Le Conseil ministériel restreint, réuni mardi 17 mars 2025 au Palais du gouvernement à la Kasbah, sous la présidence de la cheffe du gouvernement, Sara Zaafrani Zenzri, a été consacré à l’examen de la restructuration de la Société Ciments de Bizerte.
Selon un communiqué de la présidence du Gouvernement, le CMR a abordé les moyens de relancer l’investissement dans cette entreprise publique, considérée comme l’une des grandes entreprises publiques au riche passé, contribuant au développement du secteur du ciment, un secteur stratégique et vital en Tunisie.
– Un plan de sauvetage, non chirurgical, en 2 phases
La cheffe du gouvernement Zenzri a insisté sur la nécessité de soutenir la Société des Ciments de Bizerte (SCB) et d’entamer sa restructuration afin de la sauver de la situation difficile qu’elle traverse.
Elle a rappelé que lors de cette réunion, une présentation détaillée a été faite sur la situation actuelle de l’entreprise sur les plans technique et financier, ainsi que sur ses ressources humaines, son activité commerciale, son programme de restructuration, les principales réformes envisagées et son plan d’investissement structuré en trois phases. Un programme, dont le communiqué de la Kasbah ne donne presque pas de détails financiers, bien que le communiqué ne parle que de restructuration, sans préciser si elle sera financière uniquement, ou sociale aussi ! Entreprise cotée en bourse, la cheffe du gouvernement se devait, à notre sens, d’engager la direction de SCB à prendre contact avec les actionnaires de la société pour les mettre au courant de ce qui se fera et des détails de la restructuration.
On n’apprendra de ce communiqué que le fait que la restructuration se ferait en 2 phases (sans timing). La première phase vise à « relancer la production à travers la remise en service de la ligne de production du clinker, tout en maîtrisant les coûts et en réduisant le recours aux services externes. La deuxième phase portera sur l’augmentation de la capacité de production, notamment par la modernisation des équipements et l’amélioration des mécanismes d’exploitation ». Et on sait que cela nécessite beaucoup d’argent pour une entreprise en panne de finances, et qui, plus est, ordonnée de limiter le recours à l’endettement. Alors d’où viendra l’argent ? Augmentation de capital ? Du cash direct du 1er actionnaire ? Rien de tout cela n’est dit !
Quant à la troisième phase, « elle sera consacrée au développement et à la maîtrise énergétique, dans le respect des normes environnementales, ainsi qu’au renforcement de la compétitivité de l’entreprise et à la mise en place d’un système d’information intégré ». Et cela aussi nécessiterait de l’argent pour un gouvernement qui a beaucoup « d’autres chats à fouetter » plus urgents !
– Les actes « médicaux » d’urgence
À court terme, il a été préconisé de « poursuivre l’acquisition et la transformation du clinker, en veillant à maîtriser les coûts de production pour garantir la compétitivité des prix ». Or, la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a, sans injection urgente de cash pour la remettre d’abord sur pied !
Le Conseil des ministres et responsables qui ont été ce jour-là dépêchés au chevet de la SCB, se met ensuite à faire des recommandations, en utilisant des mots pompeux comme développer, ou promouvoir. Mais sans précisions ni détails. Des recommandations, comme celle de réhabiliter le transport ferroviaire pour un vieux train qui met actuellement entre 1h30 et 2h30 pour arriver à Bizerte en passant par Tinja et Mateur. Celle de la promotion de l’utilisation du ciment en vrac, à notre avis, pour un produit qui ne supporte pas ce type de distribution. Et le conseil de monter cependant sur ses grands chevaux pour proposer la création d’une filiale de vente dans la capitale et le développement des ventes dans le Nord-ouest et dans le Grand Bizerte.
À plus long terme, le Conseil a recommandé le développement de l’activité portuaire de l’entreprise qui dispose déjà d’un quai à elle seule, la diversification des produits et l’orientation vers des marchés prometteurs. Il a également appelé à « soutenir l’entreprise en préservant ses équilibres financiers ». Le Conseil ne dit cependant pas si l’actionnaire principal qu’est l’Etat, va d’abord le faire lui-même.

– Rappel de l’état de santé du cimentier « malade »
Rappelons que dans le rapport des états financiers semestriels 2025 de la société des Ciments de Bizerte, on constate que la situation de cette dernière reste précaire. En effet, le chiffre d’affaires recule à environ 18,6 MDT, inférieur à 2024, ce qui démontre que cette activité reste toujours contrainte par les difficultés de production et par un marché peu dynamique.
– Une trésorerie sous pression, et un lourd endettement
Quant à la structure des coûts, elle montre une amélioration, que le communiqué de La Kasbah juge « relativement satisfaisante », tout en pointant l’activité réduite, que la même source évite d’appeler « une optimisation, mais une sous-activité des capacités industrielles. De plus, les charges financières restent élevées (plus de 5 MDT), ce qui pèse très lourd sur la rentabilité de cette activité. De surcroît, la trésorerie reste sous tension avec un endettement bancaire important ».
Il ressort cependant de notre propre présentation, faite par nos soins à partir des chiffres officiels de la SCB, que cette activité est encore dans une phase critique caractérisée par une faible production, une rentabilité dégradée et une nécessité de restructuration profonde pour assurer sa viabilité à moyen terme.
– Une cotée qui vaut moins d’1 DT
Rappelons que le secteur du ciment, qui regroupe neuf entreprises productrices avec une capacité de production avoisinant 12 millions de tonnes, constitue un secteur clé en Tunisie, générant plus de 4 000 emplois. Il contribue également au développement économique et à l’apport en devises à travers les exportations et l’ouverture sur les marchés extérieurs.
Pour rappel aussi, la Société des Ciments de Bizerte est l’une des plus anciennes entreprises nationales, créée en 1950 sous le nom de « Ciments Portland de Bizerte », avec un démarrage de la production en 1953, avant sa nationalisation en 1959. C’est aussi une entreprise, où l’Etat est actionnaire à 79,81 % et un flottant de 20,19 %, cotée sur la bourse de Tunis, depuis octobre 2009. Introduite à 11,500 DT, et dont le papier ne vaut même plus de 1 DT (0,480 DT selon Mac Sa), pour une Capi de pas plus de 21 MDT. Juste pour la comparaison. L’autre cimentier, confisqué par l’Etat, affiche une Capi de 674 MDT !








