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« L’économie dans une crise inédite. Nous ne décidons plus de rien, alors évitons les tensions politiques » inutiles

AFC*

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Alors que l’économie tunisienne accumule des déboires depuis une décennie, la pandémie de la COVID-19 a aggravé la situation. En effet, la machine économique est complètement à l’arrêt, comme en témoigne les importations des biens d’équipement et des produits semi finis qui ont atteint des niveaux très faibles au cours du mois de janvier 2021. Le déficit commercial s’est en effet réduit à la fin du mois de janvier à un niveau de 792 millions de dinars enregistrant une contraction des importations (-10,1%) plus prononcée que celle des exportations (-7,9%) par rapport à la même période de l’année dernière.

Quant au déficit budgétaire (hors privatisation, dons et revenus de confiscation), il a atteint à la fin des onze premiers mois de l’année 2020 un montant de 7,1 milliards de dinars contre 3, 7 milliards de dinars un an auparavant.  Ce creusement intègre l’effet conjugué de la hausse des dépenses de l’Etat et la baisse de ses ressources propres. Pendant cette période, les dépenses de l’Etat (hors service de la dette) ont enregistré une hausse de 3% provenant essentiellement de la progression de la masse salariale de 13%  qui a  été partiellement estompée par des réductions généralisées des autres dépenses de l’Etat (dont notamment les dépenses d’équipement (-6%) et de compensation des carburants (-63%)). Au niveau des ressources de l’Etat, les recettes fiscales et non fiscales se sont contractées respectivement de 6% et 10%.

Du point de vue de la croissance, l’économie tunisienne semble être piégée dans une zone de croissance faible, voire nulle. Un tel rythme et les tensions sociales risquent d’être de plus en plus fréquentes mettant en péril la stabilité du pays.

  • Le juridisme poussé à son extrême est un luxe que nous ne pouvons pas nous payer

Rien ne va plus en Tunisie ! A force de reculer, l’économie tunisienne se trouve dans l’impasse et son destin semble être hors de ses mains et plus particulièrement chez les bailleurs de fonds.

La crise au sommet de l’État et le juridisme poussé à son extrême est un luxe que nous ne pouvons pas malheureusement nous payer car nous sommes à la merci des bailleurs de fonds. Le reste du Monde qui nous regarde encore, vacille entre l’étonnement et l’hilarité. Les rôles se sont même récemment inversés et les bailleurs de fonds appellent de leurs vœux à l’unité du pays pour pouvoir venir en aide à son peuple. D’ailleurs, le FMI n’a pas hésité à rappeler aux autorités tunisiennes qu’il est le maitre de l’horloge économique et qu’il va falloir suivre ses recommandations. En effet, les risques liés au budget et à la balance des paiements, et par ricochet à l’avenir du dinar, vont beaucoup dépendre du FMI.

Seul le FMI pourra sauver la situation et jouer le rôle de catalyseur. Le FMI a exigé une feuille de route claire et acceptée par tous les acteurs économiques et sociaux en Tunisie. Il appelle ainsi à l’apaisement politique et à dépasser nos différents pour se concentrer sur les réformes nécessaires et urgentes permettant de sauver une économie ruinée. C’est à partir de cette feuille de route que le FMI pourrait engager des négociations avec les autorités pour un nouveau programme et donc un nouvel appui. Dit autrement, le FMI ne serait pas prêt à soutenir la Tunisie dans les conditions actuelles. Il est souvent admis que l’appui financier du FMI n’est pas le plus important mais c’est la porte d’accès aux autres financements nécessaires pour boucler notre budget.

Cependant, et dans le contexte actuel, les décideurs et leurs opposants sont incapables de se mettre d’accord sur une feuille de route consensuelle. Là encore, les rôles vont être inversés et le FMI sera obligé de préparer lui-même cette feuille de route pour la présenter et la négocier avec le gouvernement tunisien et les partenaires sociaux. Privées de toutes marges de manœuvre, les autorités tunisiennes n’ont pas le choix que d’accepter toutes les conditions exigées par le FMI. Des exigences certes douloureuses mais utiles pour sortir l’économie tunisienne de la trappe d’une croissance durablement faible. En tout état de cause, il est certain que l’accord avec le FMI est conditionné par l’adoption d’un ensemble de réformes politiquement impopulaires, notamment une réduction de la masse salariale, une nouvelle réduction des subventions, une réforme des entreprises publiques etc.

  • Nous estimons que le dinar terminera l’année 2021 à 3,30 TND/EUR

En supposant que la Tunisie conclue un nouvel accord avec le FMI, ce qui est notre scénario central, un déficit courant de 5,5% du PIB en 2021 devrait s’avérer relativement facile à financer. Les autorités tunisiennes sont actuellement en discussion avec le FMI concernant un nouveau financement Extended Fund Facility (EFF). Nous pouvons nous faire une idée de l’enveloppe de financement dont pourrait bénéficier la Tunisie en se référant au précédent EFF (qui a expiré en mars 2020). Dans le cadre de l’accord précédent qui a duré quatre années, il a été proposé que les décaissements s’élèvent à 2,9 milliards d’USD, soit 725 millions d’USD par an.

Si une nouvelle enveloppe de financement au titre de l’EFF est adoptée cette année, il semble raisonnable de penser que la première tranche de l’accord se situera autour de ce chiffre annuel. Cela équivaudrait à environ 1,8% du PIB, couvrant environ un tiers du déficit prévu.

Le financement du FMI devrait permettre d’éviter une forte diminution des autres entrées de capitaux. Dans ce cas de figure, il est probable que la Tunisie continuera d’accumuler des réserves de change, permettant à la BCT de défendre la valeur du dinar par rapport à l’euro. Nous estimons que le dinar terminera l’année 2021 à 3,30 TND/EUR – en ligne avec son taux actuel.

En revanche, si les autorités tunisiennes ne parviennent pas à obtenir un nouvel accord avec le FMI, des tensions sur la balance des paiements devraient apparaître. Dans ce scénario, il deviendrait beaucoup plus difficile de financer un tel déficit. Une situation qui entraînerait en fin de compte un risque de baisse du dinar. Dans ce scénario, une dépréciation de 15% par rapport à l’Euro n’est pas à exclure.

Le pays a besoin d’un nouveau projet, d’un autre mode gouvernance et de développement qui lui donne de l’espoir et de la confiance et surtout lui permet de prendre son destin en main.

*Férid Ben Brahim :DG de AFC (Arab Financial Consultants)

*Zouhair ElKadhi : Consultant AFC

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