Demande croissante, offre stagnante, voire en régression faisant craindre un rationnement systématique, des prévisions météorologiques à long terme qui ne sont pas rassurantes, des canalisations vétustes, des protestations récurrentes contre des coupures intermittentes de l’eau de robinet, voilà comment certains résumeraient, avec raison d’ailleurs, la situation de l’eau, en ce moment, en Tunisie.
Le sujet a été évoqué, officiellement, au plus haut niveau, pas plus tard que jeudi 1er septembre, au cours de la séance de travail ayant groupé la cheffe du gouvernement, Najla Bouden, la ministre des Finances, celle du Commerce et le ministre de l’Agriculture, de la pêche et des ressources hydrauliques et portant principalement sur la préparation du budget de l’Etat pour 2023.
Un point de presse avait été également consacré à la problématique de l’eau dans le pays durant la saison estivale, le 2 août dernier, sous la présidence du ministre de l’Agriculture, de la pêche et des ressources hydrauliques qui n’avait pas caché les nombreux défis auxquels est confrontée la Tunisie dans ce domaine, mais les politiciens préfèrent toujours insister sur les actions de résilience et de lutte prévues nonobstant leur efficacité réelle, à l’instar de la vétusté des canalisations longues de près de 59 mille kilomètres. D’après le ministre, la SONEDE (Société nationale d’exploitation et de distribution de l’eau) procède annuellement à la pose de 700 km de canalisations dont 200 km à titre de renouvellement du réseau.
Or, il n’y a pas que les officiels qui soient « optimistes ».
Récemment, des commentateurs d’articles de presse électronique ont condamné vivement l’auteur d’un article au ton alarmiste sur l’eau en Tunisie, inspiré, à vrai dire, de rapports d’Instances internationales.
Nouveau Code des eaux
Justement, en se référant aux rapports, études et leurs exploitations médiatiques concernant l’eau en Tunisie, on croirait que la Tunisie est exposée, sans cesse, à la soif, ce qui ne correspond nullement à la réalité.
La Tunisie dispose d’importantes ressources naturelles en eau (précipitations, nappes phréatiques), est dotée de nombreux ouvrages hydrauliques (barrages, lacs collinaires, puits artésiens) et est équipée d’un vaste réseau de distribution de l’eau potable et de l’eau d’irrigation, desservant l’ensemble du territoire.
Officiellement, sur près de 11 millions d’habitants que compte la Tunisie, seulement 200 mille personnes n’ont pas encore d’accès direct à l’eau potable de robinet. Le taux d’accès à l’eau potable est 100% en milieu urbain.
Il faut ajouter un bon nombre de sources d’eaux minérales exploitées sous forme de concessions par des sociétés privées. Les Tunisiens, du moins dans les grandes villes, préfèrent boire plutôt de l’eau minérale mise en vente en bouteilles par ces sociétés.
Aussi, des représentants influents de la société civile s’intéressant à la question de l’eau, estiment que le problème de l’eau, en Tunisie, est une affaire de gestion, c’est à dire que s’il y a une crise de l’eau, elle est le résultat d’une mauvaise gestion des ressources naturelles en eau.
C’est l’avis de l’association « Nomade 08 » et l’Observatoire tunisien de l’eau, deux ONG très actives et très écoutées en matière d’eau en Tunisie. Elles ont préconisé, entre autres solutions, la création d’une Instance publique autonome chargée de la gestion de l’eau, à la place du ministère de l’Agriculture, de la pêche et des ressources hydrauliques, ainsi qu’une Agence nationale de gestion de l’eau dans les zones rurales.
Cette dernière suggestion relative à l’Agence de gestion de l’eau dans les zones rurales a été retenue dans le projet du nouveau Code des eaux qui attend d’être adopté depuis 2018.
Malgré certaines lacunes comme le risque de conduire à une privatisation de l’eau en Tunisie, relevé par les deux ONG citées, le projet du nouveau Code de l’eau apporte beaucoup d’améliorations en la matière, comme la lutte contre la surexploitation de la nappe phréatique par les forages anarchiques. Des spécialistes estiment que la nappe saharienne tunisienne est beaucoup plus importante que les études le donnent, mais ces forages anarchiques favorisés par la multiplication de sociétés qui les forent, constituent un réel danger dans ce domaine. La région des oasis au Sud commence à en ressentir sérieusement les effets négatifs.
D’après le ministère de l’Agriculture, la régression des ressources hydrauliques dans les barrages, entre autres, enregistrée, ces derniers temps (taux de remplissage ne dépassant pas 45%), est une conséquence de la sècheresse persistance et des changements climatiques, ce qui reste à vérifier. La Tunisie a toujours été ainsi, aride et semi aride, dans une grande partie, disent les spécialistes, de sorte que la gestion est certainement pour quelque chose en ce qui concerne la problématique de l’eau, en ce moment, dans le pays.








