Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient, la scène mondiale connaît une résurgence semblable à celle de la guerre froide. Au milieu de l’escalade de la rivalité entre les puissances occidentales et orientales, en particulier entre l’Occident et la Russie et la Chine, les « pays émergents » de la région prennent de l’importance. Historiquement alignés sur l’Occident, des pays comme la Tunisie et la Libye laissent entrevoir un réalignement potentiel sur l’Orient, ce qui soulève des questions cruciales sur l’évolution des partenariats et l’équilibre géopolitique. Le désarroi politique et l’imprévisibilité locale en Afrique du Nord créent des conditions favorables à l’hégémonie russe. C’est ce qu’estime le fondateur et le président de l’Initiative pour le développement de la Méditerranée, Ghazi Ben Ahmed, dans une analyse publiée par Geopoliticalmonitor, la publication internationale de renseignement.
Il y rappelle, dès l’abord, que la Tunisie a signé une feuille de route décennale pour la coopération en matière de défense en 2020, soulignant l’importance des relations avec les États-Unis en Afrique du Nord et en Méditerranée. Une mise en œuvre réussie pourrait servir de modèle pour les négociations avec d’autres nations en Afrique et au-delà.
La Tunisie, onze ans après sa révolution de 2011, est confrontée à des défis pour son cheminement démocratique dans un contexte de troubles politiques et d’incertitudes économiques. Il est essentiel de préserver la transition démocratique de la Tunisie, et les États-Unis doivent également empêcher un alignement potentiel sur la Russie. Cet alignement pourrait avoir un impact négatif sur la sécurité européenne, modifier la dynamique du pouvoir mondial et remodeler les stratégies géopolitiques du XXIe siècle, ce qui souligne la nécessité de préserver la stabilité démocratique de la Tunisie.
L’orientation croissante de la nation nord-africaine vers l’Est a des motivations diverses, notamment la recherche d’opportunités économiques, la restructuration des accords de sécurité et l’insatisfaction à l’égard des politiques occidentales dominantes. Si la Tunisie, un allié majeur des États-Unis non membre de l’OTAN et considéré par les États-Unis comme un exportateur de sécurité, modifie ses alliances, elle pourrait avoir un impact significatif sur la dynamique du pouvoir mondial et remodeler les stratégies géopolitiques au 21e siècle, souligne G hazi Ben Ahmed.
Les Russes arrivent !
La Russie affirme activement son influence au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, conformément au point de vue du politologue russe Fyodor Lukyanov sur l’importance mondiale d’une position forte dans la région. La réorientation stratégique de la Russie vers l’Afrique du Nord s’est accentuée après les sanctions de 2014 relatives à l’annexion de la Crimée et s’est poursuivie après la guerre d’Ukraine de 2022. S’appuyant sur les exportations maritimes, la Russie doit s’adapter aux changements du marché mondial de l’énergie dans un contexte de relations euro-atlantiques tendues pour assurer sa position mondiale future.
Au cours des deux dernières décennies, la Russie a stratégiquement favorisé les alliances avec des régimes autoritaires dans diverses régions d’Afrique, souvent au détriment des institutions démocratiques. Le président Vladimir Poutine a récemment fait part de son intention de formaliser des accords de libre-échange avec un groupe de pays d’Afrique du Nord, marquant ainsi une volonté proactive de collaboration économique. Cette démarche souligne l’effort concerté de la Russie pour étendre son empreinte économique en Afrique du Nord et consolider les liens au-delà des simples affiliations politiques.
L’intérêt de la Russie va au-delà du commerce, puisqu’elle envisage la possibilité d’acquérir une base militaire permanente ou de circonstance, notamment en Libye, en Égypte, en Algérie et maintenant en Tunisie, note Ghazi Ben Ahmed. Ces installations renforceraient la projection de la puissance russe en Méditerranée et serviraient de porte d’entrée vers l’intérieur de l’Afrique.
Entre-temps, le mécontentement croissant à l’égard des politiques européennes, exacerbé par des questions telles que la crise migratoire, alimente les tensions et souligne l’importance de comprendre l’évolution des relations étrangères de la Tunisie et de rechercher de nouveaux partenariats. La dépendance de l’UE à l’égard de la Tunisie pour le contrôle des migrations offre à son dirigeant autoritaire un levier de négociation substantiel, impliquant que l’Occident pourrait tolérer les abus de gouvernance et négliger les appels aux réformes économiques en échange d’une aide financière continue.
Si la tentative de la Tunisie de rejoindre les BRICS peut être considérée comme un effort désespéré, quoique naïf, pour diversifier son économie ainsi que comme une monnaie d’échange avec l’Occident, le rapprochement avec la Russie de Poutine est bien réel. Saied nourrit l’ambition de renforcer les liens avec le Kremlin en se rendant à Moscou, et il souhaite étendre ces efforts à Pékin. Son objectif est de réduire l’influence occidentale, qu’il perçoit comme une entrave à son contrôle exclusif des affaires tunisiennes.
Le rôle des USA et leurs alliés
Les États-Unis et leurs alliés européens jouent un rôle central dans la stabilisation de la Tunisie et de sa région. Le leadership américain est essentiel pour contrer la désinformation russe, en particulier en collaboration avec les principales plateformes de médias sociaux telles que META, connues pour donner la priorité aux relations gouvernementales plutôt qu’aux intérêts des citoyens. La sensibilisation des citoyens à leurs droits est vitale pour une gouvernance participative efficace, en particulier à l’approche des élections présidentielles de 2024 en Tunisie. En outre, les États-Unis devraient utiliser leur influence technologique pour soutenir la croissance du secteur privé et mettre en œuvre des réformes énergétiques intelligentes sur le plan climatique dans la région.
En conclusion, les États-Unis et leurs alliés doivent renforcer les forces pro-démocratiques, défendre les valeurs démocratiques, encourager une croissance technologique et respectueuse de l’environnement, et assurer une collaboration internationale. Alors que la Tunisie se rapproche des élections cruciales de 2024, l’engagement des partenaires en faveur des droits des citoyens et de la lutte contre la désinformation est crucial. Le maintien d’alliances occidentales solides avec la Tunisie est essentiel pour éviter un jeu à somme nulle où la Russie supplanterait l’influence des États-Unis et de l’Europe dans la région de l’Afrique du Nord. La stabilisation de la Tunisie n’est pas seulement d’intérêt régional, elle est cruciale pour la sécurité internationale et les intérêts des États-Unis, conclut le fondateur et le président de l’Initiative pour le développement de la Méditerranée.








