Alors que les indicateurs de l’Instance Nationale des Télécommunications (INT) montrent une Tunisie qui court vers la 5G, le secteur du leasing, poumon du financement des PME, semble paradoxalement ralentir sa course. Le dernier rapport de MAC SA révèle un secteur en « bonne tenue », mais dont les fondations structurelles s’effritent. Entre l’abandon de l’industrie au profit de l’automobile et un effet de « ciseau financier », le leasing tunisien traverse une zone de fortes turbulences.
– Un dynamisme en trompe-l’œil
En 2025, les mises en force ont atteint 2 533,8 MDT, affichant une croissance de 6,2 %. Si le chiffre paraît positif, il n’en cache pas moins un essoufflement marqué : la croissance était de 14 % en 2023. Le rapport est catégorique : « Ce ralentissement s’explique principalement par la baisse du volume d’investissements des entreprises ».
– L’investissement productif en « Zone Noire »
Le point le plus alarmant de cette analyse réside dans la nature même de ce qui est financé. La Tunisie semble délaisser son outil industriel. Le ratio de la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF/PIB) est en chute libre, attendu à 14,9 % en 2025 contre 16,3 % en 2022.
Cette défaillance transforme le leasing en un simple financeur de flottes de véhicules. Le rapport note avec sévérité que « la part du matériel spécifique, indicateur clé de l’investissement industriel, s’est nettement contractée au profit du matériel roulant ».

Visualisation : La fracture entre l’investissement industriel (20%) et le matériel roulant (80%).
Cette hyper-concentration sur l’automobile (75 % à 80 % de la production) crée une vulnérabilité directe. Le secteur se retrouve « exposé aux tensions d’approvisionnement affectant l’industrie automobile », provoquant un « manque d’actifs à financer ».
Le « Ciseau Financier » et la pression réglementaire
Au-delà de l’objet financé, c’est la rentabilité même des opérateurs qui est sous pression. On observe un effet de ciseau inquiétant : les charges d’exploitation (+9,5 %) progressent plus vite que le Résultat Brut d’Exploitation (+8,5 %).
Cette hausse des coûts est notamment due à la loi n°2025-9 relative aux contrats de travail, qui a imposé une « restructuration de certaines charges de personnel, pesant temporairement sur les coûts opérationnels ».
Enfin, la qualité des actifs reste une « zone noire ». Les engagements classés ont progressé de 4,1 % pour atteindre 434,2 MDT. Avec un taux de créances non performantes de 8,8 %, le secteur est sous la menace directe de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), qui exige un retour sous les 7 % d’ici fin 2026.
– Conclusion : L’urgence d’un redressement
L’année 2026 s’annonce comme celle de tous les dangers. Si le leasing veut rester un moteur de l’économie tunisienne, il ne peut se contenter de financer des véhicules de fonction. Le rapport conclut que l’avenir du secteur reste strictement « tributaire d’un redressement de la Formation Brute de Capital Fixe ». Sans une reprise massive de l’investissement dans les machines et l’industrie, le leasing risque de n’être que le spectateur d’une économie qui stagne.
– Analyse des forces en présence
Le Poids Lourd (Tunisie Leasing) : Elle reste l’indétrônable leader en volume avec 20 % du marché. C’est la valeur de « fond de portefeuille » par excellence, avec la plus grosse capitalisation boursière du secteur (446 MDT). Sa croissance est plus sage, signe d’une maturité avancée.
L’Agile (ATL Leasing) : C’est le meilleur compromis entre croissance (+8,2 %) et rentabilité. Elle surperforme le leader en termes de dynamisme commercial et offre un rendement boursier très attractif de 4,90 %.
Le Challenger (Hannibal Lease) : L’inclusion de HL change la perspective. Bien que plus petite en taille (9,8 % de part de marché), elle affiche la plus forte croissance de ce trio (+11,4 %). Elle se distingue surtout par son attractivité pour l’actionnaire avec un Dividend Yield de 6,90 %, le plus élevé des trois, et une valorisation boursière (P/BV de 0,76) qui suggère que le titre est encore sous-évalué par rapport à ses fonds propres.
– L’épée de Damoclès de la BCT
Enfin, la qualité des actifs reste préoccupante avec un taux de créances classées de 8,8 %. La Banque Centrale de Tunisie (BCT) exige désormais de « ramener ce ratio sous la barre des 7 % à l’horizon 2026 ». Sans une reprise massive de l’investissement industriel, le secteur risque de rester confiné à un rôle de simple loueur de voitures, loin de sa mission de développement économique.
– La Défaillance de l’Investissement
Le rapport souligne que la part du matériel spécifique « s’est nettement contractée ».
