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La Tunisie soulagée, mais inquiète

Le chef de l’Etat tunisien a finalement décidé d’activer l’article 80 de la Constitution, œuvre d’une ancienne Assemblée Constituante, alors dominée par le parti islamiste Ennahdha. L’arroseur semble ainsi être désormais arrosé, à travers les différentes lacunes de cette Constitution dont a pu tirer parti Kais Saïed.

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Des  décisions aux termes desquelles le chef de l’Etat tunisien de gèle les prérogatives de l’ARP, lève  l’immunité de tous ses membres avec promesse d’en traduire les corrompus en  justice en s’accaparant les pouvoirs du Parquet. Mais aussi la destitution du chef du gouvernement Hichem Mechichi, dont des informations non officielles disent qu’il aurait été confiné sous bonne garde chez lui, ont été accueillis dans la liesse générale par une population surtout soulagée de voir la classe politique, conduite par le parti islamiste, clouée au pilori par un président hors normes dans tous les sens du mot, et qui va la chasser définitivement de la scène politique

–          L’article 80 qui pose problème

L’article 80 stipule en effet que « en cas de péril imminent menaçant les institutions de la nation et la sécurité et l’indépendance du pays et entravant le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le Président de la République peut prendre les mesures nécessitées par cette situation exceptionnelle, après consultation du Chef du gouvernement et du Président de l’Assemblée des représentants du peuple et après en avoir informé le président de la cour constitutionnelle. Il annonce les mesures dans un communiqué au peuple ».

Pour le cas de l’espèce, le péril imminent invoqué par le chef de l’Etat tunisien est apparu à travers les manifestations violentes qui avaient embrasé le pays tout au long de la journée du 25 juillet 2021. Des évènements, fondamentalement suscités par la demande du numéro deux d’Ennahdha Karim Harouni de mettre en œuvre le fonds d’indemnisation desdites victimes de l’ancien régime de Ben Ali.

Pratiquement, l’article 80 de la Constitution de 2014, poserait problème pour les constitutionnalistes tunisiens. Et si Iyadh Ben Achour estime que le recours par de Kais Saïed à cet article pour résoudre la crise politique, constitutionnelle, est injustifié, Amine Mahfoudh ne manquait pas déjà de mettre en exergue la plus importante défaillance de cet article. Sur Elhiwar Ettounisi en effet, il disait que « la solution se trouve dans l’article 80 de la Constitution, qui sous-entend ce qu’on appelle la raison d’Etat que je pourrais scinder en deux. Le premier ne pose aucun problème et concerne la prise de mesures exceptionnelles, et le second pose problème et concerne la détermination de la durée de la période d’exception ». Cela reviendrait en effet à la Cour Constitutionnelle, alors que cette dernière n’existe pas et semble avoir été refusée par le chef de l’Etat.

–          Saïed fait le ménage dans le gouvernement Mechichi

Résumant la réaction de la rue tunisienne, un universitaire tunisien qui n’aimerait pas être nommément cité, dit que « ce matin, assis comme d’habitude à ma rue des retraités, toutes les discussions ont porté sur la décision prise hier par le président de la République. Premier constat,  au fait,  c’est une confirmation de ce que j’ai remarqué hier en voyant les différentes images de joie chez les citoyens croyant que le président a mis fin au pouvoir d’Ennahdha alors qu’en fait il a mis en quarantaine le parlement (le législatif) et changer le gouvernement (l’exécutif), il n’a rien touché aux lois régissant la vie des partis. Deuxième constat, le raz de bol chez les citoyens des islamistes, on ne parle que de ça et pas de la constitution ou le pouvoir militaire qui peut se substituer doucement au pouvoir civil. Troisième constat, trop de confusion chez les gens. Quatrième constat, ce que j’ai vu hier à la télé. Des gens portant des lunettes de grandes marques et bien habillés parlant de pouvoir d’achat et de la misère ».

Pour l’instant, le chef de l’Etat fait le cleaning autour de lui. Il vient officiellement de mettre fin aux fonctions du chef de gouvernement et du ministre intérimaire de l’Intérieur, Hichem Mechichi, et de limoger les ministres de la Défense Brahim Bartaji et de  la justice par intérim. Les deux n’auraient pas apprécié les dernières décisions du chef de l’Etat.

