AccueilLa UNELe sort de l’expérience démocratique est en jeu

Le sort de l’expérience démocratique est en jeu

Le sort de la Tunisie est en jeu et son expérience démocratique risque de s’effriter. Une crainte exprimée par un parfait connaisseur du pays, et auteur du livre « Tunisia, an Arab anomaly », (La Tunisie, une anomalie arabe), Safwan Masri, et relayée par le Financial Times.

C’est que huit ans après la fin du régime de Ben Ali, les Tunisiens ont la liberté et la démocratie, mais toujours pas assez de pain. Frustrés par la lenteur des réformes économiques, les électeurs ont puni le mois dernier les sortants et les compromis qui ont dominé la première phase de la démocratie.

Au premier tour des élections présidentielles, deux « anti-establishment » sont apparus comme les principaux candidats : Kais Saied, professeur indépendant de droit constitutionnel, et Nabil Karoui, magnat flamboyant des médias qui mène une campagne populiste depuis la prison, où il attend son procès pour fraude fiscale et blanchiment d’argent.

Des visions d’avenir très divergentes. Saied veut réécrire la constitution pour donner plus de pouvoir aux conseils locaux. Il s’oppose aux récentes propositions de réforme progressive visant à abroger les lois sur l’héritage de la charia qui punissent les veuves et les filles, et à démanteler les lois qui punissent sévèrement les activités homosexuelles, souligne l’auteur. Karoui, l’homme d’affaires emprisonné, est par tempérament plus autoritaire que socialement progressiste. S’il gagnait, il serait susceptible de consolider des pouvoirs plus importants au sein de la présidence, ajoute-t-il.

Transition encore possible

Toutefois, la transition de la Tunisie vers une démocratie stable et mûre est encore possible si les électeurs et les dirigeants de la nation adoptent l’idée que la démocratie est désordonnée, imprévisible et parfois antagoniste. Mais, prévient-il, les principaux candidats à la présidence, qui n’ont aucune expérience préalable du gouvernement, devront faire preuve de tolérance face à l’incertitude.

La Tunisie est le seul pays où la démocratie survit, avec des élections libres et équitables. Mais le produit intérieur brut par habitant reste inférieur à 3 500 $, le coût de la vie est en forte hausse et les taux de chômage demeurent inacceptables. S’ils sont forcés de choisir, de nombreux électeurs sont susceptibles d’opter pour l’alimentation littérale de la stabilité économique plutôt que pour l’alimentation intellectuelle offerte par John Locke ou Thomas Jefferson.

Risque d’actions « désespérées »

L’avenir de la fragile démocratie tunisienne se trouve avant tout entre les mains des Tunisiens. Mais les hommes forts des Etats du Golfe continueront à rivaliser d’influence, à travers les investissements étrangers et le soutien financier direct aux partis politiques internes tunisiens. Personne ne serait plus enchanté si le pays sombrait dans le chaos après les élections, soutient Safwan Masri.

L’Occident peut aider par le biais d’investissements. Mais il faut transcender les pratiques passées, qui ont vu les régions côtières s’accaparer l’essentiel des financements du FMI, de la Banque mondiale et d’autres institutions. Cela doit changer ou les citoyens privés de leurs droits à l’intérieur du pays pourraient être incapables de résister à l’attrait d’actions désespérées. L’Occident devrait également reconnaître que l’une des populations les plus instruites du monde arabe est avide de partenariats. Ils sont dans une position unique pour créer des emplois, échanger des connaissances et contribuer au développement et à la stabilité à long terme. Les Tunisiens aspirent à la démocratie, mais ils exigent du progrès. Nous devrions vouloir la même chose, conclut Safwan Masri.

- Publicité-

1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour l’analyse. Cependant l’aspiration des Tunisiens à respirer le vrai air de la démocratie, à gouter à la liberté responsable et au développement intégral et durable du pays est une vérité visible chez nous. Nous sommes actuellement devant deux candidats, se prétendant anti systèmes 1956-2019.
    Nous sommes devant deux défenseurs des deux capitaux essentiels pour tout développement de l’humanité à savoir le capital humain et immatériel et le capital financier et matériel. Les personnes riches par les deux capitaux à la fois présentent un faible pourcentage dans notre population..En effet, il est question d’opportunités à saisir et de temps à consacrer à la collecte et à l’augmentation de l’un des capitaux et très difficilement pour les deux.
    Pour notre cas, les intellectuels sont plus pauvres matériellement que les autres. Il est facile de comparer les artistes, les écrivains, les journalistes, les enseignants (toutes catégories) les chercheurs universitaires, et une bonne parties des professions libérales, avec ceux qui manipulent plus les pouvoirs financiers (parfois étayés par la politique), tels que commerçants, intermédiaires, promoteurs toutes spécialités, politiciens et agents de l’administration opportunistes et hors la loi, etc.
    Ainsi, les Tunisiens se trouvent devant, soit une personne sans aucun casier négatif et appartient au groupe des capitaux intellectuels et immatériel, soit une autre avec un casier judiciaire à éclaircir et appartenant plus aux capitaux financiers et matériels.
    Les points forts du premier se basent sur la similitude d’idées et d’objectifs de plusieurs jeunes et moins jeunes qui n’ont peur de rien, ont peu de choses à craindre et sont presque tous à puissances financières faibles mais avec une puissance intellectuelle redoutable et même capables d’offrir leurs énergies bénévolement.
    Les points forts du deuxièmes sont l’élégance, la bonne présentation, la professionnelle communication, la richesse matérielles par rapport au premier avec aussi l’appui sur des éléments intellectuels pouvant intervenir en sa faveur contre honoraires.
    Les deux candidats ciblent les classes pauvres et moyennes et se rejoignent au niveau de la réduction de la pauvreté et de l’endettement avec deux stratégies différentes.
    Le premier compte sur des personnes actives avec un mental participatif pour créer des richesses à partir de projets réfléchis émanant de la base
    Le deuxième compte sur les richesses existantes et à créer pour venir en aide à des populations passives réceptrices d’aides et qui ne sont pas gênées d’être montrées aux TV et de servir d’outil publicitaire.
    Les deux sont inconnus politiquement et sont convoités par les divers opportunistes partis politiques qui veulent exploiter leurs victoires.
    Dans ce cas et pour bien servir le pays, les médias publics sont responsables de l’éveil de l’attention des électeurs à partir des informations qu’ils diffusent par leurs moyens sans contraster les imperfections ni les perfections de l’un et de l’autre. La guerres des médias est aussi nouvelle chez nous que la démocratie.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -