Standard & Poor’s classe le secteur bancaire de la Tunisie (non notée) dans le groupe «8» sous sa méthodologie BICRA (Banking Industry Country Risk Assessment), (Evaluation du risque pays de l’industrie bancaire) laquelle classe les pays sur une échelle de 1 à 10, où le groupe «1» représente les risques, économique et industriel, les plus faibles. Les autres pays dans le groupe «8» sont le Kazakhstan, le Nigeria, le Liban et la Géorgie.
La Tunisie a une économie relativement diversifiée mais le niveau de richesse de l’économie tunisienne reste faible, notamment avec un PIB par habitant estimé à 4,349 dollars en 2014, selon le dernier rapport de Standard & Poor’s.
« Bien que la transition politique depuis la révolution du Jasmin de 2011 continue de progresser, nous pensons que le pays reste vulnérable à l’instabilité politique et aux troubles sociaux », indique-t-il.
Par ailleurs, le rapport juge positivement les efforts des acteurs politiques pour parvenir à un consensus autour de la transition. « Les élections législatives et présidentielles sont prévues en fin d’année 2014, mais leur impact sur l’avenir de la stabilité politique de la Tunisie et de sa performance économique est encore incertain », relève le rapport.
En revanche, Standard & Poor’s prévoit une stabilisation progressive du pays après les élections.
Par ailleurs, dans son évaluation du risque du secteur bancaire Tunisien, S&P prévoit une croissance nominale des prêts d’environ 8% au cours des prochains 12-18 mois, reflétant une faible reprise économique et une pression sur la liquidité des banques. Dans le même temps, l’agence prévoit, au mieux, une stabilisation des prêts improductifs à environ 15% du total des prêts du système bancaire, estimant que la qualité des actifs pourrait s’améliorer en 2015 si les autorités créaient la Société de Gestion d’Actifs (AMC). Les indicateurs de qualité des actifs pourraient toutefois retomber à leurs niveaux de 2002 si l’environnement politique se détériorait après les élections. La réglementation et la supervision bancaire restent aussi plus faibles que les normes internationales, selon S&P.
L’agence reconnaît, toutefois, les efforts de la Banque centrale de Tunisie (BCT) visant à renforcer le cadre réglementaire au cours des dernières années. Néanmoins, l’agence pense que l’alignement de la réglementation tunisienne avec celle de la plupart des pairs les plus avancés prendra du temps.
Les banques tunisiennes cultivent un appétit modéré pour le risque et n’utilisent pas de produits financiers complexes. Cependant, elles opèrent dans un marché fragmenté et très concurrentiel, souligne l’agence, estimant qu’il n’y aura pas de changements importants dans le paysage concurrentiel dans les trimestres à venir, expliquant que la consolidation du secteur bancaire, via la fusion des banques publiques, n’est pas sur l’agenda du gouvernement.
S&P a indiqué, sous un autre angle, que les dépôts stables de la clientèle constituent la principale source de financement des banques tunisiennes, estimant, cependant, qu’ils sont insuffisants pour financer le portefeuille et la croissance des prêts du système bancaire à l’aune des ratios relativement élevés de prêts-sur-dépôts des banques tunisiennes. De plus, les marchés de capitaux locaux restent étroits et l’accès des banques aux financements externes reste limité et concentré principalement sur les dépôts des expatriés tunisiens ou des prêts à long terme des institutions financières multilatérales, souligne l’agence.
Dans le même ordre d’idées, l’agence considère les tendances du risque économique et du risque de l’industrie du secteur bancaire tunisien comme négatives, alors que le risque politique reste toujours élevé dans la période précédant les élections à venir. Un retard des réformes ou un accroissement de l’instabilité dans cette période pré-électorale pourrait avoir un impact négatif sur l’évaluation par l’agence du risque économique et industriel. La tendance négative que repère pour le risque économique est également justifiée par l’accumulation des déséquilibres économiques au cours des dernières trois années qui devraient persister au cours des deux prochaines années.
S&P souligne, cependant, qu’il y a des développements positifs, y compris les engagements de l’actuel gouvernement et de la BCT de mettre en œuvre les réformes, ainsi que les efforts des partis politiques et de la société civile pour établir un consensus.
L’agence indique dans ce cadre qu’elle peut revoir son BICRA sur la Tunisie après les élections pour tenir compte des nouveaux développements notamment l’environnement politique et la recapitalisation des banques. Les retards dans la mise en œuvre de ces réformes pourraient par contre inciter à attribuer un BICRA plus faible, selon S&P.
Kh.T








