Un début d’année 2022, qui se vérifie être difficile pour les Tunisiens. « Ces dernières semaines, force est de constater que certains commerces se sont retrouvés dans une situation d’épuisement des stocks de plusieurs produits de première nécessité », comme ont pu le confirmer même le service économique de l’ambassade de France en Tunisie.
Les consommateurs tunisiens, à Tunis comme à l’intérieur du pays comme nous avons pu le constater à Sousse par exemple, devaient faire le tour de plus d’un petit et moyen commerce, pour s’approvisionner en sucre, semoule, farine, huile, etc.
Avec une consommation moyenne par an et par personne de 74 Kg de pain selon des chiffres de l’INC, le pain en deviendrait désormais presque une peine, tant pour le consommateur que pour gouvernement importateur de blé tendre notamment, où l’office des céréales n’avait récolté jusqu’à fin juillet 2021, que 0,2 million de quintaux contre 7,9 MQ en blé dur et 0,3 MQ en orge.
Plusieurs causes à ce problème. En plus de la conjoncture conflictuelle internationale (Guerre de la Russie contre l’Ukraine), il y a tout, d’abord, le fait que « la Tunisie fait face à de réelles difficultés d’approvisionnement en blé dur et tendre (essentiels à la fabrication de farine et de semoule) », remarque aussi le service économique de l’ambassade de France en Tunisie dans une récente publication. Et la même source de confirmer encore ce qu’on sait à travers différents accidents de céréaliers restés à quai à Radès, que « ces difficultés sont à la fois liées à la situation budgétaire tendue de l’Etat et à l’incapacité de l’Office National des Céréales à payer les fournisseurs avant les livraisons » comme en décembre 2021, rappelant qu’en ce mois-là, six bateaux chargés de blé étaient en rade dans les ports de Radès, Sfax et Gabès, attendant d’être payés pour pouvoir livrer la marchandise.
– La Tunisie, tout petit producteur de blé tendre pour le pain

Jusque-là, le gouvernement tunisien reste rassurant, affirmant que « les stocks actuels de céréales couvrent les besoins jusqu’à fin juin 2022 pour le blé tendre », et mai pour le blé dur et l’orge qui sert d’aliment de bétail. Il n’en reste pas moins vrai que l’approvisionnement en blé est aussi impacté par la hausse des prix du transport qui se répercute sur le prix du blé, dans un contexte de reprise économique mondiale, et pourrait être aggravé par la crise entre Ukraine et Russie, parmi les principaux fournisseurs de blé du pays.
En effet, la Tunisie est très dépendante des importations, puisqu’elle produit moins de la moitié de ses besoins nationaux, en raison de la baisse de la productivité du secteur agricole et des impacts du changement climatique sur la production. En 2021, elle a importé 3,7 M de tonnes de céréales ; le blé représentait la moitié de ce montant. Plus particulièrement, le blé tendre qui sert à la fabrication du pain ordinaire qui est subventionné, dont 80 % est importé d’Ukraine où il est le moins cher pour la caisse de compensation, selon le président de Conect-Agri Béchir Mestiri. Et il est ainsi attendu que cela impacte la caisse de compensation et déstabilise l’actuel budget tunisien, construit sur des prévisions de prix nettement moins élevés.
– Les boulangers se prennent pour des « baguettiers »
Force est aussi de remarquer, comme même l’ambassade de France le fait, que « la situation pourrait être aggravée par l’existence de défaillances dans les circuits de distribution, tels que d’éventuels comportements de stockages spéculatifs ou de contrebande de produits de base subventionnés ».
Et il n’est pas non plus inutile de remarquer que les fabricants de la baguette en Tunisie, se prennent de plus en plus pour des Baguettiers (Ndlr : Fabricants de petits bijoux et de babioles). Dès le début de l’année, le prix de la baguette de pain en Tunisie augmente de 0,06 DT (Un chiffre d’affaires qui augmente de presque 500 mille DT/Jour pour un pays qui fabriquerait 7 millions 50/50 entre baguettes et gros pains). Et alors que le ministère tunisien du Commerce ne cessait de répéter que les prix n’ont pas été augmentés, les contrôleurs économiques expliquent que l’augmentation était le fait de boulangeries qui n’achetaient plus la farine compensée. Et on remarquera ensuite que le nombre des boulangers qui affirment ne plus fabriquer leur pain avec de la farine compensée, augmentent et que le prix de 0,250 DT pour la baguette devient une évidence par tous acceptée. Ceci a été même confirmé par le ministère tunisien du Commerce (ar).
– Le pain, une affaire de pouvoir et une donnée qui peut renverser des gouvernements
C’est dans cette optique que le président Saïed s’est engagé à « lutter contre les spéculateurs », même dans le secteur des médicaments, où on a pu dernièrement observer des difficultés de trouver certains médicaments vitaux.
Un décret devrait être promulgué pour tenter de réguler les circuits de distribution. Le chef de tout l’Etat tunisien l’a encore rappelé lors du dernier Conseil des ministres, mais son contenu reste pour l’instant inconnu) et que les saisies de marchandises et les descentes dans les entrepôts par le ministère de l’Intérieur se sont multipliées (près de 1000 tonnes de produits subventionnés auraient été saisies ces deux dernières semaines). Aux dernières nouvelles (ar), c’est une descente du Contrôle économique, sur une chambre froide contenant plus de 8 MDT en produits agricoles.
« La Tunisie a déjà connu plusieurs mouvements sociaux dont le déclencheur était la pénurie de produits alimentaires », remarquait aussi l’ambassade de France en Tunisie.
On rappelle à ce propos que ce sont lesdites « émeutes du pains », qui avaient précipité la chute du régime de Bourguiba, malgré l’abandon par Bourguiba des augmentations du prix du pain, alors décidées par le premier ministre Mohamed Mzali. Ce dernier sera d’ailleurs remplacé par Rachid Sfar en juillet 1986. Et c’est l’arrivée de Zine El Abidine Ben Ali en octobre de la même année qui précipitera presqu’un mois après en novembre, la prise du pouvoir sur coup d’Etat médical de Z.A.B.A.
Un vieil adage tunisien dit qu’on ne doit pas jouer avec le pain des autres. Une veille pratique que nous apprenaient nos parents, c’est de ramasser tout bout de pain jeté par terre, de l’embrasser en demandant pardon, et de le ranger !