Chiffre Clé : 80 % de l’activité est désormais du « Matériel Roulant », rendant le secteur « exposé aux tensions d’approvisionnement » automobile.
– L’Effet de Ciseau
Les charges d’exploitation (+9,5 %) montent plus vite que les revenus (+8,5 %).
La Cause : La loi n°2025-9 a forcé une « restructuration de certaines charges de personnel ».
Le Risque : Un taux de créances classées de 8,8 % alors que la BCT exige de descendre sous les 7 %.

L’analyse comparative de Tunisie Leasing (TL), ATL Leasing et Hannibal Lease (HL) met en évidence trois acteurs importants du secteur tunisien du leasing, partageant un même environnement économique contraint mais présentant des profils de performance et de positionnement relativement différenciés.
- Un leadership clair de Tunisie Leasing
Tunisie Leasing conserve une position dominante dans le secteur. Avec 350 MDT de mises en force et 20 % de part de marché, la société confirme son statut de leader. Ce positionnement se reflète également dans son Produit Net de Leasing (PNL) de 78,5 MDT et un résultat net estimé à 34 MDT en 2025, nettement supérieur à ses concurrents.
Le principal point fort de TL réside dans sa taille critique et dans la profondeur de son portefeuille. Cette dimension lui permet d’absorber plus facilement les fluctuations conjoncturelles et de maintenir une rentabilité solide. Toutefois, cette position dominante s’accompagne d’une croissance plus modérée : la progression des mises en force est limitée à +5,6 %, inférieure à celle de ses concurrents. Cela peut s’expliquer par un effet de base plus élevé et une stratégie plus prudente dans un contexte économique incertain.
En termes d’attractivité boursière, TL affiche également un Dividend Yield relativement faible (2,8 %), ce qui peut traduire une politique de distribution plus conservatrice.
- ATL Leasing : un profil équilibré
ATL Leasing occupe une position intermédiaire solide dans le secteur. Avec 283,5 MDT de mises en force et 16,2 % de part de marché, la société se situe clairement parmi les leaders du marché.
La croissance de l’activité est plus dynamique que celle de Tunisie Leasing, avec +8,2 % de progression des mises en force, ce qui témoigne d’une stratégie commerciale relativement active. Sur le plan financier, ATL dégage un Produit Net de Leasing de 55,2 MDT et un résultat net estimé à 21,5 MDT.
L’un des points forts d’ATL est son rendement attractif pour les investisseurs, avec un Dividend Yield de 4,9 %, nettement supérieur à celui de Tunisie Leasing. Cela peut refléter une politique de distribution plus généreuse ou une valorisation boursière plus modérée.
Cependant, ATL reste structurellement moins diversifiée et moins puissante financièrement que TL, ce qui peut limiter sa capacité à absorber des chocs économiques majeurs.
- Hannibal Lease : la dynamique de croissance
Hannibal Lease présente un profil sensiblement différent. Avec 171,4 MDT de mises en force et 9,8 % de part de marché, la société reste de taille plus modeste que ses deux concurrents. Néanmoins, elle se distingue par la croissance la plus rapide du trio, avec +11,4 % de progression des mises en force.
Cette dynamique indique une stratégie de conquête de marché, probablement orientée vers de nouveaux segments ou vers une expansion commerciale plus agressive.
En revanche, cette taille plus réduite se traduit par des indicateurs financiers plus modestes : 36,9 MDT de Produit Net de Leasing et 10,8 MDT de résultat net estimé.
Le principal atout d’Hannibal Lease réside dans son rendement boursier élevé (6,9 %), qui peut attirer les investisseurs à la recherche de revenus. Toutefois, cette performance peut aussi refléter un niveau de risque perçu plus élevé, lié à sa taille plus limitée et à une sensibilité potentiellement plus forte aux cycles économiques.
- Similitudes structurelles
Malgré leurs différences, les trois sociétés partagent plusieurs caractéristiques. Elles évoluent dans un secteur globalement résilient, où la demande reste soutenue par les besoins d’investissement des entreprises, notamment dans le matériel roulant, segment devenu dominant dans le leasing tunisien. Elles affichent également une rentabilité positive et une croissance des mises en force, signe d’une activité encore dynamique malgré un contexte macroéconomique contraint.
- Une hiérarchie claire mais des stratégies différentes
En résumé, Tunisie Leasing domine par la taille et la rentabilité, ATL se distingue par un profil équilibré entre croissance et rendement, tandis que Hannibal Lease mise sur une stratégie de croissance et d’attractivité boursière. Cette diversité de profils reflète les différentes stratégies adoptées par les acteurs du secteur pour naviguer dans un environnement économique marqué par des contraintes de financement et un ralentissement de l’investissement.








