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La Tunisie en panne sèche. Souriez, vous êtes au pays de l’UGTT et le pire est à venir

La grève des transporteurs de carburants n’est pas la première, ni une première en Tunisie. Ses raisons financières comme toutes les grèves depuis 2011 sont peut-être justifiées. Personne ne peut le dire, car personne ne connaît les coulisses des négociations, les vraies demandes des grévistes et les parties concernées par cette grève. Ni le SG de la Fédération du transport de l’UGTT, Moncef Ben Romdhane, ni le DG des carburants Hazem Yahyaoui, ne voulaient répondre à nos appels téléphoniques et à nos demandes d’explication des tenants et aboutissants de la grève illégale. Tous se murent dans le silence de leurs cellules de crise pour des négociations qui intéressent pourtant des millions de citoyens.

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La distribution des carburants en Tunisie est essentiellement détenue par le secteur privé. Ce sont ainsi quelque 800 stations-service sous différents labels, dont 2010 sont propriété, directe ou indirecte, de la SNDP. Ces stations sont desservies par un parc national de quelque 250 camions, dont 6 de la SNDP. Le reste est la propriété d’entreprises privées.

Les camions en grève seraient ainsi au nombre de presque 240, puisque les 6 camions de la SNDP n’ont pas fait grève. La grève aura ainsi empêché la distribution de 30 millions de litres, si on tient compte du fait que la consommation moyenne quotidienne de la Tunisie est de 10 millions de litres par jour.

  • Qui fait grève et contre qui ?

La grève est observée par les conducteurs des camions de transport des carburants et non par les stations-service. Ces conducteurs sont syndiqués chez l’UGTT et regroupés au sein de la fédération du transport (ouvriers), une des plus dures en matière syndicale. Ces conducteurs travaillent dans des entreprises privées et pour le compte de petits patrons, regroupés en chambres syndicales au sein de l’Utica (patronat).

Il y aurait aussi un «Fonds de répartition géographique» dont le rôle reste flou dans cette négociation et qui serait pourtant une des parties financières les plus intéressées par l’incidence financière des négociations.

La dernière grève, qui est par ailleurs la 3ème du genre depuis le début de l’année 2019, a été faite par les camionneurs des transporteurs privés et a touché, par ricochet, la SNDP. «Cette dernière a tout de même pu assurer un service minimum, entre 10 et 20 %, pour son propre réseau de 210 stations-service où elle a privilégié celles à grande affluence du Grand-Tunis et sur les grands axes routiers, avec ses 6 camions», selon ce qu’a dit Nabil Smida PDG de la SNDP, le seul à daigner communiquer.

La grève a pris en otage plus de 1,272 millions de véhicules privés et 458 mille utilitaires (chiffres de 2017) pour indisponibilité forcée de carburants. Une grève qui empêche citoyens, privés et professionnels, de vaquer à leurs occupations, de se déplacer, de fournir des biens et des services, comme le transport des malades, les hôpitaux, les cliniques, les urgences, les taxis ou les louages.

Des personnes sont, peut-être, décédées faute de soins urgents, mais personne n’en fera le compte. D’autres ont probablement manqué leurs avions, des marchés ont été mal approvisionnés et une perte énorme, en chiffres d’affaires de transport ou de vente de carburants, a été aussi enregistrée. Personne n’en parle, non plus.

L’effet le plus visible, ce sont ces centaines de particuliers, exaspérés et pris en otage par une interminable grève de l’UGTT devenue illégale, jusqu’ici de 3 jours, bidons en mains, faisant la queue devant les stations-service et espérant quelques litres d’essence pour dépanner leurs véhicules en panne sèche aux abords des routes. Rappelons, pour la petite histoire, que cette pratique est interdite pour les stations-service.

  • Que demandent les grévistes ?

Les grévistes demanderaient l’application d’une convention complémentaire. La chose a été faite et signée. Ils demandent aussi le doublement de plus de 400 chauffeurs de camions, par des accompagnateurs, payés au même titre, salaires et avantages, que les chauffeurs. L’incidence, en termes de masse salariale de ces deux revendications, sont claires et rogneront les marges des transporteurs. Il n’est plus alors exclu que, de leur côté, ils fassent bientôt grève !

Ce qui s’est passé, c’est que les négociateurs de l’UGTT et de l’UTICA ont accepté l’accord. Mais pas leurs adhérents. L’UGTT a même considéré illégale la prolongation de la grève et accepté, de manière complètement inhabituelle, la décision gouvernementale de réquisition des camions de l’armée pour casser la grève des transporteurs de carburants. Manifestement donc, l’UGTT ne maîtrisait pas sa base, ou alors faisait-elle illusion à des fins d’amélioration des conditions de négociation.

Ce qui est sûr, c’est que les raisons, purement matérielles et syndicalistes, ont pris le pas sur la raisons d’Etat et celle de la collectivité publique. L’UGTT, en tant que corporation ou en tant qu’individus, arrive in fine à faire ce qu’elle veut, prend en otage tout un pays et un large pan de l’économie.

Que ferait-elle si elle devenait une force politique au sein de la prochaine ARP, puisqu’elle ne fait plus mystère de sa prochaine participation aux législatives de 2019 ?

1 COMMENTAIRE

  1. C’est le moment où jamais pour faire pression sur les trafiquants et leurs complices corrompus. Rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme. Faut-il faire la liaison entre plusieurs événements qui ont causé des blocages aux divers secteurs de l’économie nationale ? Le maillon de la justice doit être le principal acteur pour trancher avec précision et efficacité. Le temps des Tunisiens est cher, voire plus cher que les carburants liquides et gazeux.

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