Le communiqué de la présidence de la République ressemblait à un remaniement ministériel partiel dans le gouvernement de Hichem Mechichi, et n’évoque pas le sort du reste des membres de ce même gouvernement. Ils seraient désormais appelés à la simple gestion des affaires courantes.

Par ces changements, Saïed deviendrait théoriquement ministre de la Justice et ministre de la Défense et corrigerait ainsi sa décision verbale de prendre en main le parquet. Il éviterait intelligemment surtout de créer le vide et le blocage administratifs dans le gouvernement dans ce qui ressemble à une vaste réorganisation administrative.

Fermement soutenu par les forces armées, militaires et civiles, Saïed qui pourrait se targuer d’un changement sans aucun coup de feu, et d’avoir réussi une prise de pouvoir qui ne ressemblerait pas à un coup d’Etat, semble aussi désormais avoir entamé un travail d’explication et de sensibilisation. Il recevait ce matin le SG de l’UGTT et réussi à en avoir l’appui sous condition de garanties constitutionnelles.

–          Un chef d’Etat attendu sur la question des arrestations

« Peu soulagé mais très inquiet. A l’instar de la plupart des Tunisiens, particulièrement apolitiques, je suis soulagé parce qu’avec les dernières décisions de Kais Saïed, une occasion nous est présentée pour mettre fin à la dégringolade généralisée que connaît notre pays depuis 2011 et qui s’est accélérée depuis l’élection de RG à la tête de l’ARP.

En même temps, je suis très inquiet pour l’avenir de notre pays et j’espère que ça ne sera pas un saut dans l’inconnu. Plusieurs questions sont encore sans réponses :

– Kais Saïed a-t-il pris toutes les précautions nécessaires pour neutraliser les opposants à ses décisions et faire face à la mise en exécution de leurs menaces.

– Qu’en sera-t-il de l’avenir du système politique et du processus démocratique en Tunisie d’une manière générale ? La liberté d’opinion, très chèrement acquise depuis 2011 sera-t-elle sauvegardée ? », disait dans un statut fb l’ancien gouverneur de la BCT Mohamed Ali Daouas.

Mais il reste aussi à savoir, et c’est ce sur quoi Kais Saïed est aussi fortement attendu par la population qui le soutient, de quelle manière le chef de l’Etat compte gérer sa décision de lutter contre la corruption. Verrait-on une réouverture massive des centres de détention, ou annoncerait-il, plus intelligemment, la réouverture de toutes les enquêtes judiciaires qui traînent depuis plus de 10 ans, dans une procédure judiciaire qui respecterait les droits de tout le monde ? Saïed est aussi attendu sur la question du respect des libertés, dont la liberté de presse et la liberté d’opinion.

Pour sa part, et toujours sur fb, la constitutionnaliste Slim Laghmani écrivait ce jour que « ma conviction, et j’espère me tromper : Notre prochaine échéance politique ne sera pas 2024 ». Il écrivait déjà en septembre 2019 que Kais Saïed « il lui suffira d’un discours radio-télédiffusé et de sa qualité de commandant suprême des forces armées pour obtenir satisfaction ».

C’est, pour l’instant, tout ce qui est possible de dire sur cette prise de pouvoir par Kais Saïed. Le chef de l’Etat n’a jusque-là pas tout dit et n’a surtout pas dévoilé ses principales cartes maîtresses. Il distille plutôt les décisions et consulte. Il devrait aussi penser à rassurer les marchés, les bailleurs de fonds, et les investisseurs étrangers. Et il est ici, important de lire ce que pense l’agence de notation Fitch ratings de tout ce qui s’est passé en Tunisie pendant les dernières 24 heures !

1 COMMENTAIRE

  1. la population tunisienne est sensiblement soulagée par 10 années de pouvoir islamiste et leurs differents alliés mais elle est inquiète si le président de la république échoue dans le redressement du pays et de la réaction violente des islamistes et leurs alliés qui ne relâchent pas malgré leur échec cuisant le pouvoir facilement on voit déjà leur réaction après le coup de force du président que DIEU nous préserve et préserve notre pays qui sont entrain de vivre la pire crise économique financière et sanitaire de son histoire contemporaine , prions que ces nouveaux hommes politiques et leurs militants ont le courage de privilégier l’intérêt supérieur de la nation pour cette périodique critique que leurs intérêts une fois la crise sera maîtrisée ils reviennent à leurs activités politiques et c’est aux électeurs qui ont le dernier mot pour choisir les responsables qui doivent conduire le pays vers un avenir radieux

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