Le taux de change du Dinar s’améliore, tant par rapport à l’Euro qu’au Dollar américain. Cette amélioration n’est pas flagrante, mais se fait à petits pas et en centimes. Une amélioration qui porte le sceau de celle des déficits combinés, commercial et budgétaire. Les chiffres l’affirment et confirment son trend positif.
En effet, selon la dernière note de conjoncture de la BCT (Banque Centrale de Tunisie), «les échanges extérieurs de la Tunisie ont dégagé, à fin novembre 2019, un déficit commercial (FOB-CAF) de 17,8 milliards de dinars (cf. graph 12), en hausse de 470 MDT ou 2,7% par rapport aux réalisations d’un an auparavant. Hors énergie, le déficit commercial s’est, toutefois, rétréci à 10,8 milliards de dinars contre 11,7 milliards de dinars à fin novembre 2018».
Bémol cependant, «l’élargissement du déficit de la balance de l’énergie s’est accentué pour atteindre, à fin novembre 2019, un nouveau record de 7 milliards de dinars, après 5,6 milliards un an auparavant. Avoisinant 40% du déficit commercial global, le déficit énergétique est devenu endémique pour une économie dont le taux de croissance demeure au voisinage de 1%».
Petite note positive, cependant, «les recettes d’exportation se sont élevées, à fin novembre 2019, à 40,4 milliards DT contre 37,1 milliards une année auparavant», certainement impactées par la légère amélioration du taux de change du Dinar Tunisien (DT) qui est la monnaie officielle, et non le millime.
- Une amélioration qui porte d’abord le sceau d’une politique monétaire indépendante

Et la note de la BCT d’ajouter que «en volume, les importations ont enregistré une baisse marquante de -8,1% contre une hausse de 1% à fin novembre 2018».L’Institut d’émission attire l’attention sur le fait que «la baisse des importations de matières premières et d’intrants pour le secteur productif est inquiétante et ne présage pas d’une reprise rapide de l’activité, en perspectives».
Autre élément impactant le taux de change par la disponibilité de devises, «le regain du dynamisme, au niveau du secteur touristique, a favorisé une hausse des flux mensuels de recettes touristiques, qui ont dépassé 110 M€, au mois de novembre 2019, contre seulement 54 M€ une année auparavant». Sur l’ensemble des onze premiers mois de l’année 2019, les recettes touristiques (exprimées en euro) ont totalisé 1.611 M€ (l’équivalent de 5.250 MDT), soit le plus haut niveau enregistré depuis 2010, indique encore la BCT. De leur côté, les revenus du travail (en espèces) ont affiché, depuis le mois d’août 2019, «un dynamisme exceptionnel », estime l’institut d’émission. Leur évolution a permis d’atteindre, à fin novembre 2019, un niveau record de revenus, de l’ordre de 1.346 M€, contre 1.171 M€ un an auparavant.
C’est tout cela qui a quelque peu permis de combler le creusement du déficit commercial et impacté positivement le solde des opérations courantes. «Le solde courant s’est établi, à fin novembre 2019, à 9.040 MDT (ou 7,9% du PIB), en nette amélioration par rapport aux réalisations d’un an auparavant (10.429 MDT ou 9,9% du PIB)», précisent les chiffres de la BCT.
A fin novembre 2019, les réserves de change se sont établies à 6.624 milliards de dollars américains (ou 107 jours d’importations), en hausse de plus de 55% par rapport à la période correspondante de 2018. Début janvier 2020, les réserves représentaient même 109 jours d’importation.
Et la BCT de tirer la conclusion de l’impact direct de tous ces ratios financiers sur la valeur du DT par rapport aux principales monnaies. «Depuis le début de l’année et jusqu’à fin novembre 2019, le dinar s’est affermi de 2,6% face à l’euro et de 1% vis-à-vis du dollar américain, comparativement aux réalisations de décembre 2018 », affirme la note de la Banque Centrale.
- Nouveau gouvernement = plus de confiance des bailleurs de fonds et des investisseurs
Reste que toute amélioration ou détérioration de la valeur du DT est aussi déterminée par la situation politique dans le pays, qui impacte, à son tour, la situation économique. Une situation politique que scrute chaque jour, par exemple, le FMI. En confirmation, ce dernier avait suspendu son aide à la Tunisie, en attendant d’y voir plus clair, et plus directement, en attendant avec quel gouvernement il va devoir discuter le reste de l’aide financière qu’il devra verser à la Tunisie.
Ce qu’on remarque, si on veut aussi donner à cette légère amélioration du taux de change du DT une connotation politique (sans être nécessairement pour ou contre tel gouvernement ou tel chef de gouvernement), c’est que ce taux de change continue de remonter, tant par rapport à l’Euro qu’au Dollar américain.
En effet, selon des chiffres puisés sur des sites étrangers spécialisés, le DT qui s’échangeait le 16 décembre 2019, c’est-à-dire une journée après la prolongation donnée à Habib Jemli pour terminer la formation de son gouvernement, 2,836 USD, ne l’était plus qu’à seulement 2,7829 USD. Idem pour l’€. Le 16 décembre, le DT valait 3,1744 €. Deux jours après l’annonce officielle du gouvernement, le DT ne valait plus que 3,111 €.

L’amélioration est presque minime, mais elle y est. Force est ainsi de remarquer que le début de l’amélioration de la visibilité politique, bien que fragile, induite par l’annonce d’une entente, toute aussi fragile, sur un gouvernement, a impacté positivement la valeur de la monnaie nationale qui est le DT (et non le millime lorsqu’on dit milliard pour parler d’un million DT).
Les bailleurs de fonds et les places financières pourraient ne pas aimer Jemli, ou tout autre chef de gouvernement. Ce qui compte pour eux, c’est la visibilité que permettent la stabilité politique et la continuité de l’Etat, pour ensuite juger de la capacité du gouvernement à réaliser les réformes nécessaires pour que le créditeur redevienne bancable.
L’analyse sur un si court laps de temps, pourrait paraître biscornue, pour les adversaires de Jemli notamment. Elle reste pourtant, à notre humble avis, importante, car signifiant que le cours du DT suit aussi l’évolution de l’amélioration de la conjoncture politique qui déterminera par la suite l’évolution de la situation économique et financière. Et l’on pourrait se demander si le Dinar votera Jemli. «و لكم سديد النظر», comme dirait Hassen Zargouni de Sigma Conseil !








