Le Taux Moyen du Marché Monétaire (TMM) a franchi un seuil symbolique en s’établissant à 6,99 % en février 2026. Ce repli, inédit depuis 2022, promet d’alléger la charge de la dette pour les ménages et de redonner des marges de manœuvre aux entreprises dans un contexte de baisse de l’inflation (pour ne pas dire désinflation, puisque la BCT qui est toujours en charge de la maitrise de l’inflation, n’a jamais voulu fixer de Target en matière d’inflation) confirmée par les chiffres.
Toutefois, si la baisse du TMM est une étape nécessaire, la reprise durable de l’investissement dépendra également de la levée des barrières structurelles et de la stabilité du cadre réglementaire pour le reste de l’année 2026.
C’est bel et bien un plancher historique sur les quatre dernières années ! Après avoir culminé à 8,05 % en mars 2023, le TMM poursuit sa décrue. C’est la première fois que cet indicateur repasse sous la barre des 7 % depuis octobre 2022. Ce mouvement fait suite à la décision de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) d’abaisser son taux directeur à 7 % fin décembre 2025, portée par un recul de l’inflation à 5,4 % sur l’année 2025. Cette dernière s’est d’ailleurs repliée à 4,8 % en janvier 2026, après une stabilisation à 4,9 % au cours du dernier trimestre 2025.
- Vers un allègement des crédits aux particuliers et une relance de l’immobilier ?
Pour les particuliers, cette baisse est cruciale. Elle devrait entraîner un allègement automatique des mensualités pour les crédits à taux variable (consommation et habitat). À cet égard, la BCT et les banques de la place devront faire preuve de pédagogie pour expliquer l’application effective de cette baisse et éviter les doutes chez les citoyens.
Le secteur immobilier, particulièrement sensible aux fluctuations du TMM, attend un signal fort. En 2025, les crédits au logement ont enregistré un recul historique (une première depuis 2011), les ménages privilégiant les petits crédits de rénovation face à l’érosion de leur capacité d’endettement. Le passage sous les 7 % pourrait ainsi réactiver le « rêve immobilier » et faciliter l’accès à la propriété.
- Desserrer l’étau financier sur les entreprises
Le secteur productif, dont l’encours de crédits dépasse les 90 milliards de dinars, voit enfin ses coûts d’exploitation diminuer. C’est un signal de bon augure : avec la réduction des charges financières, les entreprises privées — dont le financement est resté atone en 2024 — pourront assainir leurs bilans, souvent alourdis par des frais financiers qui consument une part importante de leur trésorerie.
Par ricochet, l’investissement privé pourrait bénéficier d’une bouffée d’oxygène salvatrice. Un coût de l’argent plus attractif est indispensable pour contrer « l’effet d’éviction » observé ces dernières années, où le financement des entreprises publiques a souvent primé sur celui du secteur privé.
Cette nouvelle donne fait espérer un rééquilibrage dans la répartition des crédits. Les données montrent que les banques sont restées sélectives fin 2025, le fossé entre la croissance des dépôts et celle des crédits reflétant une prudence persistante.
- Levée des barrières structurelles : un impératif pour l’investissement
Certes que la baisse du TMM réduit le coût du capital. Néanmoins, elle ne suffit pas à elle seule à relancer l’investissement privé, notamment de manière durable. La reprise dépendra de la levée de barrières structurelles majeures. Parmi celles-ci figurent la nécessité de stabiliser le cadre réglementaire et de faciliter l’accès au financement pour les PME, dont les concours bancaires sont restés atones. L’efficacité de certains instruments de politique monétaire reste liée à la capacité de l’économie à absorber les fonds dans des projets productifs plutôt que dans la consommation. En outre, le développement de mécanismes de garantie, demeure essentiel pour réduire le profil de risque des entreprises et encourager les banques à desserrer leur sélectivité.
Tout un chantier. Alors que la Tunisie tourne, encore, le dos au Fonds Monétaire International (FMI). Le pays préfère articuler seul ses réformes structurelles. Mais, à voir de près les retombées actuelles de la réforme des chèques ou, plus récemment, celle de la généralisation de la facture électronique militent vers une consolidation de la coopération technique avec les institutions internationales, ne serait-ce que pour bénéficier d’un soutien opérationnel et de transfert de connaissances.








