression des avocats, le droit à la défense une garantie fondamentale pour l’indépendance du pouvoir judiciaire”.

Spirale momentanément sans issue

Une spirale dont il est difficile de prévoir une issue tant sont, pour l’instant, irréconciliables, les positions du barreau comme du prétoire, où la très théorique intervention, ce vendredi, du président de la République par intérim, ne semble pas revêtue d’assez d’autorité pour être comprise par les parties en conflit comme une sentencieuse sommation à enterrer la hache de guerre. D’autant que le chef de l’Etat s’est contenté de « souligner la nécessité de respecter l’indépendance de la magistrature et le principe de séparation des pouvoirs, et celle de ne pas mettre en doute les institutions de l’Etat au risque de menacer le processus démocratique de la Tunisie ». Le président de la République ne s’en est pas moins dit « préoccupé » par les derniers incidents du palais de justice, appelant à surmonter la crise par le dialogue, tout en mettant le pouvoir judiciaire à l’abri des tiraillements politiques.

Les choses étant ce qu’elles sont, et les protagonistes campant, chacun, sur ses positions, les indices se font presqu’inexistants d’entrevoir un commencement d’épilogue avant la semaine prochaine, le temps que les « belligérants » terminent d’exhaler leur bile et se prennent enfin à entendre raison , échaudés par l’immense mal causé au pauvre justiciable, totalement désarmé face à une guéguerre dont tout le monde sait qu’elle doit finir, et le plus tôt serait le mieux.

Sortir des balises codées

Le pire, c’est que pareille         belligérance se reproduise avec forcément un surcroît d’intensité, pouvant même rejaillir avec les périls que l’on peut imaginer sur l’administration de la justice, organisation et fonctionnement confondus. D’ailleurs, il est devenu de moins en moins rare que les avocats s’en prennent aux magistrats et réciproquement. Sans doute parce que la perception que les uns ont des autres a changé. Et l’on ne s’embarrasserait pas de scrupules pour sortir des balises parfaitement codées qui fondent le magistère de la justice.

Le fait est que les tensions sont en train de monter singulièrement et plus que d’habitude entre les dépositaires du droit les défenseurs du justiciable qui sentent qu’ils ont les coudées un peu plus franches pour dire leur fait à des magistrats, fatigués et croulant sous une charge accrue de travail, alors que les audiences sont de plus en pesantes parfois difficiles à gérer du fait des stratégies dilatoires de quelques avocats plutôt très attachés à l’obligation de résultat envers leurs clients. S’y ajoutent fatalement l’encombrement des tribunaux, le manque de moyens et d’effectifs, et des justiciables à juste titre, plus exigeants.

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