Selon le site « Perspectives Monde », l’agriculture en Tunisie représentait 20,8 % du PIB en 1965. Cinquante-sept ans plus tard, la VA (Valeur Ajoutée) du secteur agricole ne représentait plus que 10,09 %. Une baisse, qui se poursuivra, causée par le départ à la retraite des parents agriculteurs dans leurs propres terres, boostée par le désintérêt d’une jeunesse urbanisée devenue universitaire en désamour avec le labeur de l’agriculture.
– Un PIB non créateur d’emplois, et un taux de chômage où les diplômées sont légion
Au 3ème trimestre 2023, le PIB tunisien avait enregistré une légère hausse de 0,7 % et l’INS estime que cette année devrait se terminer avec un PIB de 0,4 %. La croissance du secteur agricole a par contre été négative de 3 %, ne représentant plus qu’une participation négative de 1,6 dans le PIB de 2023. L’INS explique ce recul par « la conjoncture climatique et la sècheresse qui sévit depuis 3 ans, ce qui a fait que la production agricole baisse, notamment pour l’olive et la céréaliculture ».
Au 3ème trimestre 2023 aussi, la répartition des actifs selon les secteurs d’activité indique que 53 % de ces actifs exercent dans le secteur des services, 20 % dans le secteur des industries manufacturières, 14 % dans le secteur des industries non manufacturières et seulement 13 % dans le secteur de l’agriculture et de la pêche. A la même date, il y avait un peu plus de 638 mille chômeurs, représentant 15,8 % de la population active. 13,4 % sont des femmes et elles sont à 32,9 % des diplômées de l’enseignement supérieur.
La conjoncture économique nationale mauvaise, avec ce taux de croissance de 0,4 % qui ne crée plus le nombre d’emplois capables de résorber les 15,8 % de chômage, la jeunesse tunisienne, et notamment les femmes, semble enregistrer un Comeback visible vers l’activité agricole.
– Des success stories d’Agripreneurs nouvelle génération qui reviennent à la terre
Cette nouvelle tendance est notamment visible dans les publications du RNPEA (Réseau National des Pépinières des Entreprises) confectionné par l’APIA dans le cadre du programme de promotion de l’investissement et de la modernisation des exploitations agricoles, et dont la page fb affiche 274 mille followers. On y découvre, surtout, des success stories d’une foule de ce qu’il est désormais convenu d’appeler des « Agripreneurs », un nouveau mot-valise qui désigne les entrepreneurs en agriculture. Des histoires de réussites, comme celle de Hajer Gharsalli native de Kasserine, en bottes ,qui travaille la terre, Fathia Ghannem de Kairouan qui a déserté les bureaux pour créer une pépinière d’oliviers et d’arbres fruitiers à Ain-Morra. Ou encore Abir Briri, native de Msaken et diplômée des beaux-arts, qui investit en propres fonds dans un projet de cultures biologiques et de valorisation des produits du terroir et qui a créé même son propre label (Be Bio). Jeune de la localité de Sahline, Mohamed Ali Sghaier et son frère, aidés par la RNPEA et force accompagnateurs professionnels et encadrants, ont mis en place une ferme pilote de production de roses. Maha Bargaoui de Siliana a lancé « Celine », sa marque propre de compote d’aubépine (الزعرور), de poires du terroir et de cerises de la région.
Le RNPEA, qui propose même une liste d’une vingtaine d’idées de projets sélectionnés par un comité régional et proposés par les jeunes du gouvernorat de Kebili dans le cadre de l’accélérateur d’entreprises réalisé en coopération entre l’APIA et la FAO à destination des jeunes de Kebili pour la valorisation des dattes, évoque aussi le projet de Khaoula Balti. Jeune femme tunisienne, originaire de Bou Salem, titulaire d’un master en valorisation des ressources végétales, cette amoureuse des plantes a pu mettre en place un projet spécialisé dans la valorisation des plantes médicinales et aromatiques et la production de nombreuses huiles essentielles et végétales et d’un groupe de produits de soins et cosmétiques naturels.
– Elles quittent le tourisme et la Belgique, pour l’agriculture en Tunisie
Ses produits sont commercialisés sous la marque tunisienne « KB Flora », marque déposée auprès de l’INNORPI, qui a même été sacrée médaille d’or au concours national des produits locaux et sa marque labélisée « Ecocert ». A Kalaa Kébira du gouvernorat de Sousse, Mona Karoui, qui était DG d’une entreprise touristique, a quitté son ancien boulot et préféré l’achat d’une oliveraie. Dans un reportage de la Wataniya, elle se compare à Elyssa et est désormais à la tête d’une oliveraie biologique de 500 arbres, et en a planté 150 autres.

On découvre aussi le jeune Mehdi Ben Hamouda de Ben Arous qui produit de la viande végétale, ou Sahar Aridhi d’Ain Drahem qui est à la tête d’une distillerie d’huiles essentielles comme l’huile de lentisque (زيت الضرو القضوم), ou encore Karima Bedoui qui revient de Belgique pour reprendre les 44 hectares d’oliviers et d’amandiers de son père, y installer une huilerie et y produire la marque « Chorbane » d’huile d’olive et d’amande biologique.
Autant de success stories racontées par la RNPEA, qui confirment cette tendance de la jeunesse tunisienne, et surtout les femmes, qui signent chaque jour un retour raisonné vers une agriculture plus innovante. Une tendance, qui rompt d’abord avec une jeunesse orientée Instagram et métiers scientifiques pour une jeunesse qui n’attend pas le boulot de fonctionnaire, qui raisonne Out-Of-The Box, innove et redonne ses lettres de noblesse à ce secteur-clé de l’économie tunisienne qu’est l’agriculture.








