Fallait-il autant de sacrifices propitiatoires aux divinités réputées pacifiques de la méditerranée pour qu’une très jolie initiative de rapprochement entre ses deux rives Nord et Sud, datant de 2019, remonte à la surface, sous un autre couvert mais inspirée du même idéal ?
C’est de la route du corail tuniso-italienne dont il s’agit, comme certains ont sûrement pu le deviner.
Selon des rapports de la presse tunisienne, en juillet 2019 en effet, la Tunisie, de concert avec l’Italie et l’Espagne, s’est engagée à fignoler un dossier en bonne et due forme en vue d’inscrire la route du corail tuniso-italienne sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité gérée par l’UNESCO. L’aventure de la Route du Corail a commencé à Mahdia, l’été 2018, auprès de l’association Centre hippique Mahdia, durant l’événement international équiartistique Horse Painting, une après-midi de loisir basée sur le jeu, l’art et les chevaux où grands et petits, artistes et néophytes ont pu interagir de manière amusante, stimulante et multiforme en décorant des toiles-couvertures en jean, habillant chevaux et poneys.
L’idée découle d’un événement historique: le voyage accompli par les pêcheurs de la ville ligure de Pegli, quartier de l’ouest de Gênes, en 1543, qui avaient été autorisés à exploiter des activités de pêche et de commerce du corail, à partir des récifs coralliens tunisiens sur les côtes de Tabarka et Bizerte, conformément à un traité signé par le Sultan Hafside de Tunis et Charles Quint, roi d’Espagne.
La commémoration de cette traversée, qui a retracé les routes maritimes empruntées par les pêcheurs de Pegli, a été organisée par le marquis Enrico Lomellini di Tabarca, un des leurs descendants, en collaboration avec la Ligue navale italienne et l’association sportive tunisienne A. S. Aurora.
La cérémonie de clôture s’était déroulée à Tabarka, le 16 juillet 2019, en présence du ministre du Tourisme de l’époque, René Trabelsi, de hauts cadres administratifs tunisiens et des invités italiens.
En principe, c’était au mois de mars 2020 que le projet de classement tripartite devait être déposé formellement auprès de l’Unesco. Des activités nautiques et équiartistiques avaient été programmées à l’appui de cette candidature.
L’histoire en a voulu autrement. Quatre ans après, la Tunisie et l’Italie, dans un contexte international aussi farouche sinon plus farouche que celui du 16ème siècle, à l’apogée de l’affrontement entre l’empire ottoman et les puissances occidentales réunies, ont réussi à conjuguer leurs efforts pour humaniser la circulation et les flux migratoires entre les deux rives de la Méditerranée , en organisant la Conférence internationale sur la migration en méditerranée, à Rome, le week-end dernier.
Mais, l’initiative de la route du corail est toujours d’actualité, pour des raisons autant environnementales qu’économiques et culturelles.
Vivier de médicaments
Dans un rapport en date du mois de décembre 2020, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a attiré l’attention sur une éventuelle disparition des récifs coralliens d’ici la fin du siècle, à cause des changements climatiques.
D’après ce rapport et autres documents onusiens, 70% des récifs coralliens dans le monde sont menacés : 20% ont déjà été détruits sans espoir d’amélioration, 24% risquent de disparaître et 26% supplémentaires sont menacés à long terme.
Les mêmes documents ont noté que les pertes importantes des écosystèmes des récifs coralliens sont aussi un problème économique et social. Les structures récifales sont une source importante de revenus pour le commerce de loisirs local.
Les récifs coralliens sont aussi le vivier de médicaments du XXIe siècle. Des myriades d’organismes, y compris des éponges, des coraux et des lièvres de mer, contiennent des molécules ayant des propriétés anti-inflammatoires, antivirales, anti-tumorales et antibactériennes. De nouveaux traitements de la maladie d’Alzheimer, des maladies cardiaques et virales ainsi que de certaines inflammations sont développés à partir de ces molécules.
L’Algérie qui est un gros producteur du corail rouge dans le monde a fermé ses récifs coralliens de 2001 à 2021, pendant vingt ans.
En Tunisie, la baisse des stocks de corail rouge est perceptible. Selon un classement paru en 2019, la ville de Tabarka, connue pour être la capitale du Corail, est désormais classée deuxième ville exportatrice du Corail au monde, derrière la ville algérienne d’Annaba.
Les études internationales ont recensé plus de 1666 variétés de coraux existant actuellement dans le bassin ouest de la Méditerranée et les côtes de la ville de Tabarka.
Justement, la production tunisienne du corail rouge se situe aux alentours de 8000 kg par an dont environ 90% sont exportés vers l’Italie.
Mais, il y a un grand trafic illicite du corail. Des saisies sont enregistrées régulièrement portant sur des quantités allant parfois jusqu’à 300 kg.
En effet, spécialité des récifs tunisiens, le corail rouge foncé ou encore rose, le plus estimé de toutes les variétés de corail, est devenu une richesse rare, car il a disparu des autres mers du monde.
S.B.H









Terrible confusion entre récifs coralliens tropicaux a symétrie hexagonale (généralement) et les coraux méditerranéens (a symétrie octogonale) et puis ce chiffre de 1666 variétés…..en Méditerranée…. impensable.