La 34ème édition des « Journées de l’entreprise » (JE), organisée par l’IACE à Sousse, et dont on dit qu’elle aurait réuni plus de mille personnes (Ndlr : à plus ou moins 1.000 DT la participation et beaucoup d’invités gratuits, le chiffre d’affaires des JE est estimé à 500 mille DT), pour parler du thème «les entreprises & le nouveau rôle de l’Etat». Seul grand moment de cette réunion annuelle des hommes d’affaire, la magistrale intervention de la toute jeune Ela Ben Saad, proposée ministre de l’éducation pour Jemli, par Samir Majoul.
Petit hic, cette édition avait débuté par 3 «Has Been» et un «ASAP». Les JE ont en effet été ouvertes par l’ancien chef d’Etat temporaire Mohamed Ennaceur, l’ancien président turc Abdallah Gül et l’ancien Premier ministre grec Alexis Tsipras côté «Has Been», ainsi que le chef de gouvernement Youssef Chahed, maintenu pour la gestion des affaires courantes après son échec aux présidentielles de 2019, côté «As Soon As Possible», puisqu’il est sur le départ.
Les mauvaises langues aux JE de Sousse diront que s’ils avaient pris réellement conscience du vrai et nécessaire rôle de l’Etat par rapport à l’entreprise, ils seraient restés en place. On ne s’attardera donc pas sur ce que les «Has Been» et l’«ASAP» ont dit, parfois un peu trop en longueur, à propos du sujet thème des JE de Sousse.
- Le coup de gueule de Majoul envers le rôle de l’Etat
Interrogé à Sousse sur sa vision et celle du patronat tunisien des relations Etat-Utica, le patron des patrons, Samir Majoul lance, presqu’énervé, un «qu’il nous foute la paix». Ce coup de colère passé, certainement de ne pas être compris par un Etat qui tourne autour des vraies solutions pour relancer l’économie et les affaires par un secteur privé seul créateur de richesses et qui semble en véritable cabale contre les hommes d’affaires (30 accusés de corruption et grand nombre interdits de voyager), Majoul explique. «Qu’il [Ndlr : l’Etat] défiscalise l’investissement, qu’il s’occupe du secteur informel, qu’il fasse de la Tunisie le site d’investissement le plus concurrentiel dans le monde, et qu’il fasse toutes les amnisties, et en premier lieu, celle de l’économie par rapport à la politique. On voudrait moins d’Etat dans les affaires et plus d’Etat dans l’organisation, dans la décision et l’application des lois, mais aussi en les simplifiant et enfin de compte, non pour un Etat-barrière à la croissance». Plus clair que cela, tu meurs, pourrait-on dire !
- L’Etat n’a pas à faire le commerce. Il y a urgence d’un courage politique des réformes
Ferid Belhaj, vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord, répondra autrement à la question centrale des 34èmes Journées de l’Entreprise. «Le rôle de l’Etat et un rôle de régulation et d’encadrement, de facilitation. L’Etat n’a pas vocation à se substituer à l’entreprise», dit-il. Et à peine commençait-on à lui poser la question de savoir si l’Etat jouait ce rôle en Tunisie que le représentant de la Banque Mondiale martèle trois fois «non», avant de modérer un peu sa réponse. «Il n’est pas mauvais, mais il n’est pas bon non plus, car il y a aujourd’hui une série d’activités commerciales compétitives que l’Etat est en train d’accaparer, et ce n’est pas normal». Heureusement que le SG de l’UGTT Noureddine Taboubi n’était pas là !
En attendant, Ferid Belhaj pense que «les institutions financières internationales ne se départiront jamais de leurs engagements par rapport à la Tunisie, quel que soit le gouvernement. Nous continuerons aussi à conseiller le gouvernement et à lui proposer des solutions, de sorte que ses politiques soient en faveur du citoyen et d’une économie, dont le moteur premier sera le secteur privé». Le représentant de la Banque Mondiale précise à ce sujet, «un secteur privé encadré et porteur de croissance».
Interrogé ensuite sur ce qu’il conseillerait au prochain gouvernement qui sera mis en place, Belhaj n’hésite pas. «Prendre en charge, aujourd’hui et vite, les réformes importantes engagées, et avoir le courage politique de les engager, car on ne peut plus être dans une situation d’attente constante», dit le représentant de la Banque mondiale, en terminant conciliant et ouvert, par un «il n’y a pas de conditionnalité. Tout se négocie».
- Garantir un minimum de visibilité et de stabilité fiscale
Marouane El Abassi disait qu’il a le même ADN économique que son ami de classe et ancien collègue à la BM ; il ne répondra pourtant pas la même chose. «Le rôle de l’Etat pour l’entreprise est clair en Tunisie. D’abord, faire de telle sorte que l’environnement de l’investissement soit favorable à l’entreprise, avec le moins de bureaucratie possible et imaginable, beaucoup plus d’incitations positives pour les entreprises qui sont dans le secteur productif», dit en politiquement correct le Gouverneur de la BCT.
Se rappelant, ensuite, qu’il venait juste d’être questionné sur le taux d’intérêt bancaire, devenu intenable pour l’investissement, El Abassi explique que «la BCT est aujourd’hui en train d’augmenter les taux, pour cause d’inflation. Or, si on juge qu’il y a des secteurs profitables, il faudrait que ces secteurs accèdent, peut-être, à des taux d’intérêt un peu moins importants. C’est là que l’Etat pourrait intervenir, pour jouer le rôle d’incitateur à l’investissement public qui va favoriser l’investissement privé. L’Etat doit donc restructurer ses entreprises publiques pour préserver la capacité des entreprises privées à trouver normalement et sans effet d’éviction, financement sur le marché financier. L’Etat se doit, aussi et surtout, de garantir un minimum de visibilité et de stabilité fiscale pour l’entreprise et les investisseurs».
Chef de gouvernement missionné, Habib Jemli s’est rendu au chevet des sinistrés de l’accident d’Amdoun. Il n’a pas jugé nécessaire de se rendre au chevet des sinistrés de l’économie. Les entendra-t-il ensuite ?
Peut-être que oui. Jemli recevait, en effet, le 7 décembre 2019 au soir (19 H), le même Samir Majoul, une journée après son coup de gueule. Les JE, cela a somme toute du bien aussi !









