Le président et le parlement, « des perplexités inévitables » !

Le président et le parlement, « des perplexités inévitables » !

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Totalement indéchiffrable il n’y a pas longtemps, le désormais huitième président de la République tunisienne, en incluant les épisodiques et les intérimaires, Kais Saied, commence à livrer quelques unes des clés de lecture de ce qu’il est et de ce qu’il projette de faire. Ce ne sera pas une sinécure s’agissant d’un sexagénaire professeur de Droit, illustre inconnu sauf pas ses doctes analyses juridiques dans les amphithéâtres et quelques plateaux de télévision, devenu en un tournemain « l’idéal tunisien de ce que devrait être la classe dirigeante », comme le décrit le site des analystes universitaires « The Conversation ».

Il y est présenté sous les traits d’une « version du réformiste tunisien, un stéréotype politique qui fait depuis longtemps partie intégrante de l’identité tunisienne ». « Et dans son projet politique mal défini, il envisage de modifier le système politique tunisien en décentralisant ses structures du pouvoir et en introduisant plus de démocratie directe ». Ce sera une tâche ardue qui tentera d’inverser un processus de centralisation qui dure depuis plus de 500 ans, est-il estimé.

Dans le même temps, ses opinions dans les récents débats publics ont « sidéré de nombreux Tunisiens modérés », en particulier lorsqu’il a affirmé qu’il ne tenait pas en haute estime l’idée de l’égalité entre hommes et femmes, ou lorsqu’il a rejeté les questions sur les droits des minorités.

« Ces contradictions créent des perplexités inévitables, surtout lorsque les deux institutions élues en Tunisie – le parlement et le président – semblent avoir deux projets politiques différents et parfois diamétralement opposés », note « The Conversation ».

Le binôme insécurité-corruption

Saied prend la tête d’un pays confronté à un avenir compliqué où les groupes extrémistes continuent de menacer les étrangers et les intérêts nationaux tunisiens, où l’instabilité des frontières met à rude épreuve les forces de sécurité, tandis que les manifestations sociales, souvent spontanées, continuent d’affecter la vie, en particulier dans la capitale, Tunis. Ce sombre tableau le sera encore plus avec des familles qui continuent de s’endetter et d’avoir recours aux prêts pour sauver la mise, alors que beaucoup pensent que les sommes englouties dans les palais ou les constructions luxueuses et de prestige, seraient mieux investies dans les industries du bâtiment.

Une configuration qui recoupe une enquête de Transparency International publiée en août 2019, où 67% des Tunisiens estiment que la corruption s’est aggravée l’année dernière. Cette tendance à l’enrichissement des élites des décennies durant et s’est accentuée sous la présidence de Zine El Abidine Ben Ali sans devoir disparaître depuis, rappelle « The Conversation ».

De nombreux politiciens tunisiens négligent les questions économiques et sociales qui touchent le pays. Il est inquiétant de constater que la classe politique est incapable de transformer les besoins de la population en véritables politiques. Les Tunisiens ne sont plus disposés à se laisser acheter par des politiques à court terme, telles que l’augmentation des salaires et des pensions qui a eu lieu à la veille de ces élections, affirme le même site.

Affranchir le pays de son passé !

Les élites politiques continuent de mettre l’accent sur la nécessité de soutenir la démocratie en Tunisie parce que c’est ce dont l’Europe a besoin et ce qu’elle attend. Selon cet argument, l’équation est simple. La pauvreté et le chômage produisent inévitablement le terrorisme et l’émigration, et si l’Europe ne veut pas accueillir des groupes d’immigrés et ne veut pas être lésée par le terrorisme, elle devrait offrir la possibilité de stabiliser la démocratie tunisienne par une économie forte.

C’est une logique que d’anciens gouvernants avaient utilisée pour obtenir un soutien économique et politique. Après la chute de Ben Ali en 2011, il y a eu une redistribution du pouvoir au sein du système avec la création de nouveaux bastions du pouvoir par de nouveaux groupes de pression émergents, affirme encore « The Conversation » qui souligne que «  c’est peut-être une question à laquelle Saied devrait accorder la priorité ».

« Pour l’instant, il est difficile de prédire si le nouveau président pourra véritablement émanciper la Tunisie de son passé, révolutionner le système politique et modifier ses structures de pouvoir en s’éloignant des groupes de pression », conclut « The Conversation ».

LM

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