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Le 2ème tour aura bien lieu. Une grave crise si Karoui perdait, prévoit le New York Times

Malgré les péripéties, judiciaires et autres  qui l’ont entachée et dont l’effet demeure entier, l’élection présidentielle ne s’expose pas au risque de ne pas aller jusqu’au second tour, lequel ne sera pas reporté non plus. L’ISIE qui a délibéré sur la question, ce mercredi, a été catégorique, et son président a même annoncé que la campagne électorale débutera le jeudi 3 octobre et s’achèvera le 11 octobre. C’est que le processus électoral est régi par des délais constitutionnels en vertu desquels l’élection présidentielle doit avoir lieu dans un délai ne dépassant pas les trois mois de la date de l’investiture officielle du président de la République par intérim. Autant dire que le débat est clos.

Mais c’est ailleurs qu’essaiment les écueils. Ils tiennent à la confiance des Tunisiens dans les institutions politiques qui a fortement diminué. La confiance dans le Parlement est tombée à 14 %, et celle dans les partis politiques n’est plus que de 9 %, selon un récent sondage du Baromètre arabe. Cela explique le faible taux de participation au vote du 15 septembre, fait remarquer le New York Times qui ouvre ses colonnes à une réflexion de Rory McCarthy, professeur à l’Université de Durham mais surtout et auteur du livre « A l’intérieur d’Ennahdha : Entre politique et prédication ».

Il en veut pour preuve le fait que « les deux principaux candidats à l’élection présidentielle, le professeur de Droit constitutionnel Kais Saied et le magnat des médias Nabil Karoui, derrière les barreaux, n’ont obtenu qu’un tiers des voix à eux deux ». L’un et l’autre devront travailler dur pour gagner de nouveaux partisans avant le prochain vote. Dans le système tunisien, le président n’est responsable que de la défense, des affaires étrangères et de la sécurité nationale. Quiconque gagnera devra former un bloc de soutien au sein du nouveau Parlement pour pouvoir procéder à des réformes substantielles.

Une campagne discrète de porte à porte

Saied s’est imposé au premier tour et a obtenu le soutien de plusieurs concurrents. Bien connu pour ses apparitions à la télévision pendant la rédaction de la Constitution, il ne s’en est pas moins tenu à l’écart de la vie politique. Il n’a pas le soutien d’un parti, et son image d’intellectuel public a été renforcée par sa diction à l’articulation presque robotique. Il a mené une campagne discrète en s’appuyant non pas sur une forte présence médiatique, mais sur une campagne électorale de porte en porte avec des équipes de jeunes. Selon un sondage, il aurait remporté plus d’un tiers des votes des jeunes.

Saied s’oppose à la dépénalisation de l’homosexualité, à la réécriture des lois successorales en faveur de l’égalité des sexes et souhaite un retour à la peine de mort. Ce qui a peut-être captivé l’imagination des jeunes électeurs, c’est son intention de jeter par-dessus bord le modèle constitutionnel semi-présidentiel actuel pour lui substituer un autre basé sur la démocratie directe.

« Partout dans le monde, l’ère des partis est révolue « , a-t-il affirmé, proposant de transférer le pouvoir aux conseils locaux élus qui décideront des priorités des dépenses locales, chaque représentant étant tenu responsable de la possibilité d’élections de révocation. Mais pour faire adopter ce plan par le Parlement, il lui faudrait une majorité des deux tiers pour amender la Constitution, ce qui semble peu probable, estime le New York Times.

Un concurrent « populiste »

Son concurrent, Nabil Karoui, cultive des tendances populistes et est largement connu grâce à la station de télévision Nessma dont il est le propriétaire, qui a beaucoup fait pour faire connaître le travail de son institution de bienfaisance contre la pauvreté. Karoui a déjà été étroitement lié à Nidaa Tounes, le parti qui représentait les intérêts de l’ancienne élite politique et économique et qui a été fondé par Béji Caid Essebsi, le président tunisien dont le décès en juillet a entraîné cette élection.

Mais Karoui a pris ses distances vis-à-vis de Nidaa Tounes et a commencé à forger son propre profil politique, plaidant pour une présidence plus forte. Le nouveau parti qu’il a créé était en tête dans les derniers sondages préélectoraux. Sa campagne présidentielle a pu se poursuivre après son arrestation en août, mais il s’est plaint à plusieurs reprises qu’on ne lui ait pas donné une chance équitable et que son arrestation soit une décision politique du chef du gouvernement Youssef Chahed, qui a été éliminé au premier tour de l’élection présidentielle.

Si Karoui perd l’élection présidentielle et conteste le résultat, ou s’il gagne et est condamné par la suite, cela déclencherait une crise grave, prévoit Rory McCarthy. Cela soumettrait la commission électorale à d’énormes pressions, d’autant plus que la Cour constitutionnelle tant attendue, qui est censée trancher ces questions, n’est pas encore en place.

Des alliés improbables

« Le parti de Karoui, Qalb Tounes, est peut-être l’un des partis les plus forts du nouveau Parlement qui doit être élu le 6 octobre, avec le parti islamiste conservateur Ennahda, dont le candidat est arrivé troisième à l’élection présidentielle dimanche. Les deux partis sont des alliés improbables, mais chacune devra construire une large coalition de soutien », souligne l’article du New York Times.

De nombreux Tunisiens espèrent que le rejet de l’élite politique réinitialisera le système et ravivera les promesses de la Révolution de 2011 pour un gouvernement responsable et légitime et des opportunités économiques plus larges pour tous, indique-t-il, avertissant toutefois que « le risque loge         dans un glissement vers des tendances autoritaires ». Enfin un autre faible taux de participation aux prochaines élections législatives est probable, et les partis établis ont peu de chances de dominer. Un Parlement fragmenté peut ne pas être en mesure de retenir un président ambitieux. Et il se peut qu’il ait à nouveau du mal à tomber d’accord sur les candidats à la Cour constitutionnelle, qui devrait être le garant ultime de la transition politique de la Tunisie, conclut le NYT.

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