Législatives : De Charybde en Scylla !

Législatives : De Charybde en Scylla !

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Ce scrutin du 6 octobre a eu ceci de singulier qu’il a dessillé les yeux des Tunisiens sur l’affligeante réalité politique qui est la leur depuis de longues années, et dont ils pouvaient rarement capter l’étendue. Un choc frontal et brutal dont ils auraient bien pu faire l’économie s’ils avaient fait le bon choix des personnes et des programmes, sans se laisser bercer par de mielleuses promesses, vite rangées au magasin des vieilles lunes.

Pourtant la quête du changement était palpable, voire criante. Mais elle a été mal portée, en tout cas confisquée indûment et sournoisement par des tiers autant que par des élites politiques qui, bien qu’étant sur le déclin, ont su se faire une deuxième virginité en surfant de nouveau sur les ressorts de la révolution et en promettant comme jamais des lendemains qui chantent, allant même jusqu’à solliciter le soutien des Tunisiens pour les douloureuses réformes qu’elles se proposent de lancer afin de remettre le pays sur les rails.

Deux partis dans un mouchoir

Prosaïquement dit, les temps durs le seront encore plus, et pas uniquement sur les plans, économique et social. Il vient s’y ajouter des soubresauts politiques avec des élections législatives qui ont placé coude-à-coude deux partis qui, génétiquement et idéologiquement, sont très peu disposés à avoir des atomes crochus. Et ils ne s’en cachent guère pour l’avoir dit et répété sur toutes les fréquences tout au long de la brève campagne électorale et sitôt les résultats du scrutin connus. Ennahdha et Qalb Tounès qui revendiquent encore la victoire de la consultation électorale, vont donner bien des tourments à leurs électeurs et plus encore aux millions de personnes qui ne les ont pas choisis, ni eux ni d’autres, comme en témoigne l’écrasant taux d’abstention enregistré.

Une belligérance qui va, à coup sûr, déteindre sur le processus de concrétisation du choix des votants et d’abord la formation du gouvernement. Au regard de la configuration de l’Assemblée des représentants du peuple, telle qu’elle se dessine, ce sera une tâche ardue, voire impossible. Ennahdha, qui est normalement le parti auquel incombera la tâche de former le prochain gouvernement, n’a pas la majorité requise pour le faire, et aura immanquablement besoin des suffrages de l’escouade d’autres formations politiques et particules pour pouvoir s’atteler à cette besogne et s’en acquitter. Et cela a un coût dans la mesure où il faudra s’assurer du soutien de pas moins de six ou sept partis politiques, si divers, intransigeants et néophytes qu’ils placeront très haut la barre de leurs conditions et exigences.

Des mois de tractations

« Cela pourrait demander des semaines, voire des mois, de négociations », prévoit le chercheur au think tank américain Brookings Institution, Sharan Grewal, expliquant qu’ « aucun parti n’a plus de 20 pour cent des sièges au prochain parlement et qu’il en faudra au moins quatre pour former un gouvernement ».

Sarah Yerkes, analyste à Carnegie’s Middle East Program, a déclaré, pour sa part, qu’elle « ne s’attendait pas à ce qu’Ennahdha et Qalb Tounes aillent travailler ensemble », ajoutant que « si on demande à Ennahdha de former un gouvernement, il le fera probablement avec une variété de petits partis et d’indépendants ». «  La performance relativement faible des deux principaux partis par rapport aux précédentes élections législatives de 2014 a mis en évidence combien la scène politique est aujourd’hui encore divisée ». Il y a cinq ans, Nidaa Tounes venait en tête avec près de 38 % des voix, suivie par Ennahdha avec près de 28 %.

Autant comprendre que les Tunisiens devront attendre longtemps avant de s’offrir un gouvernement, dont les tractations auront été très laborieuses et le parcours semé d’embûches. Ceci au cas où faute d’accord, le président de la République alors en place convoquerait les Tunisiens pour des élections législatives anticipées.

Une perspective qui fait froid dans le dos alors que le budget de l’Etat aura besoin d’un gouvernement pour le mettre en œuvre autant que les réformes indispensables dont le calendrier ne peut souffrir de retard , le Fonds monétaire international veillant au grain, et même s’impatientant. Sans parler bien sûr des dossiers sociaux en souffrance, comme les négociations salariales qui requièrent l’attention soutenue et inlassable de l’UGTT.

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