AccueilLa UNELes communautés du Sud s’échinent  pour leur énergie verte

Les communautés du Sud s’échinent  pour leur énergie verte

Les Tunisiens du Sud ont exigé un changement radical de la politique énergétique de l’État, après que les pénuries, les déplacements et l’exploitation ont laissé les communautés désespérées pour leur droit à un avenir durable et viable. C’est le cas notamment de Segdoud, un petit village de 100 habitants du Sud-ouest du pays  où il n’a pas plu depuis des mois et les oliveraies  sont torréfiées  par la sécheresse.

Chaque matin, un pick-up en provenance de Gafsa, une ville située à des dizaines de kilomètres, livre une citerne d’eau potable pour le village.

« L’été dernier, le transporteur n’a pas pu venir à cause d’un problème de dernière minute, nous n’avons pas pu boire pendant toute une journée, sous un soleil de plomb. Sans cela… nous serions en train de mourir », dit un agriculteur quinquagénaire, cité par The New Arab.

« Ici, tout fait défaut. Nous n’avons pas de routes, ni d’école, ni même de café », ajoute-t-il. Après la pandémie, plus que jamais, la vision d’un emploi est un mirage : un citoyen sur quatre est au chômage dans la région de Tozeur. Même la Compagnie nationale des phosphates, qui a employé des générations de locaux dans les mines situées à la frontière avec l’Algérie, a considérablement réduit sa production ces dernières années.

Pourtant, dans ces régions isolées, les investisseurs étrangers ont vu une ressource potentielle : le soleil. En décembre, le gouvernement tunisien a approuvé cinq projets d’énergie solaire dans le sud du pays.

L’un d’eux, un mégaprojet solaire de 120 MW, sera construit dans les champs à côté du village. Il s’accompagne de la promesse d’alimenter plus de 100 000 foyers tunisiens en électricité et de réduire les émissions de CO2 de 150 000 tonnes par an. « Cet objectif semble réalisable », selon un  syndicaliste et employé de la Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG).

Comme partout en Tunisie, même dans les zones les plus reculées, Segdoud est raccordée au réseau électrique national. « A part cela, tout le reste manque ici », affirme-t-il. « Toute cette énergie va-t-elle nous apporter des emplois et des services ? », demande-t-il.

Si certains villageois ont accueilli favorablement le projet, estimant qu’il pourrait apporter des emplois, d’autres sont convaincus que l’argent pourrait être mieux dépensé. « Ce projet va coûter environ 75 millions de livres sterling. Avez-vous vu cet endroit ? Savez-vous combien de puits et de routes nous pourrions construire avec cet argent ? La construction devrait commencer d’ici la fin de l’année 2022, mais nous ne savons presque rien à ce sujet », déclare un autre habitant de Segdoud, également cité par the New Arab.

Selon l’employé de la STEG et syndicaliste, l’énorme quantité d’électricité produite sur les terres de Segdoud sera détournée vers les grandes villes côtières, où la demande est la plus forte.

« A terme, les investisseurs veulent aussi envoyer une partie de cette énergie en Europe », dit-il. « En contrepartie, les régions intérieures plus pauvres ne recevront rien, si ce n’est une dizaine d’emplois pour la maintenance et le nettoyage. »

Un projet controversé !

La Tunisie a pour objectif de produire 30 % de son électricité à partir de sources d’énergie renouvelables – hydraulique, solaire et éolienne – d’ici à 2030, selon son plan climatique national actualisé. Mais la façon dont le gouvernement s’y prend a laissé un goût amer dans les communautés qui les ont accueillis. Les gens ont vu leurs terres confisquées et n’ont bénéficié d’aucune des promesses d’électricité ou de services locaux ?

Le projet, financé par la Banque mondiale et construit par la société espagnole GAMES\MADE, est aujourd’hui géré par la société d’État tunisienne STEG. Les habitants du village de Borj Essalhi, à la pointe nord de la Tunisie, se battent depuis dix ans pour obtenir des compensations depuis l’installation du premier parc éolien tunisien au début des années 2000.

En plus d’occuper des terres agricoles ancestrales, les éoliennes ont apporté une série de nuisances comme des coupures d’électricité et des problèmes de santé liés à la proximité de la centrale, comme des troubles chroniques du sommeil et une augmentation du rythme cardiaque, selon les rapports médicaux des habitants.

Les villageois protestent depuis la révolution de 2011 : ils veulent que les éoliennes soient éloignées des habitations et ont cessé de payer leurs factures en guise de pression.

« Pourquoi ont-ils dû choisir une terre fertile ? À quelques kilomètres de là, près du Chott-el Gharsa, on aurait pu trouver plein de terres salées et non agricoles », affirme  un agriculteur local et membre du conseil.

Il n’en demeure pas moins  que la STEG et la Plateforme tunisienne pour les alternatives, ont commencé à organiser des assemblées communautaires dans le sud de la Tunisie pour discuter du droit à l’énergie avec les communautés locales, et créer des coopératives énergétiques qui permettent aux gens d’avoir leur mot à dire sur l’énergie produite sur leurs terres.

Ils proposent le modèle coopératif par opposition à un partenariat public-privé, « qui laisse le peuple en marge ». Les activistes  entendent s’appuyer sur le modèle de l’entreprise sociale et solidaire.  » Le mécanisme de financement existe déjà en Tunisie, comme ceux des agences de développement, du fonds vert pour le climat… Les entreprises peuvent bénéficier d’une ligne de crédit ad-hoc qui favorise la création d’entreprise. Il est maintenant nécessaire de la décliner pour les énergies renouvelables ».

Avec ces crédits, les collectivités locales seraient propriétaires de leurs propres centrales solaires : elles feraient appel à des installateurs de panneaux solaires et vendraient ensuite l’électricité à la société d’État tunisienne STEG.  « Nous voulons inventer une nouvelle façon de concevoir les énergies renouvelables, qui diffère du modèle extractif d’exploitation des ressources. Nous nous battons pour une transition verte et juste. Pour cela, nous avons besoin de la coopération de l’État, afin de rendre ces mécanismes accessibles aux populations. »

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